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General News of Thursday, 10 December 2020

Source: Actu Cameroun

Demsa : des billes de bois exportés clandestinement vers la Chine

Il s’agit du Kosso, une essence forestière rare dont les troncs coupés sont vendus à prix d’or dans l’empire du milieu.

Ouro Dalang. Village frontalier situé dans la commune de Gashiga et l’arrondissement de Demsa, à quelques mètres seulement de la ville nigériane de Belel. Les deux localités sont séparées par une rivière, qui serf de frontière naturelle et celle-ci est souvent asséchée à cette période de l’année. Les populations vont et viennent des deux côtés de la frontières, libre de leur mouvement.

Peuplé majoritairement d’éleveurs qui s’adonnent également à la pratique de l’agriculture, le village de Ouro Dalang possède urie immense forêt qui regorge de multiples variétés d’arbres et de plantes. Parmi celles-ci figure le fameux Pterocarpus erinaceus, plus connu sous le Kosso et que les populations du village de Ouro Dalang appellent plutôt «Madric».

Le kosso, qui varie du rouge jaunâtre au rouge rosé et au brun riche, est apprécié pour le travail du bois et fait du bon charbon de bois et du bois de chauffage . Sa sève rouge est utilisée comme colorant dans le tannage et la confection de tissus. En tant que légumineuse, l’arbre abrite des rhizobiumé qui renvoient de l’azote dans le sol, ce qui le rend plus fertile.


De plus, le feuillage est un fourrage nutritif pour les animaux de ferme. Ce bois que l’on retrouve dans les savanes africaines attire depuis près de trois ans déjà à Ouro Dalang des bûcherons clandestins, membres de réseaux criminels spécialisé dans le pillage- des ressources forestières. Rien ne les arrêté. Ni les frontières, ni les restrictions commerciales prises par la Convention internationale sur le commerce des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites) depuis 2016.


Au vu et au su des populations, le kosso est coupé dans la forêt de Ouro Dalang, en territoire camerounais, par les trafiquants qui passent clandestinement la frontière nigériane avec ce bois. « Ces gens sont bien organisés et surtout équipés. Ils arrivent toujours la nuit du Nigeria en nombre avec de puissantes tronçonneuses, ils abattent des arbres entre 20 heures et 4 heures du matin puis ils reviendront à nouveau transporter les arbres la nuit suivantes à bord d’énormes camions et ils franchissent la frontière avant de disparaissent vers une destination inconnue», explique sa majesté Aboubakar Moustafa Babarey, lamido de Demsa.



A Ouro Dalam, les populations sont de plus en plus inquiètes car ce pillage des ressources forestières a de graves conséquences environnementales et sociales. «Elle accélère la désertification et appauvrit les communautés rurales qui dépendent entièrement des ressources naturelles pour assurer leur subsistance explique un spécialiste des questions environnementale. Les bergers Peuls de Ouro Dalang sont d’autant inquiets que les feuillages de kosso permettent de nourrir les troupeaux durant la saison sèche.

«Notre bétail commence à manquer sérieusement de fourrage car lorsque ces trafiquants détruisent les arbres, ils détruisent également les arbustes avec leurs énormes camions», explique Bouba Ardo Aliou. Cet éleveur installé avec sa famille au cœur de la forêt, a assisté impuissamment à l’abattage des troncs d’arbres par les trafiquants devant sa concession. «Je me suis opposé mais au vu de leur nombre j’ai dû me raau nom er car s’ils décident de s’en prendre à ma famille je n’ai pas de moyen pour leur faire face», explique-t-il.

Complicité et corruption
Selon certaines informations puisées à bonne source, les troncs de kosso coupés illégalement au Cameroun prennent ensuite la direction du port de Lagos, dans la capitale économique du Nigeria. Là-bas, les cargaisons de bois sont récupérées par les commanditaires puis exportées vers la Chine où ce bois très prisé est utilisé pour 1a fabrication de meubles de luxe. Le bois du kosso est également utilisé pour la fabrication des cross d’armes.

A la délégation régionale des forêts et dé la faune, l’on est courant de ce pillage et des actions ont d’ailleurs été menées dans le but d’y mettre un terme nous apprend-t-on.

«Le trafic est de plus en plus inquiétant. Ces trafiquants ont infesté les zones de Bascheo, Touroua, Bardanké, bref toutes localités frontalières où ils pillent littéralement nos forêts», confie sous anonymat un responsable de ladite délégation. Les nombreuses actions menées ‘ont d’ailleurs permis la saisie de plusieurs troncs d’arbres qui ont ensuite été vendus aux enchères ou détruites. Face à l’ampleur du phénomène, une réaction plus musclée des autorités est requise.

«Nos moyens sont malheureusement limités car ces trafiquants viennent en bande et possèdent des armes. D’autre part, ils sont plus actifs en saison pluvieuse où il est quasi impossible pour nous de nous mouvoir dans ces forêts», explique’ notre source.

Les populations riveraines sont également indexées par les autorités en raison de leur complicité supposée avec les trafiquants qu’ils renseignent sur les mouvements des agents des eaux-et forêt. Une accusation que rejette les habitants du village de Ouro Dalam. D’après eux, si ces gens agissent en tout impunité c’est parce qu’ils ont réussi à corrompre les fonctionnaires qui ferment les yeux tout en remplissant les poches.

« Lorsque, nous les approchons les Madrics nous disent qu’ils ont déjà tout régler avec les autorités qui ont pris leur part. Quelle part ? Nous supposons que c’est de l’argent bien évidement», déclare Elhadj Hassana Baba Hamadou, djaouro de Ouro Dalang.

Désespéré de voir que la ruée vers le kosso à Ouro Dalang avance sans grands d’obstacles, sa majesté Aboubakar Moustafa Babarey lance un nouveau cri d’alarme. «C’est un drame environnemental que nous vivons en ce moment et bientôt la situation sera irréversible. Non seulement Demsa n’aura plus de forêt mais plus grave encore les populations seront appauvries. L’Etat qui détient le monopole de la force public doit agir avec fermeté pour protéger son territoire car ces trafiquants ont vidé les stocks déjà Gambie, du Sénégal, du Togo, du Bénin et même du Nigeria où il ne reste plus grande chose».

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