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General News of Monday, 2 November 2020

Source: Actu Cameroun

Diocèse de Nkongsamba: voici comment l’épiscopat a lâché Mgr Ndongmo

Dans un article, l’éditorialiste Edouard Kingue revient sur l’affaire Mgr Ndongmo, l’ancien évêque du diocèse de Nkongsamba. Merci de lire l’intégralité de sa sortie.

Aout 1970. L’actualité est dominée par ce qu’on a appelé « L’affaire Ndongmo ». Du nom de Mgr Albert Ndongmo, évêque du diocèse de Nkongsamba. Selon la version officielle, « En mai 1969, nos services de sécurité ont découvert un complot visant à assassiner le chef de l’Etat. L’interrogatoire des conjurés a gravement mis en cause Mgr Ndongmo et a particulièrement mis en relief son action dans la direction du complot. »


A l’issue d’un procès qui en découle en février 1971, l’évêque est condamné à mort, peine que le Président de la République commue en détention à perpétuité, avant de le gracier et de le contraindre à l’exil en 1975 au Canada :

Après quatre ans d’internement au Nord Cameroun, Mgr Albert Ndongmo est libéré le 16 mai 1975 sous la pression de la section canadienne d’Amnesty International. Exilé d’abord à Rome, il a finalement été accueilli au Québec où il vivait dans des conditions de discrétion. Il est mort dans son exil sans n’avoir rien dit !!!


Etait-il séquestré ? Pourquoi s’est demandé Mongo Beti dans main basse sur le Cameroun, « ce peuple que Mgr Ndongmo défend tant, au point de pouvoir donner sa vie pour lui ne s’est-il pas mobilisé pour lui manifester sa solidarité, le soutenir »

On sait que le prélat a été arrêté à son retour de Rome, pour complicité avec la rébellion de l’U.P.C. cette arrestation de Mgr Ndongmo, est consécutive à celle de Ernest Ouandié. En outre, Mgr Ndongmo est accusé d’être un membre d’un mouvement de la Sainte Croix qui voulait perpétrer « un coup d’Etat spirituel et mystique où seuls les anges opéreraient. »

L’Agence France Presse écrira alors : Il déclarait déjà le 15 janvier 1963 : « L’Etat croit que nous devons prêcher un christianisme désincarné, parler du ciel, des anges, sans toucher les réalités vitales de chaque jour. Or l’Evangile du Christ n’est pas une théorie, mais une vie. Il s’insère dans toute la vie de l’homme engagé dans la famille, la politique, la profession et le syndicat ».

Le journaliste Pierre Gallay traçait dans un reportage sur les catholiques camerounais (La Croix, 1er février 1968), un portrait pittoresque de Mgr Ndongmo, ‘entreprenant, actif, décidé, direct, d’une franchise presque brutale, capable de lever son verre à la santé de Jésus-Christ. » Révèle l’abbé Lazare Tchouabou dans une thèse de doctorat présenté à l’université de Strasbourg (2011).

En 1992 l’évêque décède au Canada et à l’occasion de ses obsèques, la dépouille mortuaire est réceptionnée de Douala à Nkongsamba où l’inhumation est prévue. Que ce soit à Douala, à la cathédrale de Nkongsamba ou dans son village natal où des célébrations sont organisées, des hommages et des témoignages lui sont rendus.

Dans un article intitulé « Le courage de dire », André Norbert Ntonfo relève : « Mgr Albert Ndongmo a été un intellectuel au sens le plus plein du terme. En effet, il restera dans la mémoire de bien de gens qui l’ont connu ou côtoyé, le symbole du ‘courage de dire’,


Mgr Albert Ndongmo a toujours voulu prêcher un Evangile incarné dans les réalités camerounaises de l’heure. » Mais le pavé est jeté dans la mare à Bafou, village natal de Mgr Ndongmo, où dans un dernier hommage, l’abbé André Ségue souligne dans son homélie :

« Mgr Albert Ndongmo a été trahi par des hommes d’Eglise et de nombreux chrétiens qui, au moment où il en avait le plus grand besoin n’ont pas appliqué l’Evangile à son égard en prenant le parti de l’opprimé. Dans ces propos de l’abbé Ségué, il apparaît clairement qu’il n’y a eu aucune mobilisation de ses confrères dans l’épiscopat, en soutien à l’évêque. » Monseigneur Jean Zoa ne déclarait-il pas à l’époque qu’on ne saurait « confondre Mgr Ndongmo et l’église catholique » ?

Aucune mention de la lettre de l’A.I.P.I (Association interdiocésain des prêtres indigènes) dont il est membre, lettre adressée aux évêques du Cameroun le 19 avril 1971 et dans laquelle l’A.I.P.I. interpelle les évêques sur leur manque de solidarité à l’égard de leur confrère en ces termes :

« Voilà plus de trois mois que nous scrutons vainement l’horizon, attendant de vous une parole, un acte, un signe. Mais vous êtes restés étonnamment et obstinément discrets, muets, absents, et cela n’a fait qu’épaissir notre angoisse. Pourquoi, Excellences, depuis le début de l’affaire Ndongmo, avez-vous autant de prise de positions aussi contradictoires ?

Est-il vrai, Excellences, que pendant la détention de Mgr Ndongmo à Yaoundé, vous ou certains parmi vous n’avez pas rendu ou tenté de rendre visite à votre confrère qui était en prison ? Où étiez-vous, Excellences, pendant tous les deux procès ? Est-il vrai que vous n’avez pas « assisté » votre confrère lors de son jugement, malgré la promesse que vous aviez faite le 11-11-70 ? ».

Enfin, dans son homélie des obsèques de Mgr Albert Ndongmo, Mgr Thomas Nkuissi, évêque de Nkongsamba de l’heure affirmait : « Il n’est pas aisé d’être évêque de Nkongsamba : un peuple des plus travailleurs, et qui, depuis l’indépendance, ne reçoit pas sa part du fruit de son labeur. Comment un Pasteur, aimant ce peuple, pourrait-il lui parler de l’espérance divine sans dire un mot sur l’espoir humain ?

Mais en le disant, Monseigneur a pu parfois utiliser certains termes, il a pu parfois poser certains actes, que des professionnels en la matière, exploitant à fond une naïve imprudence dans la sincérité, et pratiquant des opérations d’extrapolation, collectionnèrent pour se fabriquer les uns, un paravent, les autres, un moulin à vent.

Résultat : rupture du ministère, l’expérience de la torture, la mort en exil…Nous sommes nombreux à avoir collaboré à la mort de Monseigneur Ndongmo, mais nous n’en avons pas conscience, nous refusons d’en prendre conscience.»

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