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Actualités Editoriales of Thursday, 1 July 2021

Source: Roland TSAPI

Editorial - Endettement : siphonage organisé des caisses de l’État

1?054,9 milliards de francs CFA, c’est le montant de la dette extérieure du Cameroun 1?054,9 milliards de francs CFA, c’est le montant de la dette extérieure du Cameroun

Dans son éditorial diffusé sur la radion Balafon, Roland TSAPI est revenu sur le niveau d'endettement du Cameroun qui, selon lui, constitue un siphonage organisé des caisses de l’État.

La rédaction de CamerounWeb vous propose ci-dessous l'intégralité de l'éditorial

1 054,9 milliards de francs CFA, c’est le montant de la dette extérieure du Cameroun à fin mars 2021, selon la Caisse autonome d’amortissement, l’entité qui gère la dette publique du Cameroun. Mais malgré cela, le pays est en quête de financement pour relancer les activités économiques et soutenir le budget. Ainsi, à la demande du gouvernement, une mission du Fonds monétaire international dirigée par Amadou Sy, chef de mission pour le Cameroun, a tenu des réunions virtuelles du 13 au 27 mai 2021 pour discuter du soutien financier du FMI au programme de réformes économiques des autorités. À l’issue des discussions, l’institution financière et le Cameroun ont trouvé un accord au niveau des services en vue d’un programme soutenu par la Facilité de Crédit Élargie et le Mécanisme Élargi de Crédit.

20 jours plus tard, le président de la république Paul Biya a signé un décret habilitant le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, à signer un accord de crédit d’un montant de 54,1 milliards FCFA avec l’Association internationale de développement (IDA), l’un des guichets de la Banque mondiale. D’après les termes du décret, ce nouvel emprunt devrait servir « au financement de la troisième opération d’appui aux politiques de développement au Cameroun ». Selon un communiqué du Fonds datant du 27 mai, depuis le début de la pandémie du corona virus, son Conseil d’administration a approuvé deux décaissements au titre de la Facilité de crédit rapide (FCR) totalisant environ 382 millions de dollars US, soit 210 milliards 100 millions de francs cfa. D’autres partenaires de développement ont fourni un appui supplémentaire, mais d’importants besoins de financement budgétaire et extérieur subsistent à moyen terme.

Solution interne

En dehors de l’argent que le gouvernement cherche à l’extérieur auprès des institutions internationales, des stratégies sont également multipliées à l’intérieur pour faire des économies ou éliminer certains postes de dépenses. C’est dans cette logique que le taux de l’établissement des passeports ordinaire est passé de 75 000 à 110 000 francs. Devant les députés le 18 juin 2021, le ministre des Finances Louis Paul Motaze a expliqué cette hausse en ces termes : « Je crois que la chose la plus importante est de dire que le passeport va se faire sous un nouveau régime. Le régime du partenariat public-privé. C’est-à-dire que vous avez un prestataire qui va engager des dépenses pour la production du passeport. Personne ne va venir faire des dépenses pour vos beaux yeux. Donc ce prestataire a besoin d’être rémunéré sur la base du travail qu’il a fait et du fait qu’il a engagé ses propres dépenses.

Donc, ce n’est plus l’État qui dépense, c’est le prestataire qui dépense son argent et qui a besoin d’être rémunéré. » Dans la même lancée, une chasse aux sorcières est lancée depuis 4 ans au moins au ministère de la Fonction publique et de la réforme administrative, pour traquer les agents véreux pour qui l’État dépense des milliards de francs CFA chaque mois alors qu’ils ont abandonné leurs postes depuis longtemps. A l’occasion de la 26ème édition de la journée africaine de la fonction publique et de l’administration célébrée le 23 juin 2021, le ministre Joseph Le a adressé une lettre aux agents et usagers du service public, dont un extrait lit : « Dans l’optique d’assainir le fichier du personnel de l’État et lutter contre les comportements déviants, le Gouvernement a initié, depuis 2018, une vaste opération de recensement des agents publics. En 2021, il est fait état de 7622 agents publics irréguliers et dont l’absence reste injustifiée malgré les relances. Nous procédons donc à leurs révocations et licenciements progressifs. Ainsi, une première vague de plus de 500 agents publics a été écarté des effectifs de l’Administration »

Niches de détournement

Ces efforts pour économiser l’argent de l’État n’est malheureusement pas suivi par toutes les administrations, et certains ministères continuent d’entretenir des postes de dépenses assimilables à des détournements des deniers. À titre d’exemple, dans un document rédigé par le collectif des huissiers en attente de charge, au moins 100 huissiers ayant atteint la limite d’âge de départ à la retraite continuent d’émarger au budget de l’État. Ils bénéficient des émoluments payés trimestriellement ou mensuellement qui grève le budget de l’État, avec la complicité du ministre de tutelle qui rechigne à signer leur mise à la retraite. Pourtant, en 2017 le Premier ministre Philémon YANG à l‘époque, avait instruit les ministres de mettre à la retraite ceux de leurs collaborateurs qui avaient atteint l’âge requis pour limiter la saignée. Une instruction qui venait juste rappeler les dispositions légales existantes en la matière, mais qui sont régulièrement piétinées ou volontairement oubliées par ceux en charge de les mettre en exécution.

Certains ministères se sont exécutés, et même au ministère de la Justice les notaires ont été mis à la retraite, des magistrats aussi. Mais le corps des huissiers n’a pas été touché. Et les doyens du corps, qui ont passé une carrière à défendre la justice ou à veiller à ce qu’elle soit exécutée, ont aussi oublié de signaler qu’eux-mêmes avaient atteint la limite d’âge à la retraite et ne méritaient plus d’émarger au budget de l’État, au contraire, ils se sont organisés pour rester en fonction, causant un double tort. D’un côté ils prennent indûment l’argent de l’État, annihilant de ce fait les efforts faits par certains maillons du gouvernement pour économiser, de l’autre côté ils refusent de libérer les charges pour les cadets qu’ils ont eux-mêmes formés. Plus grave, ils exploitent désormais ces cadets qui approchent aussi l’âge de la retraite pour certains. Ce sont ces derniers qui exécutent toutes les missions pour eux qui n’ont plus de l’énergie nécessaire, ils mettent juste leur cachet en bas des exploits et autres documents et en tirent les bénéfices subséquents. Et ce cas d’organisation mafieuse pour siphonner les caisses de l’État n’est qu’un parmi tant d’autres. L’État camerounais est dans un gouffre financier, comme le rappelle les rapports du Fonds monétaire international, une situation hélas entretenue par de nombreuses niches de prédation logées dans les administrations, où volontairement on néglige d’appliquer des textes qui pourrait faire quelques économies. Décidément !

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