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General News of Thursday, 3 September 2020

Source: rolandtsapi.com

Crise anglophone : le saupoudrage de Paul Biya continue

La crise anglophone persiste et signe, elle constitue une plaie qui tarde à guérir, la tâche tend à devenir indélébile, malgré les efforts du gouvernement pour laisser croire que les hostilités sont finies et que la zone est sous contrôle. Le 19 août 2020, le ministre de l’Administration territoriale a réunis ceux des chefs traditionnels de certains villages des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui se sont réfugiés à Yaoundé depuis le déclenchement de la crise, n’étant plus en sécurité dans leurs chefferies. Paul Atanga Nji leur a dit de retourner chacun dans son territoire de commandement, car un chef n’a de valeur que s’il règne sur ses sujets. Le ministre a rappelé à cette occasion que « les chefs traditionnels sont des auxiliaires de l’administration. Ils ont des populations sous leurs autorités, il est impérieux qu’ils regagnent leurs chefferies. »

Rappel renchéri par l’un des chefs traditionnels par cette interrogation, « dans nos chefferies nos populations s’identifient à nous et ces populations sont éparpillées un peu partout. Si nous ne sommes pas là nos administrés ne peuvent pas être là. Qui va les diriger ? » De quoi penser qu’en demandant à ces autorités traditionnelles de rentrer dans leurs chefferies, le ministre enfonçait une porte ouverte, puisque ces derniers ne sont pas en exil à Yaoundé de gaîté de cœur. Et pour les convaincre de mettre fin à cet exil, le membre du gouvernement a rassuré que « Nous avons fait une évaluation sécuritaire de la situation. Elle n’est pas ce qu’elle était il y a trois ou deux ans. Elle se normalise petit à petit. Le calme revient progressivement en dépit des exactions des terroristes. Il y a des chefs traditionnels qui sont restés sur place et qui ont bravé les menaces des terroristes.»

10 jours plus tard, le 29 août 2020, c’était au tour des déplacés internes d’être invités à regagner leurs domiciles, par le même ministre de l’Administration territoriale. L’invite a été faite à l’occasion d’une cérémonie de remise de dons du Plan d’assistance humanitaire d’urgence à 200 personnes déplacées de ladite crise, refugiées à Ebebda, dans le département de la Lekié, région du Centre. Là encore Paul Atanga Nji s’est voulu rassurant : « Comme la paix revient progressivement dans les deux régions, nous demandons aux déplacés internes de rentrer parce qu’il y a un plan présidentiel pour la reconstruction des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Chacun doit y participer. Voilà pourquoi nous disons à tout le monde de rentrer.

Nous l’avons déjà demandé aux chefs traditionnels. » Et de préciser pour plus de persuasion que le gouvernement a déjà encadré 9850 familles, qui sont déjà de retour. Il est à noter qu’au 31 décembre 2019, on recensait 679 000 personnes déplacées au Cameroun et 52 000 personnes réfugiées au Nigeria ayant fui les régions anglophones, selon les organisations humanitaires, chiffre que conteste le gouvernement en avançant plutôt le nombre de 152 000 personnes ayant pris la poudre d’escampette à la même période.

Confiance non rétablie



Tous ces déplacés, chefs traditionnels comme sujets, avaient laissé derrière eux des maisons incendiées, des écoles et églises détruites, des édifices publics vandalisés. Rien de tout cela n’a été restauré, donc même si les déplacés internes avaient la volonté de rentrer, il faudrait encore qu’ils retournent pour intégrer leurs domiciles. Le plan de reconstruction impulsé par le gouvernement, est encore en phase d’évaluation, ce qui rend l’affirmation du ministre selon laquelle 9850 familles sont déjà retournées hypothétique. Jusqu’à ce jour, les autorités administratives se déplacent dans ces deux régions sous forte escorte, preuve qu’ils craignent pour leurs propres vies.

Qu’en serait-il alors de celles des chefs traditionnels que le ministre somme de rentrer. Certains chefs traditionnels sont restés dans leurs chefferies comme le dit le ministre, mais cela ne veut pas dire qu’ils sont en sécurité, au contraire. Cette insécurité que l’on croyait avoir reculé et n’existait plus que dans des zones éloignées où les séparatistes trouvent refuge dans les forêts, se manifeste encore chaque jour même dans les centres villes. Le mois de septembre 2020 a encore commencé par les échanges de tirs à Bamenda la capitale régionale de la région du Nord-Ouest, où un élément des forces de défense a perdu la vie, assassiné par des présumés séparatistes roulant à moto. Cette remontée en surface de la violence ne veut dire qu’une seule chose, la crise persiste, au-delà des discours gouvernementaux et des cérémonies organisées pour donner l’impression que l’accalmie règne.

L’incontournable question historique

Une fois de plus, la résolution de la crise ne tient pas au nombre de dons faits en assistance humanitaire, elle ne tient pas aux sommations des chefs traditionnels de rentrer chez eux, elle ne tient pas non plus à la suspension ou pas des salaires des fonctionnaires faussement accusés de déserteurs alors qu’ils craignent pour leur vie, elle ne tient pas au plan de reconstruction de surface, ni aux déclarations. La résolution de la crise anglophone tient à la prise en compte du contentieux historique né de la fusion-réunification-union des deux Camerouns hérités de la colonisation, dont quelques détails doivent toujours être rappelés à la mémoire. Comme le précise International crisis group dans son rapport numéro 250 du 02 août 2017, « C’est aussi en 1972 que les anglophones commencent véritablement à contester leur marginalisation.

Bernard Fonlon s’exprime publiquement au congrès national de l’UNC en 1972, critiquant le passage à la République unitaire. D’autres personnalités anglophones comme Albert Mukong et Gorji Dinka y sont farouchement opposés. Foncha et Jua, quant à eux, envoient des correspondances privées à Ahidjo et s’expriment dans la presse d’Etat pour marquer leur opposition. Lorsque Paul Biya succède à Ahidjo en novembre 1982, il accentue encore le centralisme.

Le 22 août 1983, il divise la région anglophone en deux provinces : Nord-Ouest et Sud-Ouest. En 1984, il transforme l’appellation officielle du pays en République du Cameroun (le nom de l’ancienne partie francophone) et supprime la deuxième étoile sur le drapeau, qui représentait la partie anglophone. » Là c’est l’histoire. Elle est têtue malheureusement, rien ne peut l’effacer des mémoires. Et l’histoire, on ne la modifie pas, on la respecte. La vieille méthode qui consiste à casser le thermomètre pour espérer voir disparaitre la fièvre a démontré ses limites il y a longtemps

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