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General News of Friday, 6 November 2020

Source: Actu Cameroun

Cruauté : il meurt de torture entre les mains des gendarmes au SED

Interpelé en compagnie de sa copine au petit matin de jeudi dernier, alors qu’il se trouvait dans son domicile, il sera bastonné par des éléments de la gendarmerie qui l’ont conduit avec son amie dans les cellules du secrétariat d’Etat à la Défense chargé de la gendarmerie. Il y est finalement décédé. Les gendarmes parlent de braquage.
Denise est inconsolable. «Devant moi, on tue mon fils. Devant les enfants, on tue leur père. On l’a tué ici avant de l’amener… Ils l’ont frappé sur la tête et sur le sexe». Habillée en robe noire, cette dame d’un certain âge ne cesse de répéter à l’envi que son «fils» a été tué par des gendarmes. Elle repart encore et encore dans la cour pour crier sa douleur et sa rage devant le drame. Elle montre aux visiteurs les deux pierres (photo) dont se seraient servis les gendarmes pour molester celui qu’elle pleure…



Mardi dernier, 3 novembre 2020, c’est l’ambiance qui régnait dans la concession des Chemuanguh, située en plein dans le quartier populeux dit «Montée Obili», où les reporters de Kalara se sont retrouvés dans le but de s’informer sur les circonstances de la fin de M. Ngwa Chemuanguh Divine, décédé en fin de semaine dernière entre les mains des gendarmes. Dans des circonstances pour le moins troubles.



Chaque membre de la famille Chemuanguh explique sans trop se faire prier «le traumatisme» que les occupants de la maisonnée ont subi dans la nuit du mercredi 28 au jeudi 29 octobre 2020, jour où, selon eux, le cadet de la famille résidant à Yaoundé s’est retrouvé sur le sentier de la mort. Cette nuit-là, aux environs d’une heure, racontent-ils, une escouade de gendarmes conduite par le lieutenant Njoya Artniahou, s’est présenté l’officier de la gendarmerie, fait – irruption dans leur domicile familial. »

Les pandores, qui avaient probablement pris en filature la copine de Divine, de retour de son activité commerciale, vont profiter de l’occasion où le défunt ouvre la porte pour lui demander de se rendre. Ce dernier tente de se dissimuler à la vue du commando, qui ne peine pas à immobiliser la jeune fille.

Après quelques fouilles dans le plafond, Divine sera interpellé. Il est menotté les mains par derrière et amené dans la cour où toute la famille, parents et enfants, éveillés par l’intervention bruyante des gendarmes, sont déjà regroupés. Sans explication, disent les Chemuanguh, les éléments de M. Njoya vont administrer une sévère bastonnade à Divine et à sa petite amie.



Coups de poings. Coups de pieds. Coups «te crosse. Gifles. Lapidation sur la tête et sur son organe génital Tout y passe. Les cris des victimes vont aussitôt réveiller le voisinage d’où accourent des curieux qui veulent s’enquérir de ce qui se passe. Ils seront maintenus à distance et invités à disparaître par deux coups de feu tirés par les gendarmes. De loin, certains vont continuer à observer la scène.

Traumatisme…
Au regard du niveau des violences exercées sur Divine, apprend-on, Alphonse et Grace, les frères aînés du supplicié, tentent d’intervenir. «Si vous voulez le tuer, amenez-le là-bas ! Ne le faites quand même pas devant ses enfants t», lance Alphonse. Grace promet de se plaindre.. «Si vous voulez écrivez même à l’Onu», crache un gendarme dont les collègues éclatent de rire. Tout se passe devant quatre garçons âgés de 1.3 ans. Finalement, M. Divine Ngwa, qui saigne déjà du nez et des oreilles, est embarqué avec sa copine par les gendarmes dans un pick-up.

«Il ne tenait plus sur ses jambes», témoigne sa sœur, pour dire à quel point il était sonné. La famille est convaincue que les gendarmes sont venus avec l’intention de tuer… Avant (te quitter les lieux, le lieutenant Njoya laisse son contact téléphonique à la famille indiquant que son équipe est en service au Service central de recherches judiciaires du Secrétariat d’Etat à la Défense (SED) chargé de la gendarmerie.

Près d’une heure après leur départ, aux environs de 3h du matin, le lieutenant Njoya et certains de ses éléments reviennent à Obili, en compagnie de leur principale victime et sans sa petite amie, restée au SED. Ils trouvent les parents de Divine encore assis au salon, méditant sur ce qui arrive à leur benjamin.

«M. Ngwa est inconscient et soutenu de part et d’autre par deux gendarmes qui le conduisent directement à l’arrière de la maison où se trouve son petit poulailler. Deux minutes plus tard, M. Njoya revient nous présenter une petite arme à feu qu’il prétend avoir retrouvé dans le poulailler. Divine .prononce quelques phrases quasiment inaudibles dans sa langue maternelle : «c’est un coup monté. Je ne connais pas cette histoire. Les gendarmes vont repartir avec lui», dit sa sœur. Ce sera la dernière fois qu’il parlera avec les siens.

