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General News of Monday, 19 October 2020

Source: Actu Cameroun

Doctorat professionnel : tout sur une crise non-résolue qui oppose le Minesup aux étudiants

Un face à face oppose actuellement le ministre de l’enseignement supérieur et des doctorants professionnels.

Un an après son annulation (novembre 2019) par les services du Premier Ministre, le débat sur le doctorat professionnel surgit à nouveau de terre. Il oppose les candidats au doctorat professionnel au ministre de l’enseignement supérieur (Minesup), et aux recteurs Magloire Ondoua (désormais à l’université de Douala) et Adolphe Minkoa She (Université de Yaoundé II).

En effet, dans une correspondance datée du 9 octobre 2020, Joseph Claude Ateba, porte-parole du collectif des 28 étudiants en colère dénoncent une escroquerie dont le montant querellé avoisine des centaines de millions de fcfa cumulés entre 2015-2018. D’après celui que nous avons joint au téléphone « nous avons été délestés de 400 à 500 millions frs cfa, pour les deux facultés (faculté des sciences juridiques et politiques ; et faculté d’économie et des sciences de gestion). Ça c’est pour ceux qui ont accepté de parler ».

Ainsi, ils exigent entre autres le remboursement de leur argent. « Dès lundi (12 octobre 2020, Ndlr), ils vont recevoir des sommations. On va leur donner huit jours. S’ils ne réagissent pas, on va leur servir une citation directe et on ira directement au procès. Si on va au tribunal, on va leur réclamer des dommages et intérêts parce que les dommages sont énormes», a même menacé le collectif.



Bras de fer

En réponse à cette sortie qui a fait les choux gras de la presse, le chargé de la communication du ministère de l’enseignement supérieur (Minesup) a signé un communiqué en date du 14 octobre 2020 qui dédouane le ministère. Le ministre rappelle certaines dispositions légales, notamment l’article 67 alinéa 1er du décret de 1993 portant dispositions communes aux universités et les articles 7 et 27 du décret du 17 octobre 2005 fixant les règles financières appliquées aux universités d’État.

Elles précisent que «la gestion financière des universités d’État fonctionne dans une autonomie managériale, académique et financière, à l’aune de.la gouvernance universitaire». Bien plus, « le ministre d’État, ministre de l’Enseignement Supérieur informe l’opinion nationale et internationale qu’il n’a perçu aucun franc, relatif au paiement des droits universitaires par des étudiants inscrits dans le cadre du doctorat professionnel, alors en fonctionnement à l’Université de Yaoundé II à Soa», indique Jean Paul Mbia.

Sauf que le collectif revient à l’assaut, un jour après, le 15 octobre. Joseph Claude Ateba pour le collectif des 28 étudiants rappelle au Pr Fame Ndongo qu’il a présidé la cérémonie de lancement du doctorat professionnel au palais des congrès de Yaoundé au courant de l’année 2014. « Par cet acte, vous avez donné l’onction gouvernementale à cette initiative », insiste le collectif qui classe ainsi le ministre au rang de « coauteur et de complice » de l’acte du professeur Magloire Ondoua, alors doyen de la Fsjp de l’université de Yaoundé II.

En outre, le collectif rappelle le pouvoir de tutelle accordé au Minesup dans l’encadrement des universités. « Notre action judiciaire contre vous tient au fait qu’en tant que Tutelle Académique, vous aviez l’obligation de vous rassurer du caractère légal et légitime du doctorat professionnel mais au lieu de cela, vous avez motivé cette initiative et l’avez laissée prospérer. Bien plus, vous n’avez encouragé aucune initiative visant à rétablir les doctorants professionnels de l’Université de Yaoundé II dans leurs droits palliatifs, à la suite de la suspension du cycle de doctorat professionnel ».

Il est reproché au ministre de vouloir rejeter la responsabilité querellé uniquement sur les deux recteurs, Minkoa She (actuel recteur de Yaoundé II) et Magloire Ondoua.

