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Actualités of Wednesday, 5 May 2021

Source: www.camerounweb.com

Decès de Achidi Achu: Louis Marie Kakdeu éventre le parcours de l'ancien PM

Paul Biya et Achidi Achu Paul Biya et Achidi Achu

L’ancien premier ministre camerounais Simon Achidi Achu est mort ce 04 mai aux Etats-Unis. Agé de 87 ans, l’homme politique a été un des hommes forts du régime, « un sapeur-pompier » de Paul Biya comme le décrit l’économiste Louis Marie Kakdeu dans le texte que nous vous proposons ci-dessous.



Le sapeur-pompier du système Biya, l’inventeur du clientélisme politique au Cameroun est mort. Achidi Achu était dans les années 1992 à la tête du gouvernement des Realpolitikiens qui sauvèrent le régime Biya de la vague du changement. Au RDPC, ils enterrèrent « la politique de la rigueur et de la moralisation » conduite par les philosophes comme Joh Mouelle et qui n’avait pas réussi à contenir les « ventres affamés » pour introduire le réalisme politique ayant permis de stabiliser le régime Biya.

Appelé par ses détracteurs « la vache qui rit », ce challenger de l’opposant Ni John Fru Ndi qui avait alors le vent en poupe aura contribué substantiellement à affaiblir l’opposition camerounaise des années 1990. Issu de la même ère culturelle du grassfield que Ni John Fru Ndi, le père du « Sofa don finish » et du « power to the people », Simon Achidi Achu aura lancé le « politics na Njangui » qui a transformé le sens de l’engagement politique au Cameroun pendant ces 25 dernières années.

Ce faisant, le Premier Ministre Achidi Achu est incontestablement le père du clientélisme politique camerounais sous sa forme actuelle. Les attentes du Njangui en échange du vote ou de l’adhésion au Rdpc, parti au pouvoir, sont tellement fortes qu’elles ne laissent que très peu de place à l’idéologie politique. Achidi Achu expliquait en effet qu’il valait mieux choisir le Rdpc afin d’avoir une compensation en retour étant donné que c’est le parti qui avait le pouvoir et les possibilités de donner.

Il expliquait qu’il était insensé de choisir l’opposition qui ne pouvait donné ni route (infrastructures), ni poste politico-administratif, ni argent, ni avancement, ni affectation, ni marché public, ni allègement fiscal, etc. C’est depuis cette époque (1994) que l’action publique avait au Cameroun « l’oeil pour discerner et les dents pour croquer »(Kakdeu, 2014).

On parla alors du « mangement et du boivement » en référence au réseau de clientèles. Les fiefs de l’opposition étaient sevrés des investissements publics en guise de représailles. Quiconque avait besoin d’un service public au Cameroun devait entrer dans ce réseau de clientèles. Le discours de campagne du RDPC est depuis lors le même : « votez Paul Biya pour que votre localité ait l’adduction d’eau, l’électrification, le bitumage des routes, la construction des salles de classe ou des hôpitaux, etc. Votez afin que l’on ait un ministre ou une personne haut placée, etc. »

En rappel, dans la culture du geassfield, le Njangui est un jeu du donnant-donnant dans lequel est exclu toute personne n’ayant rien donné. Vous ne bénéficiez pas du Njangui si vous n’entrez pas dans le cercle des contributeurs. Transposé en politique, ce mode de fonctionnement détermine le clientélisme camerounais tel qu’il est appliqué de nos jours: Pour obtenir le vote des camerounais ordinaires, il faut leur donner quelque chose en retour. Les promesses de changement ne font pas trop rêver les prescripteurs du vote populaire qui ont des intérêts à protéger ou à défendre. Simon Achidi Achu, tout comme Paul Biya, est pour la science politique un sujet d’étude. Son âme est parti mais, ses actions feront encore l’objet des recherches scientifiques

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