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General News of Monday, 8 February 2021

Source: La Nouvelle Expression n°5400

Double nationalité: Célestin Djamen se moque de Paul Biya

Ancien président du Conseil des Camerounais de la diaspora (CCD), M. Djamen s’est ouvert à nous pour parler de ce sujet qui est au centre de tous les débats au Cameroun. La question de double nationalité. Toute une préoccupation.

La question de double-nationalité devrait-il encore se poser au Cameroun ?

Il faut rappeler que la loi portant sur la nationalité au Cameroun est une aberration confectionnée par les politiques. Je parle d’aberration parce que cette loi a été instaurée en 1968 par le président Ahidjo et c’était dans le but de pourchasser les militants upécistes, parce qu’en vérité, ils étaient partis qui pour Moscou, qui ‘ pour le Caire, qui pour Conakry. Donc pour les détruire dans le combat, il fallait les déchoir de leur nationalité, d’autant plus qu’on les taxait d’intelligence avec l’ennemi. Donc la solution pour Ahidjo qui était maintenant mis sous la pression par la France, c’était de destituer ces camerounais-là.

Donc de faire en sorte qu’ils soient carrément mis hors la loi. En même temps, on a avait verrouillé les visas de sortie parce que moi-même qui suis parti en France en 1985, c’était très difficile d’avoir ce visa de sortie. Cela reste donc une aberration j’allais dire économique, parce qu’en vérité au 21ème siècle, on sait bien que quand les Camerounais partent en Europe, et notamment en France, ce n’est pas pour des raisons touristiques. C’est essentiellement pour des raisons économiques. Et il faut rappeler que sur les 6.500 millions camerounais qui sont à l’extérieur, près du tiers est binational et ces binationaux contribuent de manière assez significative en matière économique, notamment dans le cadre des transferts de fonds.

A vous entendre parler on a l’impression que c’est deux sons de cloche différents. Est-ce que le Cameroun reste un cas spécifique ?

Ceux qui le disent n’ont pas des arguments tout à fait solides. La loi n’a pas besoins d’avoir deux applications différentes. Je tiens à rappeler qu’il y a des camerounais, notamment dans le monde du sports, qui ont les double nationalités et qui sont reconnus comme Camerounais. Cette loi ne leur est pas appliquée. On peut citer les footballeurs que vous connaissez, Stéphane Mbia, le capitaine actuel des Lions Indomptables est français, à l’époque Samuel Eto’o qui est espagnol, Rigobert Song, français, même notre icône national Roger Milia qui ne s’est caché pour aller voter Nicolas Sarkozy à l’ambassade de France. Sur le plan politique, on sait bien que Hogbe Nlend a été ministre et même candidat à la présidentielle en tant que français, Ndioro, paix à son âme a été ministre. Et cette loi ne leur a jamais été appliquée et donc nous dénonçons non pas le fait que la loi c’est la loi, bien sur que la loi doit être la loi, mais elle ne peut pas être appliquée à deux poids deux mesures.

Comment expliquez-vous ce dysfonctionnement où on accepte d’un côté et on refuse de l’autre ?

Ce n’est pas un dysfonctionnement, parce qu’ils savent bien qu’il y a un traitement préférentiel qu différentié. Ce qui n’est pas normal. Une erreur, ça se corrige. Il y a longtemps qu’on a décrié ce système-là. Mais c’est maintenu de manière absolument incompréhensible. On comprend bien que quand c’est des gens qui leur sont acquis, pour des raisons sportives, il y a une hypocrisie qui est terrible. Cette loi n’est pas appliquée comme devrait l’être une loi. C’est cela le problème. Donc pourquoi est-ce qu’on fait un cadeau aux uns et pas aux autres? C’est ça la question qui se pose. Je voudrais dire que quand il s’agit de l’économie, on reconnaît ces camerounais quand ils envoient de l’argent. On l’accepte bien. Près de 250 milliards Fcfa sont transférés au Cameroun chaque année, plus eue le budget du ministère de là défense.

Donc c’est extrêmement important. On devrait donc leur reconnaître leur pleine citoyenneté camerounaise, d’autant plus qu’acquérir des papiers, se naturaliser n’est pas synonyme de renoncer à sa nationalité camerounaise. On est dans un monde qui bouge. On est dans un monde globalisé où les gens voyagent, il y a la technologie qui s’échange. Donc il est normal que les gens se déplacent. On devrait donc comprendre que ce n’est pas une répudiation que de se naturaliser. C’est souvent parce que ces gens-là pensent que ça leur offre certains avantages économiques et des voyages.

