Vous-êtes ici: AccueilActualités2021 08 27Article 615985

Actualités of Friday, 27 August 2021

Source: Défis Actuels

Emile Fidieck- ‘‘Avinash Ingorani envoie des messages de menaces aux journalistes d’EcoMatin’’

Blanchiment d'argent dans les entreprises de ce richissime homme d’affaires. Blanchiment d'argent dans les entreprises de ce richissime homme d’affaires.

Englué dans des affaires de blanchiment d’argent et d’accusations graves d’absence de contrat de travail légal pour ses employés, confiscation des passeports des travailleurs, manœuvres d’intimidation, tortures psychologiques, violences verbales et physiques, l’homme d’affaires indiens Avinash Hingorani propriétaires des sociétés Rêves Voyage et Sammys Créations ne ménage aucun effort pour nuire aux journalistes qui ont mis à nue ses basses manœuvres. Dans l’interview ci-dessous, Emile Fidieck directeur de publication du journal EcoMatin qui a publié l’enquête qui dévoile ses faits, revient sur les basses manœuvres de l’industriel indien.


Ces derniers jours, vous avez publié plusieurs messages sur les réseaux sociaux, laissant entendre que vous êtes « menacé ». De quoi s’agit-il exactement ?

J'ai parlé de menaces, intimidation, et acharnement, parce que ma rédaction s'est intéressée aux activités d’un milliardaire Indien, Avinash Hingorani Omprakash, basé à Mumbai et ayant, depuis plus de 10 ans, des activités au Cameroun à travers 2 sociétés. "Sammy's création" spécialisée dans la confection des vêtements de luxe et "Rêves voyage" qui vend des billets d'avions et qui a noué des partenariats avec plusieurs administrations de notre pays.

Nous avons été saisis par une source qui nous a révélé des cas de trafic d’influence, de maltraitance humaine (avec des témoignages écrits glaçants) et de blanchiment d'argent dans les entreprises de ce richissime homme d’affaires. Des révélations qui s’appuyaient bien entendu sur des documents concrets. Afin d'équilibrer l'information, nous avons dans un premier temps contacté le Haut-commissariat de l'Inde au Cameroun pour s'enquérir de cette situation, puisqu'il s'agit de ses ressortissants. Cette représentation diplomatique nous a confirmé qu’elle est informée de cette situation et qu’elle a, elle-même déjà saisi l'intéressé pour en savoir plus. Par la suite nous avons saisi le concerné par courrier, mail, et messages WhatsApp pour avoir sa version des faits. Dans un premier temps le milliardaire indien a dépêché au siège du journal EcoMatin, son représentant pays qui nous a demandé de lui donner dix jours pour nous apporter des éléments de preuves qui contredisent les documents de notre source. Il s'agissait juste pour eux de répondre aux questions suivantes : Est ce que les employés indiens de ces structures ont des contrats de travail conformes à la législation camerounaise ? Est-ce que ces entreprises s'acquittent de leurs obligations sociales et fiscales auprès du fisc et de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociales ? Est-ce que les accusations de maltraitance physiques et morales sont justifiées ? … Par la suite, le milliardaire indien et son équipe ont décidé d'opter pour le silence total. Il est important de souligner que l'enquête devait être publiée en 2 étapes. Une sur le trafic et la maltraitance humaine, et une autre sur les accusations de blanchiment d'argent. Depuis la publication de la première série, notre journal vit le calvaire. Des menaces et intimidations des plus abjectes orchestrées depuis Mumbai avec des relais dans plusieurs pays d'Afrique. Ces menaces vont des attaques trolls sur nos plates-formes numériques, des accusations de diffamations, des poursuites judiciaires...

En plus des menaces, votre journal a fait l'objet de plusieurs publications dont le but était ternir son image. Avez-vous le sentiment d’être en insécurité, vous et votre journal ?

