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General News of Monday, 21 September 2020

Source: Actu Cameroun

Douala : voici pourquoi le cauchemar des inondations persiste

Forte croissance démographique pour un système de drainage défectueux ou insuffisant, mauvaise occupation de sols urbains, remblayage du lit des rivières et du fleuve Wouri… Le catalogue des problèmes liés à l’aménagement urbain de la capitale économique est long.

Quartier Makèpè Missokè, lieu-dit Bocom. A quelques pas du pont enjambant la rivière Ngonde, sur un site marécageux côtoyant ce qui reste du lit de ce bassin-versant dont plus de la moitié des eaux ont été remblayées, se dresse un immeuble de trois étages habité. Plus en contrebas, près de l’ancienne décharge de la société Hygiène et salubrité du Cameroun (Hysacam), un complexe universitaire est en cours de construction sur un sol dans lequel sont enfouis des déchets de tous genres qui subissent leur dégradation biogéochimique.

D’où la couleur noirâtre de l’eau tout autour, dans laquelle des riverains lavent le plus souvent des vêtements en toute insouciance. Près de 5000 mètres carrés de mangrove ont été dévastés à cet endroit, selon Didier Yimkoua, un militant écologiste. Depuis l’époque où le ministre Jean-Claude Mbouentchou était aux affaires au ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat –Minduh), les services techniques de la ville de Douala ont apposé la croix de Saint André sur le mur de la façade principale de l’édifice R+3 en guise d’avertissement de son propriétaire en prélude à une éventuelle démolition ultérieure, pour motif évident de non-respect des normes d’habitat.

Car l’édifice a les pieds dans l’eau, et son accès par ces temps de fortes précipitations relève d’un parcours du combattant. Pourtant, personne, qu’il s’agisse du maître des céans ou de ses voisins, ne semble s’en émouvoir outre mesure, ni réaliser le risque que représente cette construction qui en dit long sur l’anarchie observée dans l’occupation des sols et l’aménagement urbain à Douala. Selon les chiffres produits par l’Institut national de la statistique (Ins), le taux d’occupation anarchique des sols dans la métropole économique du Cameroun est de 71%, dans une ville où 75% d’habitats ne possèdent pas de titre foncier, où seulement 19,40% de populations ont accès à l’eau potable, et qui, paradoxalement, brasse chaque année un produit intérieur brut (Pib) d’environ 3090 milliards de francs CFA, loin devant toutes les autres grandes métropoles régionales du pays. Le taux de croissance démographique de Douala est de 5%, un chiffre de loin supérieur au taux de croissance démographique à l’échelle nationale.

Cette anarchie décriée justifie la campagne d’assainissement lancée depuis deux semaines par les autorités de la ville de Douala. L’objectif est de libérer les emprises le long des drains et rivières qui forment une boucle autour de la ville. En effet, la cité côtière est cernée par huit rivières, à savoir le Kondi, le Mbanya, le TongoBassa, le Ngoa, la Besseke, le Bonassama, qui constituent des bassins-versants dont les eaux se déversent dans le Wouri, le principal bassin agissant comme un entonnoir, ou plutôt une cuvette, qui ne parvient malheureusement pas à évacuer tous ces volumes d’eau, selon des experts en hydrogéologie et en aménagement urbain. Des quartiers comme Bépanda Petit-Wouri (plus précisément le lieu-dit « Pays-Bas » ou « 54 Escaliers », à Sable Bonamousadi), mais aussi Denver, ont les pieds dans l’eau, ou plutôt dans du sable. « Tout Denver est dans une cuvette, le bassin-versant de Mbanya. Il faut casser tout ce quartier.

Lors de la récente visite de travail de la ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Célestine Ketcha Courtes, les autorités l’ont trompée en lui disant que ce sont les bouteilles plastiques submersibles qui sont à l’origine des inondations. Pourtant, un peu loin du pont sur le Mbanya, vers l’embouchure, on a gagné la terre sur la rivière en faisant des remblais, pour motif du projet Etokan Beach. Mais ils n’ont pas tenu compte du système de drainage des eaux », explique Didier Yimkoua, militant écologiste. Dans un système de corruption généralisée, il faudra cependant bien plus que le courage aux autorités de Douala pour déloger les habitants de ce quartier où ne vivent que des Camerounais à la bourse bien épaisse et fournie.

Drainage

Les drains sont mal dimensionnés, étroits et peu profonds par endroits, tout comme le lit de certaines rivières énumérées plus haut, ce qui justifie leur incapacité à évacuer le volume des eaux de ruissellement et de celles des ménages, ou à les contenir en cas de forte précipitations, dans une ville à forte pluviométrie, où le niveau des eaux atteint souvent 4000 millimètres par an. Le gouvernement camerounais, avec l’appui de la France, a fait construire des drains, initialement présentés comme pouvant être des voies navigables (comme la Lagune en Côte d’Ivoire), mais qui n’ont malheureusement pas résolu définitivement le problème. Le projet cofinancé par l’Agence française de développement (Afd), dans le cadre du contrat désendettement développement, à hauteur de 109 milliards de francs CFA, a été exécuté par les société Razel (pour le lot 1) et Satom (lot 2). Il concernait, initialement, un linéaire de 47,22 km de drains primaires et secondaires traversant 36 quartiers des cinq arrondissements concernés, pour une superficie totale de 1592 ha. Au moment du lancement de ce projet, Douala n’est pourvue que de 10 km de drains identifiés sur les 250 km prévus dans le schéma directeur d’assainissement de la ville.

Les dernières inondations survenues dans la nuit du 20 au 21 août derniers, suite à des fortes précipitations, ont touché quatre communes sur les six que compte actuellement la ville de Douala. Il s’agit d’une part de Douala 4ème (Bonabéri) et de Douala 5ème, qui ont chacune une façade fluviale, et d’autre part des communes de Douala 1er et de Douala 6ème (Manoka). Au sortir d’une séance de travail dans les services du gouverneur, récemment à Bonanjo, le maire de cette dernière commune (Manoka), créée en 1996, a déclaré que ces crues ont dévasté une vingtaine d’habitats dans certaines criques de Manoka, laissant ainsi derrière elles des hordes de sans abri.

Ces inondations dues à la montée soudaine des eaux à près de trois mètres (de quoi engloutir certaines maisons moins hautes), rappellent à la mémoire celles de 2015, qui avaient causé autant de dégâts matériels. Mais les crues les plus catastrophiques de ces vingt dernières années, demeurent celles de 2000. Les eaux furieuses avaient semé tristesse et désolation dans les familles, faisant près de 100 victimes. Le système de drainage n’est pas la seule explication plausible. Tout récemment, dans la foulée des dernières inondations, un chef de bloc au quartier Bépanda Petit Wouri, lieu-dit « 54 Escaliers », pointait un doigt accusateur sur la qualité de certains travaux, comme ceux de la construction du prolongement nord du boulevard de la République, réalisés l’an dernier par le génie militaire.

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