En vérité, quand on regarde très bien, les camerounais de l’extérieur sont des gens, quoi qu’on dise, même s’ils ont des passeports differents, ont le sang camerounais qui circulent dans leurs veines. Les racines sont camerounaises, la culture est camerounaise. Mais qu’est-ce qu’on veut ? On a parlé quelque temps de Ndedi Eyango, qu’il est américain, aujourd’hui on parle de Richard Bona qui a une forte popularité, personnalité et son audience internationale pour peser sur cette question complètement aberrante. Qui est une incongruité il n’est pas normal qu’au final les gens puissent encore applique,’ une telle loi.

Et si le président Biya lui-même était raisonnable, cette loi lui serait applicable, parce qu’en vérité Monsieur Biya a été français avant 1960, retourne au Cameroun en 1962. Il a certainement du garder sa nationalité Camerounaise. Donc si on lui appliquait cette même loi, il devait avoir un imbroglio.total. Et ce n’est pas lui qui a créé cette loi, c’est son prédécesseur, sous la pression du colon. Cette loi doit être abrogée parce qu’elle n’a plus de raison d’être Je pense qu’il faut un minimum de bon sens. Il faut éviter qu’on soit la risée du monde entier en permanence. Je tiens à rappeler que le Sdf a introduit en 2013, une proposition de loi ‘ ,i n. justement à l‘abrogation de cette loi sur la double nationalité qui est scélérate, qui est obsolète.

Elle ne répond plus aux exigences du temps. Donc il faut absolument t’abolir parce que ras camerounais qui sont de [’extérieur peuvent apporter beaucoup pour leur pays. Prenez par exemple, les cas des Etats-Unis, près de 20% de la population est binational, vous prenez le cas de la Corée du Sud et de la Chine. De milliers de chinois et de Sud Coréens ont la double nationalité. C’est reconnu. C’est une valeur ajoutée pour le pays. Soyons un peu cohérents. Nous envoyons nos enfants à l’extérieur, les bourses c’est pour l’étranger, ils vont pour étudier, donc ces connaissances-là seront gâchées parce qu’il y a une loi obsolète qui vient ’ empêcher qu’ils apportent le retour sur investissement d’un Etat qui s’est pourtant mis ? I! faut donc qu’on élimine’ dette loi qu’on permette aux camerounais qui aiment leur pays qu’ils puissent rentrer contribuer à, l’effort de construction nationale.

Parlant justement de la construction, on a l’impression que les efforts de la diaspora ne sont pas trop perceptibles. Si ce n’est les transferts d’argent envoyé aux parents et aux proches pour reprendre la grande critique….

Ces critiques ne me semblent pas être fondées. Quand vous prenez le cas de construction des bâtiments. Prenons toute la zone de Makèpè, Kotto, Bonamoussadi, Logpom, la plus part des constructions sont le fait des camerounais de la diaspora. Vous pouvez faire une enquête.

Mais à qui profite ces bâtiments et Villas ?

Il y a des taxes foncières. Ça profite à des Camerounais. La plupart de nos prises en charge de nos familles ici, est le fait des gens de la diaspora, encore que 90% des camerounais ne sont pas des assureurs sociaux, donc n’ont pas de prise ne charge de la Cnps ou de l’Etat. Il y a de l’argent qui arrive de la part de la diaspora. Grâce aux enfants immigrés qui sont partis chercher leur vie, certaines familles se relèvent. C’est-dire que ces gens-là sont d’un apport incontestable. Je pense que si l’Etat camerounais était beaucoup plus inspiré, on aurait pu créer comme l’ont fait des maliens, une banque camerounaise de la diaspora. Si on prend le cas des transferts de fonds Express Union ou Wester Union, c’est payant.

C’est des milliards chaque jour pour ces grosses multinationales. Les maliens ne payent ‘aucun frais pour des virements dans leur banque. Ils ont un compte bancaire dans ces pays d’adoption et quand ils ont des fonds à transférer à Bamako, ils ne payent aucun frais. Vous vous rendez compte de l’économie qu’on fait en créant une banque des camerounais de l’extérieur. J’ai vu cette banque malienne à Paris. Vous ne verrez aucun malien aller ailleurs pour les opérations de transfert de fonds. Pourquoi ’ les camerounais ne profiteraient pas de cette bonne pratique faite par les autres pour les appliquer chez eux. Il appartient au gouvernement de créer par exemple, une cellule d’informations dans ces pays d’accueil, pour leur permettre de prendre connaissance des possibilités ou des opportunités offertes.

Mais le président de la République, Paul Biya avait déjà créé une sorte de plateforme appelant la diaspora à venir investir au Cameroun….