Tout à fait. Avinash Ingorani utilise des méthodes dignes d'un chef de gang tel que nous le regardons souvent dans les films indiens. En dehors des attaques Trolls sur notre site internet, le milliardaire indien nous envoie par exemples des messages de menaces à partir des numéros de téléphone portant l'indicatif des pays comme le Congo, le Gabon, le Burkina...pays où sont installées les filiales de ses structures. Il a acquis des espaces dans les journaux en ligne de ces pays pour dénigrer le journal EcoMatin avec des titres du genre "Comment EcoMatin vend son âme de journaliste...". Ces articles sont par la suite diffusés sur les réseaux sociaux particulièrement Facebook et financièrement "boosté" vers le Cameroun. Un autre exemple qui nous a fait peur mon chauffeur et moi, c'est que pendant tout le temps que j'étais entendu au Sed ou au parquet, mon chauffeur a remarqué que un ressortissant indien était placé de l'autre côté de la route et observait les entrées et sorties jusqu'à notre départ de ces structures. Mon sentiment actuel c'est qu’Avinash Ingorani et sa bande nous a cernés. Que ma rédaction ne peut plus lui échapper et qu'il risque de nous détruire si nous ne sommes pas protégés par les institutions républicaines.

Quelles sont ces curiosités de cette procédure ?

Le vendredi 23 juillet ma collaboratrice reçoit à la rédaction une convocation du Secrétariat d’Etat à la Défense (SED), marqué convocation N°2 (il n'y a jamais eu de convocation N1) qui me demande de me présenter aux services de la gendarmerie ce même vendredi à 9h. Sauf que nous sommes vendredi 23 juillet et il est...13h au moment où l'huissier nous notifie la convocation. Nous avons la décharge de l'huissier. Par la suite, alors que je suis en convalescence à la maison, (le médecin m'a détecté une pneumonie depuis le 22 juillet) 2 gendarmes porteurs d'un mandat d'amener et de déferrement du Procureur arrivent au bureau. Je prends les gendarmes au téléphone et je les prie de me permettre de les retrouver à 13h avec mon avocat. Au SED j'apporte tous les éléments de l'enquête journaliste. A la fin, l'enquêteur décide de me placer en garde à vue et de me déférer au parquet le lendemain puisqu'il était selon lui plus de 15h. Bien sûr mon avocat et moi nous contestons parce qu’à ce que je sache, à ce niveau de l'enquête, la liberté est la règle et la restriction de liberté l'exception. Je serais libéré avec l'arrivée du chef de l'unité de gendarmerie sous condition de me présenter au parquet le lendemain à 9h. Le lendemain je suis au parquet avec mon avocat et là je suis maintenu en détention toute la journée sans être entendu et sans être présenté à un juge. A 21h on me demande de payer une caution de 500.000 FCFA contre ma libération et on m'annonce que mon procès aura lieu le lendemain à 8h. Vous comprenez pourquoi J'ai le sentiment que j'ai été détenu toute une journée dans un parquet de mon pays parce que quelqu'un dans le système voulait faire plaisir à un milliardaire indien.


A quel niveau se trouve la procédure ?

Le procès a été renvoyé au 21 septembre. Comme je vous l'expliquais, l'enjeu de ce procès au-delà de ma modeste personne et de ma liberté qui a été aliénée, c'est celui de la liberté de la presse au Cameroun. Jusqu'où va l'étendue du pouvoir d'un magistrat ou d'un officier de police judiciaire en matière de diffamation présumée par voie de presse ? Faut-il institutionnaliser le fait que dès qu'une plainte est déposée contre un journaliste pour diffamation ce dernier soit arrêté et déféré avant d'être jugé? Parce que c'est une pratique judiciaire qui est devenue banale. Dès qu'une plainte est déposée contre un journaliste le premier réflexe du magistrat est d'y instruire "enquête et déferlement" et dès cet instant vous êtes à la merci des cellules de gendarmerie ou de police contre votre droit de vous défendre. Il va falloir qu'un jour on se penche sur le danger que fait peser cette pratique banale de "enquête et déferlement" sur la liberté de la presse et notre démocratie.

Rejoignez notre newsletter!