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General News of Tuesday, 27 October 2020

Source: Actu Cameroun

Crises au Cameroun: d'échecs en échecs

Les assassinats de Kumba renforcent l’idée que la solution de paix dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest reste à trouver.


Un jour après les assassinats intervenus dans une école de Kumba (région du Sud-Ouest), samedi dernier, aucun groupuscule n’a encore revendiqué ces tueries. La presse s’est juste contentée de parler d’actes « terroristes ». Des analystes, quant à eux, estiment que cet acte pourrait bien être l’œuvre des séparatistes, qui affrontent les forces gouvernementales dans les régions en crise du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (Noso) depuis bientôt plus de trois ans.

Les groupes séparatistes prônent en effet la fermeture des écoles dans cette partie du pays. Mais cette piste ne fait pas l’unanimité, surtout que Sissuku Ayuk Tabe, reconnu comme le président de l’Ambazonie (la République imaginaire que veulent créer les séparatistes anglophones) a condamné ces assassinats d’écoliers au même titre que les autorités gouvernementales.

En attendant d’identifier les neuf assaillants, qui ont fait irruption dans cette école primaire de Kumba en ouvrant le feu sur les élèves faisant de nombreux morts d’enfants et une douzaine de blessés, la classe politique est unanime pour dire que le moment est venu de mettre fin à cette crise dans le Noso, qui a déjà coûté la vie à de nombreux civils et provoqué plus de 700 000 déplacés. La communauté internationale est aussi en alerte. Les chancelleries étrangères condamnent ces assassinats. Et certaines capitales s’apprêtent déjà à monter au créneau pour demander à Yaoundé une solution pérenne à cette crise.

Le Naira 10

Les autorités camerounaises avaient pourtant rassuré la communauté internationale en septembre 2019. A la demande du président Paul Biya, le Premier ministre Joseph Dion Ngute avait présidé un grand dialogue national censé en contenir la montée en puissance du dialogue irrédentiste dans le Noso. L’idée avait été saluée par la classe politique camerounaise et par les chancelleries étrangères. Mais c’était avant que les principaux leaders de la sécession anglophone boudent ce dialogue. Le Naira 10, l’un des principaux groupes sécessionnistes, qui s’est réfugié au Nigeria voisin, a parlé d’une « mascarade ».

Pour ne rien arranger, d’autres leaders anglophones, pour la plupart favorables à l’idée d’une fédération, ont claqué la porte de ce dialogue. C’est le cas d’Akere Muna. Cet avocat, ancien bâtonnier du barreau du Cameroun, regrettait, entre autres, le fait que ce dialogue ait proscrit tout débat sur la forme de l’Etat.

Plus d’un an après, la paix promis par Yaoundé tarde à arriver. Et comment pouvait-il en être autrement puisque toutes les parties prenantes à cette crise n’ont pas fait le déplacement de Yaoundé. Le Grand dialogue national avait pourtant pour principal objectif de laver le linge sale en donnant la parole à tout le monde.

« Il était question de redéfinir le contrat social, car ce qui se passe dans la partie anglophone c’est bien une crise sur le contrat social. En clair, il était question de dire comment les Francophones et les Anglophones entendaient vivre ensemble désormais. Malheureusement, ça ne s’est pas fait », explique un observateur, à la tête d’un cabinet-conseil en stratégie et communication.

Pour ce dernier, le Grand dialogue national est un grand échec et la tuerie de Kumba vient une fois encore |e prouver. Une analyse qui n’est pas loin de celle du politologue Pierre Nka qui compare ce Grand dialogue national à un « Grand dîner national ».

Une critique qui n’est pas loin de la réalité car, sur le terrain, dans le Noso, les conclusions du Grand dialogue national ont beaucoup de peine à – prospérer. A commencer par le statut spécial accordé aux deux régions du Noso. « Une véritable blague », tance un leader anglophone, sous le sceau de l’anonymat.

Guerre de communication

Ce dernier n’est pas le seul à s’indigner. La raison est simple : la question du statut spécial n’est pas nouvelle. En réalité, les leaders anglophones reprochent à l’Etat camerounais d’agiter cette solution toute faite à chaque fois qu’il est question de discuter de la forme de l’Etat.

En 1994, alors que certains Anglophones menés par Simon Munzu, un fonctionnaire international qui a été l’un des acteurs de la première conférence générale des Anglophones au début des années 1990, soutenaient le retour au fédéralisme lors de la Tripartite, qui a abouti à la Constitution de 1996, l’exécutif avait botté en toute en inscrivant dans cette constitution un statut spécial pour le Noso. L’histoire s’est répétée l’année dernière lors du Grand dialogue national. « Personne n’est dupe », conclut notre source qui est convaincu que cette résolution est morte avant même d’avoir existé.

L’autre résolution du Grand dialogue national qui fait couler beaucoup d’encre et de salive dans la communauté anglophone est la décentralisation. Un journaliste étranger, qui a fait une série de reportage dans le Sud-Ouest au lendemain du dialogue de Yaoundé, est péremptoire : « on a expliqué aux populations que la décentralisation est une duperie des autorités de Yaoundé. L’Etat a perdu la guerre de la communication, il est trop tard ».

Le fédéralisme est de loin plus populaire que la décentralisation dans le Noso. Surtout que la décentralisation est inscrite dans la Constitution de 1996 : une fois encore, ce n’est pas une nouveauté. Pas étonnant que certains observateurs, depuis quelques mois, craignent sous-cape que la convocation du corps électoral pour les élections régionales débouche sur des tueries dans le Noso. Les régionales sont prévues pour se tenir le 6 décembre prochain sur le triangle national, bien que beaucoup se demandent comment les régions du Noso vont pouvoir voter.

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