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General News of Monday, 14 December 2020

Source: Emergence

Droits de l’homme: Paul Biya et son régime épinglés de toute part dans des rapports

Les derniers rapports font état de 100 cas de violations et d’abus des droits de l’homme au second semestre 2020, des répressions des libertés. L’année 2021 se dessine moins bien, si on s’en tient aux données actuelles.

L e consortium des ONGs des droits de l’homme [NDH-Coalition des organisations de la société civile pour les droits de l'homme et la paix dans les régions anglophones et autres régions affectées attribuent un mauvais score aux auteurs des violations et abus des droits de l’homme au Cameroun. 140 nouveaux cas d’atteintes aux droits de l’homme ont été recensés dans le cadre de la crise anglophone pour l’année qui tire à sa fin. Les faits sont contenus dans « le rapport sur les violations et les abus des droits de l’homme en 2020 ». On retient que ces 100 exactions ne sont pas suffisamment documentées au regard de la complexité des dossiers. L’accès en zone de conflit et la sensibilité de certains faits sont le problème, a dit Cyrille Rolande Bechon, la directrice de Nouveaux droits de l’homme (NDH). Cependant, les organisations de la société civile (Osc) travaillent à mettre en lumière toute la vérité sur ces affaires, assure le consortium. Dans le même rapport, on apprend que 46 cas d’atteintes aux droits de l’homme sont documentés : 02 disparitions forcées, 10 arrestations arbitraires ou illégales, 05 exécutions sommaires, 19 enlèvements et assassinat par les combattants séparatistes et 10 cas de destruction de propriétés et biens publics aussi bien par les combattants séparatistes que par l’armée. Selon la directrice exécutive de NDH, la méthodologie MDR (monitoring, documentation et reporting) a permis de relever ces exactions commises. Des recommandations ont été émises afin que les forces de défense et de sécurité (Fds) et les groupes armées respectent les droits des populations civiles non membres du conflit armé. Le consortium rappelle à ce propos que près de 711 056 personnes déplacées internes ont été enregistrées depuis le début de la crise, selon le bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), et que des assassinats et autres crimes inhumains sont perpétrés depuis 2016. Avant cette date commémorative de la journée internationale des droits de l’homme, c’est l’ong Amnesty International qui est montée au créneau le 9 décembre dernier à travers un communiqué. « Les arrestations, détentions arbitraires et poursuites devant les tribunaux mili taires d’opposants qui se sont réunis pacifiquement, sont le dernier épisode de la répression des autorités camerounaises contre les voix dissidentes depuis fin septembre », peut-on lire sur le site internet de l’Ong. Plus loin, elle précise que « sur au moins 500 personnes arrêtées en lien avec les manifestations du 22 septembre - en majorité des militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC, opposition) - au moins 160 sont aujourd’hui en détention. Parmi elles, 13 ont été condamnées à des peines de prison ferme par des tribunaux civils, et 14 ont été renvoyées devant un tribunal militaire ». Fabien Offner, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale à Amnesty International souligne que « l’implacable répression des opposants et des dissidents a continué ces derniers mois au Cameroun. Ceux qui en ont payé le prix fort se sont vus infliger des peines de prison sur la base d’accusations fallacieuses alors qu’ils n’ont fait qu’exercer leur droit à la liberté de réunion et de manifestation pacifique ». « Les tribunaux militaires ne devraient en aucun cas être compétents pour juger des civils tel que rappelé dans les directives et principes sur le droit à un procès équitable de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples », at-il dit. Ce dernier dénonce par la suite « les actes de torture ou autres souffrances infligées par les agents de la DST à des personnes arrêtées [qui] doivent faire l’objet d’une enquête impartiale et indépendante et les principaux responsables identifiés et sanctionnés »

Atteintes aux droits de l’homme ?

