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Actualités of Tuesday, 27 July 2021

Source: Le Quotidien N° 643

De Genève à Bafoussam, l’onde de choc contre l’ordre des choses

Comparaison de la manifestation de Genève et celle de Bafoussam Comparaison de la manifestation de Genève et celle de Bafoussam

Ici, manifestations de contestation de l’autorité du Président de la République en séjour privé à l’étranger. Là, échanges vifs et désobligeants, dans la rue, entre représentants assermentés de l’autorité publique. De Genève à Bafoussam, la démocratie a été mise à l’épreuve de l’exercice des libertés publiques. De tout temps et en tout lieu, en effet, les paradoxes de la démocratie, considérée comme la forme de gouvernement la moins imparfaite, ont révélé les limites de l’organisation humaine. Le témoignage le plus éloquent est donné par ces événements, récemment enregistrés, à Genève en Suisse, et à Bafoussam au Cameroun. Le décryptage de Jean ATANGANA, Éditorialiste.

Empoignades verbales de rue entre dépositaires de l’autorité publique à Bafoussam, capitale régionale de l’Ouest au Cameroun. D’un côté, la Police nationale ; de l’autre côté, un membre de la Représentation Nationale. Empoignades plus que verbales, plutôt physiques, dans les rues de Genève e Suisse, entre d’une part la police genevoise, d’autre part un groupe de manifestants, hostiles à la présence du Président de la République du Cameroun, Paul BIYA, en séjour privé à Genève, en compagnie de son épouse, Chantal, en cette période de vacances. A première vue, aucun rapprochement possible entre les deux événements qui se déroulent, certes dans un laps de temps assez court, entre le 18 et le 20 juillet 2021, et à plus de 6 605 kilomètres de distance.

À première vue seulement !

Lorsqu’elles se croisent et s’affrontent ainsi, la liberté d’aller et venir peut faire face à la limitation du trafic routier pour laisser s’exprimer la liberté de conscience religieuse sur la voie publique ; la liberté de manifestation peut perturber la liberté de jouissance qui, elle-même, peut se heurter à la liberté de contestation ; et la liberté de consultation médicale, un droit inaliénable, peut être contrariée par la liberté d’expression. Etc. Etc. En l’absence de régulation de l’exercice des libertés, quel que soit le niveau d’avancement de la démocratie, l’état de non-droit peut trouver faille pour s’infiltrer et s’installer. C’est alors qu’adviennent l’état sauvage, le libertinage, la cour du roi Pétaud, l’anarchie, la zizanie, les luttes byzantines et autres combats de coqs, semblables au spectacle de rue, offert tant à Genève qu’à Bafoussam !

C’est probablement le lieu de rappeler le précepte juridique qui delimite l’espace d’expression des libertés. Il indique que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. C’est à la fois pour limiter l’étendue des libertés en communauté, mettre en garde contre les abus de pouvoirs et, significativement, rappeler à la conscience universelle notre sororité dans la seigneurie de la fraternisation. Oui, nous sommes tous frères et sœurs de la République, enfants de la même patrie. Et il n’y a pas de liberté véritable qui n’intègre le commandement de l’Amour : amour divin, amour du prochain. Mais, dans le contexte de contestation généralisée des régimes politiques établis, caractéristiques de notre époque, la question de la cohabitation ou de la coexistence entre autorité de l’État, libertés publiques et démocratie, mérite d’être adressée AUTREMENT. En convoquant l’histoire des révolutions, celles-ci peuvent avoir pour point de départ un incendie géant ou un feu de bois anodin. Rappelons-nous la Révolution française en 1789 ! La prise de la Bastille, le 14 juillet, fut un incendie de forte amplitude aux échos planétaires. Rappelons-nous les émeutes du pain en Tunisie, entre décembre 1983 et janvier 1984. Le Fonds Monétaire International avait demandé de stabiliser l’économie nationale. Le Gouvernement tunisien annonça l’augmentation des prix du pain et des produits céréaliers comme la semoule, produit de grande consommation dans ce pays du couscous tant prisé. On connaît la suite... Rappelons-nous enfin les débuts du printemps arabe. Encore en Tunisie ! Les manifestations avaient débuté le 17 décembre 2010, après l’immolation par le feu d’un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes à Sidi Bouzid, du nom de Mohamed Bouazizi, dont la marchandise avait été confisquée par les autorités... Le jasmin de la révolution tunisienne embrasa de son parfum printanier, nombre de pays arabes...

Emeutes du pain ! Révolte de la faim ! Le Cameroun en fit l’amère expérience en février 2008. Il faut craindre que les prix qui enflamment la Une des tabloïds n’embrase véritablement les étals et pervertissent les états d’âme. Le Ministère du Commerce, au four et au moulin, veille au grain, assure-t-on. Au Cameroun où coexistent nombre d’ethnies, de religions, de langues et cultures, on eût dit, à l’observation du cours des événements, que les soit disant activistes, vrais terroristes pour les uns, faux opposants politiques pour les autres, sont à la recherche de la bichette d’allumette, ou de la mie de pain arrachée, qui pourrait mettre le feu aux poudres.

Mais, face à eux et contre eux, se dressent le bouclier incorruptible de la République, le paravent indéfectible de la démocratie apaisée et des libertés assumées. A Genève, l’offensive diplomatique est activée et semble gagner du terrain. Aux premières loges de cette croisade diplomatique se trouve le Ministre, Directeur du Cabinet Civil, Samuel MVONDO AYOLO, diplomate au long cours. A Bafoussam, Mbouda et les environs, so far west ce sont les fantassins Stratégie-Action qui sont mis en branle. À la tête de ce déploiement d’élite, se meut le Ministre Délégué à la Présidence, chargé de la Défense, Joseph BETI ASSOMO, l’homme de missions et des situations inextricables. Sur hautes directives du Chef de l’État, Chef des Forces Armées et Chef de la diplomatie camerounaise, tous les fronts sont en éveil, et toutes les contributions en ébullition, en état de réception. A la conjonction du diplomatique et du militaire se déploient, depuis les profondeurs du Cameroun, des acteurs politiques dont la cognée envahit la contrée pour dire l’indignation des populations devant le spectacle sans nom, du déni des institutions publiques, démocratiquement établies, dont la première d’entre elles : le Président de la République. Des rangées de manifestants républicains font mouvement aux quatre vents : le Mayo Tsanaga et le Mayo Sava dans l’Extrême-Nord ; la Haute-Sanaga dans le Centre ; le HautNyong à l’Est, les Hauts-Plateaux à l’Ouest. Et le mouvement continue de dérouler sa houle.

Après une longue campagne de renouvellement de son sommier politique, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), parti proche du Pouvoir, tisse patiemment sa toile en vue des échéances futures. L’opération de renouvellement des bureaux des organes de base du Parti, démarre le 07 août dans les 360 sections de l’intérieur et les 17 de l’étranger, et s’achève le 30 septembre 2021. Cependant que les partis concurrents se dépensent dans la jactance et la jacquerie dans la jachère de leur jardin politique. Aucune fleur qui tienne promesse ! Aucun fruit qui satisfasse les attentes ! A la fin des courses, il faut redouter le retour de manivelle et le retournement de situation. Ça pourrait être dès le retour au bercail de celui qui incarne les institutions, aujourd’hui dévoyées. Ça pourrait aussi être pour plus tard. Après la tenue du Congrès du RDPC qui avance à visage découvert ? Demain peut-être ou après-demain… Aujourd’hui ou jamais...A vrai dire, nul ne connait l’avenir.

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