Au Minesup, on se prépare également à riposter face à ce qui s’apparente désormais à un véritable bras de fer.


Au commencement

Tout commence en fait avec la correspondance du ministre de l’Enseignement supérieur (Minesup), du 14 février 2020. Le Pr Jacques Fame Ndongo demande au recteur de l’Université de Yaoundé II, le Pr Adolphe Minkoa She, de suspendre le doctorat professionnel qui est pourtant le fruit d’une réflexion sur la réforme des enseignements au Cameroun menée entre 2014 et 2015. C’est en droite ligne des instructions du Premier ministre de novembre 2019 qui demande effectivement la suppression de ce doctorat.

Cet acte correspond également aux résolutions prises par l’actuel recteur de l’université de Yaoundé II, Soa, en date du 5 mars 2018, année marquant effectivement le terme de ce cursus de formation mis en place par le Pr Ondoua Maloire, actuel recteur de l’université de Douala. Dans la foulée des informations, on retient que, réuni en sa 36ème “session à Cotonou au Bénin du

26 au 30 mai 2019, le Conseil des ministres du Cames (Conseil Africain et Malgache de l’Enseignement Supérieur) n’a pas reconnu le doctorat professionnel. «Sur la problématique du “Doctorate of Business Administration (Dba)” dans l’espace Cames, le Comité Consultatif Général (Ccg) a fait remarquer qu’il n’existe pas de doctorat professionnel dans l’espace Cames où le système Licence-Master-Doctorat (Lmd) est en vigueur.

Le Doctorat professionnel a aussi fait l’objet d’un point à l’ordre du jour lors de la conférence des recteurs qui s’est tenue au Ministère de l’enseignement supérieur. A cette occasion, « le recteur a suggéré aux chefs d’établissements (Doyen FSJP et Doyen FSEG) que les étudiants inscrits en Doctorat professionnel depuis 2014 soient reversés (en régularisation) en doctorat classique pour ceux qui ont un DEA ou un Master ; et en Master pour les autres », a-t-il été dit.

Mais, dans une autre lettre adressée au Chef de l’Etat datée du mois de juillet 2020, les anciens aspirants au doctorat professionnel soutiennent qu’«abusés, humiliés, escroqués, ruinés par les énormes frais de scolarité et le coût élevé des travaux de recherche, nous nous sommes sentis traités comme des étrangers dans notre propre pays ». Ils l’ont réitéré dans la réponse au « démenti catégorique » du Celcom Minesup en précisant que « le préjudice est énorme ».

« Il y a des camarades qui étaient dans des organisations internationales et qui se sont fait payés cette formation par leurs structures respectives. Et lorsque la suspension est arrivée, ils ont perdu leurs postes. Parce que la structure ne comprenait pas de quoi il s’agit, car ça s’apparente à de l’escroquerie. D’autres ont pris des crédits à la banque. A titre personnel, j’ai pris un crédit que j’ai dû racheter il y a deux ans, parce que ça pesait sur mdi. On me coupe 132 000 FCFA chaque mois», selon le porte-parole du collectif desdits étudiants, Joseph Claude Ateba. Contre les recteurs, les étudiants rappellent le motif de leur colère.

« Nous avions jusqu’à lors trois types de désidératas au sein de notre collectif. Le premier groupe sollicitait un reversement en cycle doctorat classique ; le deuxième groupe sollicitait un reversement en cycle doctorat classique avec remboursement du trop-perçu ; et enfin le troisième groupe revendiquait le remboursement des sommes versées dans les livres de l’Université de Yaoundé II au titre du paiement des droits universitaires », peut-on lire de la correspondance.

Pour rappel, c’est la réforme universitaire de 2006 ayant conduit au système License-Master-Doctorat (LMD), qui est au fondement de la décision du professeur Magloire Ondoua, alors doyen, de créer un doctorat professionnel.

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