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Diasporian News of Thursday, 2 September 2021

Source: L'essentiel N°359

Destins parallèles: Ahmadou Ahidjo et Hissène Habré, terminus Dakar

Ahmadou Ahidjo décédé à Dakar tout comme Hissène Habré Ahmadou Ahidjo décédé à Dakar tout comme Hissène Habré

Les deux anciens dirigeants d'Afrique centrale ont fini leurs jours dans la capitale sénégalaise, après des parcours qui ne sont pas sans similitudes.

Ils étaient tous les deux musulmans et de culture sahélienne: ceci explique déjà, peut-être, qu’ils aient choisi Dakar comme terre d'exil. Mais le fait que Ahmadou Ahidjo et Hissene Habré soient également morts dans cette ville n’est pas la seule coïncidence dans leurs destins tragiques. D'abord, ils ont été réputés avoir mené leurs pays respectifs d’une main de fer. Ce fut, il est vrai à des époques différentes : Habré prend le pouvoir à Ndjamena après en avoir
chassé Goukouni Ouedeye en 1982, l’année même où son homologue camerounais démissionne au profit de Paul Biya à Yaoundé. En tout cas les deux présidents se sont bâtis la même légende personnelle de despotes, chacun à sa manière.

C’est ainsi que les nombreux contempteurs du Tchadien ne l’évoquent que pour qualifier son règne de « dictature inhumaine et sauvage ». Plus de 40 000 morts à son « actif », dit-on, des centres de détention et de torture secrets partout, la consécration de la fissure entre les peuples des confins désertiques Nord et les « forestiers » du Sud, etc. Beaucoup s’accordent en fait à dire, à tort ou à raison, que durant les huit années qu’il aura été le maître du Tchad avant d’être évincé par Idriss Déby Itno, ce pays a connu la période la plus sanglante de son histoire.

Quant à Ahidjo, il a souvent été indexé par ses pourfendeurs, pour avoir pratiqué une « dictature douce et perverse ». Au Cameroun d’alors, contrairement à l’outre-Logone, il n’y aurait peut-être pas eu de massacres de masse, ni d’éli
mination systématique des opposants. Mais, on sait qu’il s’est abattu une terrible chape de plomb sur la société, parti unique oblige, par la
neutralisation stricte et féroce de toute voix politique, tant soit peu discordante ou carrément dissidente. Avec pour veiller au grain des services de sécurité impitoyables et d’une efficacité redoutable, à l’instar du sinistre SEDOC qui a alimenté les terribles prisons de Tchollliré, Mantoum ou Yoko, par fourgons entiers, de tous ceux qui avaient eu l’idée imprudente de lui tenir tête. En osant parler de démocratie, des droits de l’homme et de liberté d’expression, pensées suicidaires s’il en fût.

Deux dictateurs donc. Mais le parallèle ne s’arrête pas là. L’un et l’autre ont été pareillement condamnés par la justice de leurs pays après leur départ des affaires. Comme on sait pour Ahidjo, il a été accusé de complot contre l’État, tandis que Habré l’a été pour crimes contre l’humanité: tous les deux ont fini comme des renégats, loin de leurs pays. En conséquence, aucun n’a reçu les honneurs nationaux dus aux anciens chefs d’État à leur décès.
Dernière similitude entre les deux personnages : ils ont chacun été admirés et considérés comme de grands hommes d’État à une certaine étape de leur histoire. Non seulement par leurs compatriotes, mais aussi au-delà des frontières. C’est
ainsi que le président Ahidjo, en son temps, a réussi à créer une véritable fierté camerounaise, en imposant le respect de sa nation sur l’échiquier tant africain que mondial, à travers un nationalisme qualifié alors d’ombrageux.
S’agissant de Habré, il restera pour toujours «l’homme de la Bande d’Aouzou », celui qui par les armes a protégé le Tchad des visées expansionnistes d’un autre dictateur, Khadafi.

En fin de compte, le fait que ces deux figures de l’histoire contemporaine de l’Afrique centrale soient morts et enterrés en exil au pays de la Teranga vient rappeler le côté aléatoire de toute vie humaine, dont ne sont pas immunisés les
présidents, aussi puissants fussent-ils. Un jour au pinacle, le lendemain voué aux gémonies: « sic transit gloria mundi »(ainsi passe la gloire du monde).

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