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Actualités éditoriales of Tuesday, 2 February 2021

Source: Larissa Tchinda

Crise anglophone : les populations crèvent, que fait l’Eglise ?

Avec des milliers de morts et plus de 40 000 déplacés internes, la crise dite anglophone est décidément la plus meurtrière de l’histoire du Cameroun. Les populations des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, tout comme celles environnantes, qui doivent constamment vivre dans la peur, ne peuvent que se retourner vers leur foi tout en levant les yeux vers le ciel. L’église, censée matérialiser cette paix intérieure, a elle-même déserté les lieux.

Bientôt 5 ans que dure la crise dite anglophone au Cameroun. 05 ans, ou il ne se passe pas une seule semaine sans que les séparatistes ne sèment la terreur dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

En effet, la crise dite anglophone, au-delà de l’impact humain et infrastructurel a un impact économique et sécuritaire qui crée un mal-être réel au Cameroun et dans le reste de l’Afrique.

Face à cette situation, le politique qui semble être dépassé contribue chaque jour à l’enlisement de la situation ; et ce, au travers des mesures de plus en plus drastiques édictées pour mettre hors d’état de nuire ces “freedoms fighters”.

Après maintes tentatives pour essayer de mettre un terme à la crise, l’église entendue comme espace consacrée à la prière et aux pratiques cultuelles semble aujourd’hui avoir démissionné de ses fonctions de réconciliatrice.

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N’étant alignée ni derrière le gouvernement ni derrière les contestataires anglophones, la neutralité de l’Eglise aujourd’hui ne l’épargne d’aucune critique : elle doit jouer son rôle et durcir le ton pour éviter plus de cacophonie dans cette crise.

Pour un éminent professeur de théologie qui a requis l’anonymat, « Les saintes écritures présentent l’église comme la structure de gestion de la réconciliation. » Pour lui, le serviteur de Dieu se présente dans certains textes comme étant « l’agent de la réconciliation. Partout où il y a discorde, c’est là le lieu d’expression et d’affirmation de l’église. » Autrement dit, l’église ne saurait pas se taire face à une situation aussi chaotique.

Pour l’archevêque auxiliaire de Bamenda, “dès le départ, l’église a toujours fait la médiation entre le gouvernement et le Consortium qui a été interdit, dont certains membres ont été arrêtés, et d’autres sont dans la clandestinité, et d’autres exilés hors du pays maintenant. L’église a toujours joué un rôle conciliateur dans le but de mettre les partis ensemble, afin de trouver une paisible solution”.

Pour beaucoup, l’Église catholique, seule pourrait aider à sortir de cette dangereuse impasse. Présente dans chacune des dix régions du Cameroun, c’est l’une des institutions les plus solides du pays. Près d’un tiers des Camerounais sont catholiques, et l’Église dispose d’un dense réseau d’écoles et d’hôpitaux.

Pour Mgr Charles Réné Moudio, évêque métropolitain à la paroisse Saint-Pierre et Paul de la cité des palmiers, « La première des choses est de comprendre les causes. Qu’est-ce qui a déclenché la crise ? A-t-elle tenu compte des institutions ? » Pour lui, l’on ne saurait imputer la responsabilité de cette crise à chacun des deux parties. « Lorsqu’on remet au chef de l’Etat un mandat, ça veut dire qu’il est commissionné de… Est-ce qu’il connaît sa feuille de route ? » ; a-t-il ajouté.

Jusqu’ici, ils sont nombreux ces leaders religieux à avoir pris des initiatives pour résoudre cette crise. C’est notamment le cas du Cardinal Christian TUMI qui a pris l’initiative d’organiser une conférence épiscopale en compagnie des pasteurs et imams. Il va malheureusement être heurté à l’insensibilité du pouvoir en place.

Mgr KLEDA, archevêque de Yaoundé, très connu pour ses positions très tranchées envers le pouvoir de yaoundé, a lui aussi à plusieurs reprises, évoqué quelques mesures à prendre pour éradiquer cette crise qui perdure.

“Nous, membres du comité exécutif de la Conférence des Églises africaines réunis à Nairobi, au Kenya… Avons discuté et prié pour des questions liées à la paix en Afrique et au Cameroun. Nous sommes profondément préoccupés par la situation de la paix au Cameroun et surtout dans certaines parties du pays et regrettons profondément les pertes en vies humaines subies lors des violences passées dans ces régions”. C’est en ces termes que le comité exécutif de la Conférence des Églises africaines exhortait il y’ a 3 ans, l’Union Africaine à prendre des mesures pour trouver des solutions durables à la crise anglophone en cours. L’organe religieux continental déclarait qu’il soutenait et œuvrait en faveur d’une Afrique unie, pacifique et prospère, où les africains s’assemblent pour résoudre leurs différends et ce, de manière pacifique. “Nous avons honte d’un conflit basé sur la triste histoire de deux langues coloniales“, avaient-ils regretté.

Afin d’éviter que la crise n’entre dans une phase encore plus critique, l’Eglise devrait renouveler son appel à la fin des violences et à des négociations entre les figures de la contestation anglophone et le gouvernement. Des pourparlers directs entre les deux camps étant pour le moment peu probables.

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