L’année 2020 aura également été celle des horreurs. Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est penché le 9 décembre dernier sur l’Afrique centrale. Huit rapports sur la crise anglophone depuis 2016 du groupe de chercheurs de l’Edinburgh International Justice Initiative, de l’université de Leiden et de l’université de Toronto, ont été présentés. Il s'agit d'un travail de vérification de photos ou de vidéos pour déterminer la date, l'heure et la géolocalisation précises de ces atrocités en s’appuyant sur une logistique qui fait appel aux techniques de géolocalisation, l’utilisation de cartes ou même de données météo. Afin d'obtenir le maximum de ressources, une base de données a été créée afin que les citoyens puissent fournir anonymement des photos, vidéos ou autres documents. « C’est un travail très sérieux, très fouillé qui peut servir de base à d’éventuelles poursuites devant la justice », explique un expert de la crise anglophone au micro de Carine Frenk, du service Afrique de RFI. On se souvient alors que pour la seule année 2020, les Ong et autres associations de défense des droits de l'homme sont montées au créneau. On peut citer le rapport de Human Rights Watch (HRW) du 02 novembre dernier. Il revient sur le massacre survenu le matin du 24 octobre. « Au moins neuf hommes armés sont arrivés à moto à la « Mother Francisca International Bilingual Academy » au quartier Fiango à Kumba. « Ils ont fait irruption dans une salle de classe du deuxième étage et ont ouvert le feu sur les élèves », explique le rapport. « Face à de telles pertes en vies humaines, il est essentiel que le gouvernement garantisse une enquête efficace, non seulement pour que les victimes puissent obtenir justice, mais aussi pour décourager de futures attaques et renforcer la protection du droit à la vie et à l’éducation », a déclaré Human Rights Watch. L’Ong rappelle toutefois que le ministre de la communication a annoncé des mesures de sécurisation de la ville. Dans un communiqué daté du 26 Août 2020 au sortir de la réunion de coordination mensuelle des présidents et rapporteurs des sous-commissions, la commis sion nationale des droits de l’homme et des libertés (Cndhl) a demandé aux groupes armés de «mettre un terme aux souffrances qu'ils infligent aux populations qu'ils prétendent défendre, qu'ils déposent les armes et saisissent la main tendue des pouvoirs publics et qu'ils intègrent les Centres de démobilisation, de désarmement et de réinsertion sociale pour que la paix revienne définitivement dans ces deux régions». Pour la période allant du mois de Mai à Août, un rapport du Centre pour les droits de l’homme et la démocratie (CHRDA) de Me Agbor Balla a fait état d’une série d’atteintes aux droits de l’homme. Dans un communiqué de presse daté du 13 août 2020, le CHRDA appelle les groupes armés à cesser de commettre des violations des droits humains contre des civils ». Le document revient sur les exécutions extrajudiciaires (raid dans à Upper Bonduma, SudOuest ; exécution d’Ebangi Brice, Bangem) ; les arrestations arbitraires et les détentions de civils (révérend Tangem Thomas, un pasteur de 57 ans) ; sur les cas de harcèlement et d’extorsion des civils ; les incendies de domicile. Dans cette liste des exactions, figurent aussi bien celles commises par les forces de défense et de sécurité que celles qui relèvent des bandes armées. On peut indistinctement citer le massacre de Ngarbuh qui, selon l’ONU, a fait au moins 23 civils, dont quinze enfants et deux femmes en ceintes, tués le 14 février dans la région anglophone du NordOuest, et pour lequel trois militaires ont été condamnés ; l’assassinat sauvage le 11 Août de Achiri Comfort Tumasang, 35 ans et mère de quatre enfants, soupçonnée par ses bourreaux de collaborer avec les forces de défense camerounaises.

Perspectives

L’année 2021 s’annonce pratiquement sous le même spectre. Dans son rapport, le consortium [NDH, Coalition des organisations de la société civile pour les droits de l'homme et la paix dans les régions anglophones et autres régions affectées] recommande à l’Etat d’«accepter et de faciliter le dialogue intra-anglophone», d’«ouvrir les négociations bipartites directes avec les dirigeants séparatistes pour une sortie résolue de cette crise ». Aux groupes armés, le consortium demande d’«épargner les populations dans les opérations armées et des représailles». A la communauté internationale, il invite à faire pression sur le gouvernement pour la résolution de la crise ». Sauf qu’ici, les différentes parties sont comme dans un dialogue de sourds. Depuis 2016, l’option militaire est celle qui a toujours prévalue pour l’Etat du Cameroun face à des séparatistes qui se radicalisent de plus en plus. Pendant ce temps, c’est la peur et les morts qui s’amoncèlent.

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