En fait, dans la journée suivante, Grace, la sœur de Divine indique qu’elle s’est rendue au SED pour donner à manger et des médicaments à son frère et plaider afin que sa «belle-sœur», mère d’un garçonnet de six ans, soit remise en liberté pour s’occuper de son enfant. Elle obtiendra certes la libération de la petite amie de Divine, mais ne parviendra pas à rencontrer son frère qu’elle aperçoit de loin, sortant probablement du centre de santé du SED, enveloppé dans un drap. Elle sera brièvement auditionnée par un gendarme se faisant appeler «corbeau».


Elle apprend à l’occasion que son frère était recherché parce qu’il est «un grand braqueur». M. Njoya en profitera, confie-t-elle,-pour lui intimer l’ordre de signer un document attestant qu’une arme à feu a été retrouvée dans le poulailler de son frère.

Argent et ambulance…
La dame affirme qu’à trois reprises, entre jeudi et samedi, elle s’est rendue au SED sans pouvoir rencontrer son frère. «Vous ne pouvez pas le rencontrer. Il se porte beaucoup mieux. C’est un dur. Il est entendu par le colonel», disait un gendarme. Grace avait fini par contacter un avocat qui envisageait de se rendre au SED en début de semaine. Son client n’a pas été en mesure de supporter son supplice jusqu’à la semaine suivante…

Dimanche, 1er novembre, dans << l’après-midi, Grace reçoit un coup de fil l’informant que son frère veut lui parler. C’est un moment de soulagement dans la famille. La dame, probablement animée par un mauvais pressentiment, préfère laisser son frère aîné se rendre au SED. Alphonse, accompagné de Ludovic, un ami de la famille, qui est infirmier de méfier, vont aller à la rencontre de Divine. Quand ils arrivent sur les lieux, ils sont plutôt conduits au Centre de santé du SED, lieu-dit Camp Yéyap, où un infirmier leur apprend que Divine vient de rendre l’âme. On les invite à | «décharger rapidement le corps», qui est enveloppé dans un drap. On leur propose également une ambulance et de l’argent.

Alphonse et son compagnon rejettent les propositions, surtout que le corps, qui est déjà bien raide, présente de nombreuses traces de violence. A bord d’un taxi, le corps de Divine est conduit à la morgue du Centre hospitalier universitaire CHU, en vue d’être conservé. Mais le personnel qui les accueille exige le certificat de genre de mort. Un document qu’ils n’ont pas reçu au SED. Les deux hommes retournent au SED pour récupérer la pièce exigée à la morgue. Entretemps, l’observation plus sérieuse du corps, permet de constater l’ampleur des traumatismes infligés au malheureux par ses geôliers.

Une bonne partie de son dos semble avoir été passée aux flammes… En fait, les prises de vue présentées à Kalara montrent des points de suture au niveau de la face. Deux morceaux de sparadrap sur la bouche qui semble avoir été fermée avec de la colle. Le bras droit est enflé. Des plaies sont visibles au niveau des genoux, des jambes et des pieds. Des brûlures dans le dos du coup jusqu’aux hanches. Des hématomes déjà noircis au niveau des yeux bien enfoncés, etc.

Repartis au SED pour obtenir le Certificat de genre de mort, Alphonse et son ami racontent qu’ils vont encore attendre deux longues heures pour se faire servir. C’est le lieutenant-colonel médecin Bengono Obe Jean-Luc qui délivre à la famille de Divine un «certificat de décès». La pièce ne comporte aucun numéro d’ordre, il y est écrit que M. Ngwa est «décédé de suite de plusieurs plaies traumatiques». Le haut gradé aurait expliqué à la famille que «dimanche est un jour férié» et qu’il entend leur délivrer un autre certificat de décès en bonne et due forme le lendemain.

Certificat de décès
Le frère aîné de M. Ngwa va amener le corps aux urgences de I’Hôpital centrai de Yaoundé où un second certificat de décès est: délivré. On peut lire : «mydriase bilatérale aération, silence auscultatoire cardiaque ; par ailleurs, ecchymoses en lunettes bilatérales, plaie superficielle située au dos de grand axe 20 cm…».

Selon les témoignages de la famille, Divine aurait subi des brûlures au Service central des recherches judiciaires. Le médecin autorise une autopsie. Que la famille a décidé de faire pratiquer. Pour l’heure, on ignore si les autorités judiciaires ont été saisies de !a situation.

Le décès de Divine Ngwa Chemuanguh intervient dans un contexte de quasi-impunité pour les hommes en tenue impliqués dans des actes de violence à l’égard de certains citoyens. Rappelons qu’il y a un peu plus d’un an, à la suite d’une grève organisée par des détenus anglophones à 1a prison centrale dé Yaoundé-Kondengui pour dénoncer la longueur interminable des procédures judiciaires à leur égard et leurs conditions de détention jugées difficile, des interpellations massives avaient été faites dans le pénitencier par les forces de l’ordre à la suite desquelles plusieurs justiciables avaient subi des violences. Certains, parmi lesquels M. Mamadou Mots, le vice-président du MRC, s’en étaient sortis avec ries blessures graves, notamment (tes fractures. Des violences qui n’ont jamais été sanctionnées.

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