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General News of Monday, 11 May 2020

Source: lebledparle.com

Dieudonné Essomba tire à boulet rouge sur le régime Paul Biya


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Dieudonné Essomba a tiré à boulet rouge sur l’appareil dirigeant qu’il accuse d’être passif face aux problèmes cruciaux qui se posent au quotidien.


«Que faire devant une mesure gouvernementale qui va ne pas marcher ? », c’est le titre de la nouvelle chronique de Dieudonné Essomba publiée sur sa page Facebook.

L’économiste répond à cette problématique à l’aide de deux postures. Pour la première, c’est la théorie du « laisser faire, sans critiquer dans le but de ne pas gêner le Gouvernement » tandis que la seconde repose sur la critique « en proposant des solutions alternatives ».

Toutefois regrette le statisticien « de telles critiques auront un effet contreproductif ». Par conséquent, « ce dilemme traduit de manière tragique la trappe bureaucratique dans laquelle es tombé le Cameroun », déduit-il.

Parce qu’en réalité, «Tout le monde accuse tout le monde et personne n’est responsable de rien !», a déclaré Dieudonné Essomba.

Lebledparle.com vous invite à lire entre les lignes les propos du consultant de Vision 4.

La plus terrible situation est celle d’un expert devant une mesure gouvernementale qui ne va manifestement pas marcher. Bien entendu, quand le Gouvernement engage un projet, on est légitiment en droit de penser qu’il a mené les consultations les plus pertinentes possibles et que sa décision ressort d’une bonne compréhension du problème. Du point de vue de l’art, cela devrait être la meilleure solution possible compte tenu des contraintes, ce que les Economistes qualifient de « solution optimale ».

Fort malheureusement, les positions du Gouvernement sur certaines problématiques apparaissent souvent contraires à la raison, au bon sens et à la science.

Ces postures erronées se retrouvent aussi bien sur le plan politique qu’économique et social. Face à cela, on se retrouve écartelé entre deux postures également embarrassantes :

POSTURE 1 : La première posture est de laisser faire, sans critiquer dans le but de ne pas gêner le Gouvernement, mais aussi sans approuver pour ne pas être complice de ses malfaçons et assumer dans une certaine mesure ses échecs. Une telle posture est très difficile à tenir, puisqu’elle implique qu’on va également se taire en cas d’échec, car évidemment, il serait mal venu de critiquer une action qui a déjà échoué alors qu’on aurait dû normalement le faire auparavant, dans l’espérance que le Gouvernement pourrait amender ses positions, ou du moins, intégrer davantage la perspective d’un échec possible.

POSTURE 2 : la seconde posture est de critiquer en proposant des solutions alternatives, mais le plus souvent, de telles critiques auront un effet contreproductif. D’abord, parce que le Gouvernement ayant déjà pris sa décision, il a beaucoup trop d’orgueil pour y revenir, même s’il se rend compte a posteriori de son erreur. L’argument des soutiens inconditionnels du régime qui vont le soutenir, souvent en faisant beaucoup de bruits, donnant comme argument : « vous n’êtes pas Dieu ! laissez d’abord faire et si ça échoue, vous allez vous plaindre après ».

En second lieu, quand un Gouvernement accumule un grand nombre d’échecs, il a tendance à se braquer, comme une bête traquée, accusant les critiques de mauvaise foi. Il aura d’ailleurs d’autant plus tendance à s’agacer que ces critiques aggravent le risque d’échec par un effet dit de « prévision autoréalisatrice » qui s’explique de la manière suivante : lorsqu’un expert crédible annonce un échec, cela conditionne le comportement de certains acteurs qui croient en lui et les démobilise.

Ce dilemme traduit de manière tragique la trappe bureaucratique dans laquelle es tombé le Cameroun. L’expertise est rarement utilisée de manière utile. Ce sont les fonctionnaires qui sont en même temps des experts. Et comme chaque fonctionnaire suit mécaniquement ce que veut son Ministre qu’il tente d’amadouer pour des besoins de promotion, les Ministres eux-mêmes tentant de reproduire mécaniquement la pensée du Chef de l’Etat pour pérennisation à leur poste, nous avons un système qui n’a pas de cerveau. Ce sont les idées de Biya qu’on essaie d’interpréter et qu’on tente de mettre en musique, y compris au mépris des lois scientifiques. Il suffit que le Chef parle de « taux de croissance à 2 chiffres » pour que le pays entier s’emballe, même si personne ne comprend exactement ce que signifie un tel taux. Il faut juste s’agiter, et faire semblant de réaliser ce qu’on en comprend pas soi-même.

Ce type de gouvernance nous a conduits à « l’excusite », attitude consistant à rechercher systématiquement des excuses aux échecs que nous n’assumons jamais. D’où le développement d’une ambiance d’autojustification où les échecs ne viennent jamais des choix manifestement défectueux faits, mais des facteurs extérieurs comme l’action malveillante de l’étranger, la mauvaise foi de l’opposition, l’immaturité des Camerounais, etc.

Personne n’est responsable de rien : le Chef de l’Etat accuse le Premier Ministre et les Ministres d’être responsables de l’échec. Le Premier Ministre accuse le Chef de l’Etat et ses Ministres d’être responsables de son échec. Les Ministres accusent le Premier Ministre et le SG de la Présidence, ainsi que les Directeurs d’être responsables de leurs échecs. A leur tour, les Directeurs accusent les Ministres et les Sous-directeurs d’être responsables de leurs échecs. Les Sous-directeurs accusent les Chefs des Services et les Directeurs d’être responsables de leurs échecs.

Tout le monde accuse tout le monde et personne n’est responsable de rien !

Des solutions existent, mais qui va les appliquer ? Qui va appliquer les nécessaires réformes du système sociopolitique totalement bloqué, complètement occlus, qui n’a jamais su se renouveler, accumulant de graves rigidités qui le rendent totalement inapte à répondre aux grands défis actuels ?

La crise économique récurrente, la sécession anglophone, le tribalisme politique, la pandémie du coronavirus ? Quelles sont les solutions qu‘il propose ?

Rien !

Absolument rien d’autre que leur conviction d’avoir raison contre le bon sens, contre la logique, contre la science, contre le monde entier !

Et c’est là que j’ai compris cette terrible réalité : quand un responsable Camerounais est lancé dans un mauvais projet, ne vous avisez jamais de l’en dissuader ! Non seulement il le poursuivra de manière plus résolue, lisant dans vos réticences le signe qu’il a raison et que vous n’êtes jamais de son prochain succès, mais il vous imputera la responsabilité de son échec, vous accusant de lui avoir lancé un mauvais sort.

Dieudonné Essomba

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