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xxxxxxxxxxx of Saturday, 29 May 2021

Source: Aurore Plus n°2172

Devant l'histoire, juge suprême, Paul Biya à la barre

Même l’Histoire finira par juger un dirigeant ayant abandonné son peuple aux mains de prédateurs assoiffés de pouvoir.

La loi du 14 avril 2008, modifiant et complétant certaines dispositions de la loi du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 2 juin 1972, prévoit/l’instauration d’une Haute cour de justice au Cameroun. Cette instance est compétente pour juger les actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions : par le président de la République en cas de haute trahison, le Premier ministre, les autres membres du gouvernement et assimilés, les hauts responsables de l’administration ayant reçu délégation de pouvoirs et en cas de complot contre la sûreté de l’Etat.

Mais le texte s’empresse d’ajouter que l’organisation, la composition, les conditions de saisine ainsi que la procédure suivie devant la Haute cour de justice, sont déterminées par la loi. Il est déjà acquis que ladite loi ne sera pas prise de sitôt. En tout cas pas tant que Paul Biya sera aux affaires. Le peuple, dont il se revendique l’élu et dont il tient son pouvoir, celui-là au nom duquel est également rendue la justice, n’est donc pas en mesure de sanctionner ses actes.

Ne pouvant déjà être reconnu responsable des faits commis avant son mandat qu’à l’issue de celui-ci et devant les juridictions ordinaires, il est donc éminemment préservé par l’immunité absolue dont il bénéficie jusqu’à la fin de son règne. Il s’agit, ainsi que le qualifierait l’essayiste Yann Gvvet, d’un roi thaumaturge couvert par l’impunité, «l’un des cancers de nos sociétés». De part cette pratique qui alimente la corruption, les détournements publics et les atteintes aux droits humains.

Nous ne dirons pas, comme Ni John Fru Ndi en octobre 2017 dans Le Monde Afrique, à propos du pourrissement de la crise sécessionniste anglophone, que «Paul Biya doit être traduit devant la CPI (Cour pénale internationale) pour crimes contre l’humanité», mais son rôle est clairement mis en cause dans la gigantesque pétaudière qu’est devenu le Cameroun.


Pour se faire réélire en octobre 2018, celui qui est aux affaires depuis bientôt 39 ans s’était fendu d’un vrombissant serment. M. Biya avait pris 10 principaux engagements pour le septennat, au cas où il serait reconduit. Il a ainsi juré d’améliorer davantage les conditions de vie de ses compatriotes, de continuer à consolider la paix, sauvegarder l’unité nationale et l’intégrité territoriale, accélérer la marche vers l’émergence, renforcer l’innovation, accroître le rôle des femmes et des jeunes, renforcer la lutte contre l’exclusion, apporter un soutien accru aux arts, aux sports et à la culture, consolider la place du Cameroun en Afrique et dans le monde, assurer la défense et le progrès de la patrie.

De tous ces engagements, on ne retrouve aujourd’hui aucun début de matérialisation. Bien au contraire, le pays s’est enfoncé dans une crise sociopolitique encore plus profonde Les régions anglophones restent en proie à la crise sécessionniste, la pauvreté a pris de nouveaux galons, aucun grand chantier de développement n’est livré ni exécuté >dans les règles de l’art. Pendant ce temps, le pillage du bien public envahit tous les niveaux de l’édifice.


Tout ceci se déroule alors que le capitaine semble avoir abandonné la barque en folie. Paul Biya est clairement ailleurs, sauf aux commandes du Cameroun. Même aux premiers temps de ce qui a été baptisé «Opération épervier», il y avait comme un semblant d’autorité et de visibilité dans l’action. Aujourd’hui, ses lieutenants se livrent à un spectacle de chiffonniers non plus dans les salons feutrés de la République, mais carrément devant un peuple abasourdi.

L’actuel chef de l’Etat, à défaut d’être traduit devant une le Haute cour, aura – de son vivant ou après — à répondre devant le tribunal de l’Histoire, tant il a conduit le pays qu’il a juré de protéger, dans un abîme multidimensionnel.

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