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Opinions of Wednesday, 8 September 2021

Auteur: Boris Bertolt

Décès de Mirabelle: Boris Bertolt donne une leçon d'éthique au journal 'L'info à Chaud'

Boris Bertolt Boris Bertolt

Dans une tribune publiée ce mercredi 8 septembre, le lanceur d'alertes Boris Bertolt exprime son indignation face à la Une du journal L'info à Chaud qui affiche à sa Une le titre: "Mort brutal de Mirabelle Lingom: les Ntha Liban l'ont tuée". CamerounWeb vous propose cette tribune du journaliste politique exilé en Europe.

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"Je l’ai dit hier, je le martèle de nouveau. Quand dans un pays, les journalistes, du moins ceux qui prétendent l’être n’ont plus de compas moral, ce pays est à la dérive.

Il y a derrière cette UNE de Delor Magellin Delor Magellan Kamseu Kamgaing l’expression de la méchanceté, mais d’un mépris de classe. La méchanceté provient du fait que de son vivant, ce journal n’a pas écrit une seule ligne sur la jeune Mirabelle dont la vie a été détruite devant nous. Son corps bafoué, souillé et humiliée. Jamais ce journal ne s’est interrogé sur sa mission de protéger la jeunesse. Mais après le décès de Mirabelle dans des conditions rocambolesques, ils lui trouvent des responsables. La décence aurait voulu qu’il se taise. Un peu comme ses autres confrères qui ont gardé le silence sur les malheurs de cette jeune dame. Oh que non ! Dans ce pays, l’indécence n’a plus de limites.

Puis il y a le mépris de classe. Il est certain que si Mirabelle n’était pas issu d’un milieu extrêmement pauvre non seulement elle aurait pu parler mais on lui aurait fait parler de son vivant. Ceci me renvoie au séminal article de Gayatry Spivak: est-ce que les subalternes peuvent parler? Mirabelle est morte et ils parlent pour elle. Car en réalité Mirabelle n’avait jamais existé à leurs yeux.

Mais pour finir, d’un point de vue personnel Delor Magellain Kamseu Kamdem ne peut qu’inspirer mépris. Pour la petite histoire lorsque son organisation pour La Défense des consommateurs était encore inconnue du public nous fûmes les premiers à le défendre à l’époque. Il avait organisé une grève de la faim devant l’ARSEL sur les prix de l’électricité. Nous l’avons soutenu mordicus. J’étais journaliste à Mutations. Tous les jours j’écrivais un point sur sa situation mais j’allais le rendre habitant juste au carrefour Bastos. Richard Makon était présent à cette époque. C’était avant qu’il n’abandonne ses engagements pour se ranger vers les luttes alimentaires.

On ne peut pas bâtir une société dans laquelle les individus n’ont aucune conviction, aucune conscience. N’ont pas de compas moral et d’éthique".

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