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Actualités of Friday, 13 August 2021

Source: Le Messager

Covidgate: Gabriel Mbaïrobe dans le collimateur du TCS

Au total, 18 marche?s publics ont e?te? octroye?s pour un montant d’1 milliards 416 millions Au total, 18 marche?s publics ont e?te? octroye?s pour un montant d’1 milliards 416 millions

Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) est soupçonné d’avoir violé les règles et procédures de la commande publique sur l’utilisation des fonds affectés à la gestion de la crise sanitaire dans son département ministériel. Enquête !

Alors que tous les projecteurs sont braqués sur Manaouda Malachie, ministre de la Santé publique, et Madeleine Tchuente, ministre de la Recherche scientifique et de l’innovation dans la gestion des fonds alloués à la riposte nationale contre le Covid-19, et pendant que l’on assiste à un pugilat médiatique, attaques sordides et révélations glaçantes, il ne faut pas perdre de vue que plusieurs autres départements ministériels ont également reçu les fonds de l’Etat.

Tenez par exemple, au ministère de l’Agriculture et du développement rural, en consultant le document signé du ministre Gabriel Mbaïrobe le 16 Octobre 2020 et qui liste les marchés octroyés par ce ministère, l’on y découvre d’énormes incongruités, irrégularités et violation des procédures de la commande publique.

Au total, 18 marchés publics ont été octroyés pour un montant de près d’un milliards 416 millions de Fcfa (selon les chiffres publiés pas le Minader) pour acheter des tracteurs, des motocycles, des motopompes, des engrais, des semences, des insecticides, et bien d’autres produits dont l’opinion interroge toujours la pertinence de telles dépenses dans la lutte contre le Coronavirus.

Et en scrutant méticuleusement la liste des marchés publics signés par Gabriel Mbaïrobe, on y retrouve pas moins de deux entreprises dont les noms ne figurent pas dans le fichier national des contribuables de la Direction générale des Impôts.

« L’absence d’avis d’appels d’offres publics dans la fourniture du matériel et des équipements de lutte contre le Covid-19 soulève de forts soupçons de collusion et de délits d’initiés dans les contrats de livraison de tests et autres matériels », affirme un élu de l’opposition. Il y a par exemple des sociétés qui suscitent des interrogations notamment “Urvan Agro” et “MOS SARL” qui ont reçu en tout 170 mil- lions de Fcfa.

Des recherches poussées permettent de découvrir que le responsable de la “Société MOS” qui n’apparaît nulle part dans le fichier national des contribuables du Cameroun, le nommé Sikana Ulrich Armel, est impliqué dans une affaire pendante au Tribunal criminel spécial (Tcs) où il est poursuivi par le ministère public et l’Etat du Cameroun pour tentative et complicité de détournement de biens publics.

La carte du flou

L’autre grosse curiosité est la compagnie Graphicam. Une société qui existe bel et bien dans le fichier national des contribuables mais l’entreprise est censée faire dans le Btp. Curieusement, cette société a bénéficié d’un marché de près de 100 mil- lions de francs pour « acquisition des engrais », alors que les entreprises agrées au Cameroun dans la livraison d’engrais ont manifestement été ignorées.

Sur près de 11 sociétés ayant bénéficié des marchés publics au ministère de l’Agriculture et dont les noms figurent dans le fichier national des contribuables de la direction générale des Impôts, six d’entre elles ont pour activité principale « prestataire de services »…

Une particularité révoltante au regard des textes qui encadrent la passation des marchés publics au Cameroun. Et ce n’est pas tout, pour illustrer le flou qui entoure ces marchés octroyés par Gabriel Mbaïrobe, le chiffre global de ce qu’a coûté la riposte nationale contre le Covid-19 dans ce département ministériel au titre de l’exercice 2020, est loin des calculs effectués.

Le ministre de l’Agriculture parle d’un montant total de 1 416 997 807, mais vérification faite à l’aide des outils de calcul, il s’agit plutôt d’un montant global de 1 448 479 807 soit une différence de plus de 31 millions de Fcfa.

Cette légèreté dans les opérations, expliquent certains experts de finances, est la conséquence des irrégularités qui ont encadré l’octroi de ces marchés. Selon nos informations, Gabriel Mbaïrobe a déjà été auditionné avec plusieurs de ses collaborateurs par des enquêteurs du Tribunal criminel spécial.

D’après un magistrat de cette juridiction compétente en matière de répression de la grande criminalité économique et financière, s’exprimant sous couvert d’anonymat, le bilan des dépenses effectuées par Gabriel Mbaïrobe révèlent de nombreuses irrégularités. Contacté par Le Messager, l’entourage de Gabriel Mbaïrobe reste évasif.

« Les accusations de détournements au Minader sont infondées », affirme un cadre du ministère de l’Agriculture sous anonymat. Une autre source, très proche de Gabriel Mbaïrobe, assure qu’il n’y a pas « un seul centime dépensé par le ministère de l’Agriculture qui échappe aux procédures en vigueur ».

Seulement, les réponses de l’entourage du ministre de l’Agriculture sont loin d’avoir répondu à l’ensemble des interrogations autour de la gestion des ressources du Covid-19, devenue un véritable labyrinthe. Les responsables régionaux quant à eux, se sont murés dans le silence, sans que personne ne dise exactement ce qu’il a reçu. La lutte contre la pandémie se joue désormais sur un autre terrain, celui de la justice.

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