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General News of Tuesday, 11 August 2020

Source: 237online.com

Diocèse de Bafoussam: des notables déclarent la guerre à Mgr Dieudonné Watio

A l’origine, une v idéo dans laquelle un prêtre de l’Eglise Catholique fait la promotion de la culture traditionnelle et ancestrale Bamiléké en exécutant la « danse Mwouop», lors du NsemTodjom à Bandjoun, place de la chefferie.

Le prélat, estimant que son acte est contraire à la doctrine chrétienne, a suspendu son « Munus docendi » c’est-à-dire ses activités extra paroissiales.

Un brulot sous le bâton de pèlerin de l’évêque

Tout commence lorsque l’abbé André Marie Nkengne, notable à Bandjoun dans le département du Nkoung-Ki, en son temps, curé de la paroisse Sainte Anne de Mbouda et administrateur du secteur paroissial spécial de Bamesso dans le département des Bamboutos, aujourd’hui, affecté dans le doyenné de Foumban, département du Noun, met en ligne une vidéo devenue virale. Les reproches d’apologie du syncrétisme et du glissement hérétique sont retenus à son adresse. Presque châtié par l’évêque de Bafoussam, la sentence va soulever l’ire de l’amicale des notables et patriarches de la Mifi qui a adressé au prélat un brûlot. La note, intitulée, « A Mgr Dieudonné Watio. Lettre ouverte d’un groupe de notable de la Mifi, » a été adroitement et intentionnellement mise sur les réseaux sociaux ! Une abondante littérature meuble le fond.

Tenez ! « Nous ne sommes pas des malfaiteurs. Rien ne sera plus comme avant. Mgr au mois de juin, vous avez adressé un message au monde entier, à propos d’un de vos prêtres qui avait parlé de quelques aspects de la tradition africaine dont nous sommes gardiens. Nous faisons l’économie de la copieuse et indigne humiliation publique que vous avez infligée à ce monsieur qui est votre prêtre, avec qui vous aviez certainement une rancune et haine que tu tenais à régler… » En outre, « Nous voulons vous dire brièvement que vous avez démontré que vous ne connaissez pas votre tradition, et vous la jugez du haut, avec une condescendance qui démontre que vous n’avez aucune humilité. D’ailleurs, pendant que vous accusez votre Abbé de manquer d’humilité, vous faites preuve en même temps d’un défaut criard d’humilité, de retenue, et de regard critique.

Ce prêtre avait ouvert une porte pour mieux nous connaître. Vous l’avez violemment fermé. Nous comprenons que la thèse que vous avez écrite servait seulement pour avoir un parchemin. C’est de la malhonnêteté, excusez le terme, mais c’est vrai. En ce moment, nous vous rassurons que les africains retournent massivement aux sources. Vous nous montrez, comme pasteur que cela ne vous plaît pas. Vous ne pouvez rien contre ce qui est vrai dans l’histoire. Au cours de la réunion que nous avons tenu en début de ce mois de juillet à Bafoussam, nous avons décidé de vous écrire pour vous avertir que rien ne sera plus comme avant » Et de poursuivre, « étant donné que vous considérez négativement les traditions dont nous sommes gardiens, nous avons décidé de ne plus vous faciliter la tâche à notre niveau : dons ou legs de terres, procédures foncières et autres. Vous n’aurez plus notre collaboration. Ces mesures pourront être étendues à d’autres niveaux, jusqu’au jour où vous démontrerez clairement que vous avez agi maladroitement. Monseigneur, vous avez un regard maladroit sur nous et notre travail au service du bien ».

Et d’ajouter : « Ne confondez pas ce que nous sommes avec ce que les sorciers font. Pourquoi baptisez-vous les jeunes qui font le Nyang-Nyang? Vous avez récemment enterré personnellement de riches laïcs polygames qui ont rang de chefs d’initiation. Certains vous ont donné des millions en public, mais régulièrement en privé. Vous recevez l’argent des gardiens de la tradition et ensuite vous allez insulter un prêtre qui parle de tradition. De grâce Mgr Watio, si vous avez un problème à régler avec votre prêtre, n’y mêlez pas ses racines africaines comme alibi. Pour conclure, vous avez parlé de sagesse. Mais nous, gardiens de la tradition africaine, nous remarquons que vous en avez manqué.