Il a lancé un appel. Vous savez le président de la République gouverne le ministère de la parole. C’est depuis des années en vérité que cela est dit. Mais qu’est-ce qu’il y a de Concret ? Il aurait pu créer un ministère ou un secrétariat d’Etat des camerounais de l’extérieur. Il ne l’a pas fait où il y a des problèmes spécifiques qui les concernent. On aurait pu nommer un ministre de la diaspora qui aurait pour mission de prendre en. compte les besoins spécifiques des camerounais de la diaspora. Je prends l’exemple très simple, dans le bâtiment, chaque camerounais qui est parti à l’extérieur, voudrait avoir une terre chez lui au Cameroun. On devait donc déployer des mesures concrètes que de faire des annonces qui ne servent strictement à rien et qui n’aboutissent sur rien.

Comment vous justifiez cet entêtement des autorités camerounaises face à cette question de nationalité malgré tout ce qui est dit ?

Je suppose qu’on doit avoir peur des camerounais qui sont sortis, qu’on appelle les autres. Bien sur qu’il y a une diaspora qui est très proche du Rdpc, donc proche du pouvoir. Une diaspora comprador, ça existe aussi. Mais néanmoins, on sait que quand on part du part, on part sur les bases de frustrations, soit on a perdu son emploi, soit on a monté une affaire qui n’a pas marché à cause de la lourdeur administrative, soit on a été traqué politiquement.

Donc les gens sort avec des frustrations, avec des records. Quand ils vont s’installer à l’extérieur, ils deviennent forcément très critiques vis-à-vis du système. Et comme on a rien fait pour eux, on les considère comme des dangers permanents pour le régime en place. C’est la raison pour laquelle, on ne veut pas abroger une loi devenue obsolète.

Les activités du CODE ne sont-elles pas l’une des raisons de redouter ces Camerounais de l’extérieur ? On les a vu mettre en mal le couple présidentiel en Europe !!!

Un Etat ou un gouvernement doit être au dessus des contingences du moment. Un gouverner r.L doit réfléchir de manière visionnaire, de manière sage. Ce n’est pas les actions de quelques uns situés hors du Cameroun qui vont influer sur tous les autres et surtout sur la marche d’une mesure politique. Ceux qui s’appuient sur ces regards, sont ceux qui veulent pérenniser ce type de loi dans leurs propres intérêts. Parce qu’ils ne veulent pas que les Camerounais de la diaspora puissent exprimer leurs opinions. Quand Biya est arrivé en France en 2009, on lui a remis un mémorandum et il nous a fait deux promesses : la première, c’était l’octroi du droit de vote aux camerounais de la diaspora.

Cela a été fait en 2011, il faut le reconnaître et là même c’est limiter à la seule élection présidentielle. La deuxième promesse qu’il avait faite, c’était la reconnaissance de la nationalité. On y est. justement a que cette promesse soit tenue parce qu’il n y a pas de raison que ça prend autant de temps. C’est pratiquement 50 ans. Un siècle. Comment peut-on trouver raisonnable de réfléchir pendant un demi-siècle ? On comprend qu’il y a un problème de cynisme politique, je dirai même d’antipatriotisme. Ce n’est pas parce que vous êtes contre mes idées que je vais chercher à vous éliminer. On prétend être en démocratie, donc il faut encourager l’expression libre des opinions. Mais non pas vouloir u.. les camerounais parce qu’on le? soupçonne d’être . contre le gouvernement.

Entre l’Amérique, la France où vous avez vécu vous-même. Vous pensez que quel est le bon modèle pour le Cameroun sur les questions de nationalité ?

On n’a pas besoin de modèle, on simplement besoin d’abroger une loi. On a besoin de dire que tant qu’un camerounais n’a ‘ pas renoncé de manière expresse à sa nationalité, camerounaise, il reste camerounais. Nous avons un code de famille qui n’est pas encore entré en vigueur. Là on parle de répudiation de la nationalité camerounaise.

Malheureusement si ce code de la famille entrait en vigueur, il serait bien entendu en contradiction avec le code de la nationalité. Vous voyez l’incongruité. On ne renonce pas p une nationalité de façon accidentelle. On’ doit réfléchir. Ces des choix qu’on formule de manière expresse, donc volontaire et délibéré Pourquoi c’est automatique ? C’est une veille loi qui ne s’adapte plus au monde d’aujourd’hui.

Je suis pour que le président de la République fasse appel ,à toutes les compétences, à toutes les obédiences politiques pour apporter des idées qui sont utiles pour la confession d’une loi définitive qui mettrait un terme à cette loi qui est inique, scélérate et obsolète. Je propose qu’on crée, ne serait-ce que pour démarrer, un secrétariat d’Etat à la diaspora qui aura pour mission, de veiller à ce que les camerounais de l’extérieur puissent, leur fournir leurs besoins en matière, administrative, en matière même politique, économique.. On pouvait même penser à une sorte de député de la diaspora comme c’est au Mali, au Sénégal en France, le Cameroun peut s’en inspirer

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