On ne parle jamais mal de ce qu’on ne connait pas. On le dit même en classe (philosophie). Nous ne parlons jamais mal d’un collaborateur en public : même l’évangile que vous expliquez parle de correction fraternelle. Vous avez institutionnalisé la correction publique sur votre radio. Ceux d’entre nous qui vont à l’église continueront à le faire. Mais nos mesures demeurent envers L’Eglise. Nous partagerons avec les autres patriarches et chef traditionnel afin qu’ils jugent de la pertinence de notre point de vue. Mais soyez rassurés, rien ne sera plus comme avant. Que nos ancêtres présents devant Dieu gardent notre pays. »

L’apologie du retour aux sources et la doctrine de l’Eglise

La sanction de l’évêque à l’encontre de l’abbé Nkengne n’a pas encore cessé de faire des vagues dans les rangs des chrétiens et observateurs avisés de l’Eglise. C’est ainsi que les notables de la Mifi ayant estimé que l’évêque avait été excessif, lui ont adressé une lettre au contenu corrosif. Ce qui remet au goût du jour la précipitation qui semble avoir soutenu cette décision. « A un moment où l’Afrique fait ses preuves sur le plan scientifique, culturel, médical et médicinale, il est important de ne plus regarder ce monde avec condescendance et mépris. Lorsqu’on critique de plus en plus le déracinement des enfants et l’évasion des cerveaux vers les cultures occidentalisées, des efforts d’un prêtre comme l’abbé Nkengne de faire un retour aux sources devraient être encouragés, » laisse entendre, un enseignant de l’Ecole cathédrale de théologie de Bafoussam (Ecatheba).

Notre source révèle que c’est ici qu’il faut remarquer que l’enracinement profond du curé Mathias TegomoNgueste dans sa culture et traditions a fait des merveilles lors de son passage dans le doyenné de Mbouda. « La grande église était devenu exiguë, l’on accourait de partout pour voir ce curé extraordinaire qui aimait les traditions pures africaines tant qu’elles n’étaient en contradiction avec la parole de Dieu. Il avait même converti beaucoup de notables païens.

Et l’impact sur la christianisation de leur populations est aujourd’hui reconnu dans cette localité, » dit-il. Et de poursuivre : « Il est de bon ton, sans avoir la prétention d’offenser l’évêque, loin s’en faut, d’affirmer que tant que les cultures traditionnelles peuvent être en harmonie avec la doctrine de l’Eglise, il est bon de les encourager. Pour éviter à la jeunesse d’être toujours tentée par l’extraversion et l’exotisme avec des conséquences, aujourd’hui, connues où se bousculent : les sectes ésotériques et sataniques avec leurs corollaires, la recolonisation et l’avilissement de l’africain. »

Nombre de prêtres et chrétiens avertis soutiennent que le père Nkengne dont l’amour profond pour sa culture que lui inspirent les sciences anthropologiques dont est spécialiste, peut l’amener à une pratique zélée de celle-ci. Ce qui peut ne pas plaire à son entourage au sein du clergé avec « des mouchards positionnistes qui peuvent avoir tramé des choses inavouées » pour cette décision querellée de l’évêque. En regardant, en définitive, l’aspect sémantique de l’expression des notables, l’on peut constater qu’il y a, à l’endroit du prélat, comme une inflation du « tu » au détriment du « vous ». Ce qui traduit l’exaspération profonde de cette confrérie particulière qui s’est sentie sérieusement touchée, meurtrie, dans son intimité.

Inculturation et christianisation

De sources, il faut bien croire que les prêtres inculturés recrutent plus que ceux qui se laissent aller à la platitude et au formalisme. Des chrétiens et prêtres du doyenné de Mbouda confessent que les prêches de l’abbé Nkengne sont accrocheurs, convaincants, dissuasifs et persuasifs. Toute chose qui ne plait pas à ses pairs, adeptes de la monotonie. C’est un chercheur qui inspire la confiance et invite à l’approfondissement de la connaissance. Car lui-même en porte suffisamment dans sa science anthropologique qui lui permet de comprendre les comportements humains et les manières appropriées de sensibiliser, éduquer, et christianiser. « C’est bien pourquoi l’on suit avec délectation ses homélies. Il a su se présenter à sa communauté tel qu’il est, sans fioritures, ni extravagances », déclare, un chrétien avisé de la paroisse Sainte Anne de Mbouda.

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