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Health News of Wednesday, 29 April 2020

Source: Le Messager no 5519

Covid-19: révélations du Dr Armand Nghemkap sur les lobbies pharmaceutiques

Médecin urgentiste, concepteur de « la santé en soirée » et promoteur de « Clinic C », la première série télévisée camerounaise sur la santé, il fait un diagnostic sans complaisance des ravages de l’épidémie de Coronavirus et regrette que la guerre des intérêts égoïstes entre- tenue par certains gouvernements ait fini par plomber la lutte contre ce « tueur silencieux »

Dans la folie de la crise sanitaire que représente aujourd’hui la pandémie du Coronavirus, beaucoup de choses se disent sur ses origines. Qu’en savez-vous ?

Je veux juste rajouter pour vos lecteurs que les coronavirus sont une famille de virus dont on connait l’existence depuis les années 1960. Ces coronavirus ont été initialement découverts chez les animaux et sont bien connus des vétérinaires. Les coronavirus se transmettaient jusqu'à présent des animaux à l'homme à partir d'un réservoir de germes qui a été identifié comme étant la chauve-souris. Ils passaient par un hôte intermédiaire récemment identifié comme étant le pangolin mais d'autres hôtes intermédiaires existent. Ce qui est important de savoir c’est qu’il leur faut cet hôte intermédiaire où il se transforme, où il mute pour se transmettre à l'homme. C’est pour cette raison qu’on les appelle des zoonoses.

Ce qui est tout à fait étrange dans les coronavirus, c’est que les scientifiques ont vu en 2002 apparaitre une nouvelle souche de coronavirus qui a donné le Syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) et en 2012 une autre souche qui a donné Syndrome respiratoire du Moyen-Orient. Qu’est-ce qui peut expliquer cette mutation soudaine ?

Comme je viens de le préciser, les coronavirus ont des réservoirs jusqu’à présent identifiés comme étant des chauves-souris. Toutefois, pour passer d’un réservoir animal à une infection chez l’homme, les coronavirus ont besoin d’un hôte intermédiaire. En ce qui concerne la pandémie actuelle à Covid-19, le pangolin semble avoir été identifié selon certaines publications chinoises comme étant l’hôte intermédiaire qui a permis au coronavirus de muter pour donner une souche à transmission interhumaine. Les coronavirus et notamment la nouvelle souche apparue en décembre dernier en Chine appelée Covid-19 se transmet essentiellement par voie aérienne. On a également une transmission par voie de contact et par le biais du manuportage, à savoir que si un individu est en contact avec des sécrétions par exemple naso-pharyngées d’une personne infectée qui tousse ou qui éternue sans se protéger le visage par un mouchoir jetable, cet individu peut porter ces sécrétions au niveau de son visage et finir par s’infecter en inhalant ces sécrétions-là. Toutes les mesures de prévention édictées par l'Organisation mondiale de la Santé (Oms) sont basées sur ces modes de transmission. Je veux ici parler des gestes barrière tels que : le port du masque, le lavage des mains et même la distanciation sociale.

Pendant combien de temps encore le monde doit-il courir après cette pandémie qui continue de faire des ravages ?

Selon les virologues, les immunologues et les épidémiologistes, cette pandémie mondiale ne pourra s’arrêter que si le virus en mutant d’un individu à un autre perd de sa virulence ou lorsque le Covid-19 aura infecté au moins 60% de la population. Le monde aura alors acquis une immunité collective. Ce qui paraît très hypothétique. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il y a une course effrénée à la recherche d’un vaccin protecteur du Covid-19.

Qu’est-ce qui explique la complexité de la lutte du Covid-19, par rapport aux autres pandémies comme le Sida, le choléra, la peste, l’Ebola, etc.?

La complexité de cette lutte contre le Covid-19 vient essentiellement du fait que le virus qui a commencé à infecter les humains en Chine a muté sans cesse avec une virulence, une contagiosité, et une mortalité très variable et non maitrisable. D’après les publications chinoises, les signes d’alerte étaient dominés par la fièvre, une toux sèche et des signes respiratoires. Lorsque le Covid-19 a débarqué en Occident, on s’est rendu compte mais bien tardivement que la fièvre, la toux et les signes respiratoires n’étaient pas des signes d’alerte d’une infection à Covid-19 mais plutôt des signes de gravité. C’est ce qui explique la mortalité plus élevée en Europe que dans le continent asiatique. Par ailleurs on s’est aperçu mais également assez tardivement que des personnes pouvaient être asymptomatiques, notamment les enfants mais transmettaient largement dans une fréquence quotidienne non négligeable le virus à des personnes saines. Une personne infectée pouvait dans une seule journée transmettre à 3 à 5 personnes le Covid-19 à son voisinage alors que cette personne porteuse du Covid-19 ne se plaint d’aucun symptôme. Et enfin on s’est aperçu que le Covid-19 pouvait se signaler par d’autres symptômes comme un mal de gorge, des maux de tête, des troubles digestifs et même des troubles Orl. Ce qui était jusqu’alors méconnu du monde médical. Tout ceci a retardé les prises en charges et a laissé cours à la libre circulation du virus dans la population. D’où les mesures de confinement prises très tardivement dans différents pays.

Le Coronavirus a fait exploser la vulnérabilité des « plus forts » de ce monde au point où l’élite mondiale en matière de médecine et de pharmacie tremble face à ce virus. Comment appréciez-vous ce bouleversement ?

Je pense en mon âme et conscience que cette vulnérabilité a surtout été favorisée par des conflits d’intérêts. Beaucoup d’éminents scientifiques ont totalement oublié leur mission sacerdotale pour défendre les intérêts des lobbies pharmaceutiques. Je prends à témoin toute cette polémique sur le protocole proposé par le Pr Didier Raoult qui a totalement désorienté la communauté médicale qui avait besoin d’une union sacrée en ce temps de guerre sanitaire contre le Covid-19. Pour ma part, je réitère que toute stratégie de riposte face à cette pandémie mondiale doit intégrer trois paramètres. Le premier paramètre est la population, le deuxième paramètre est le système de santé et le troisième paramètre est la bonne gouvernance.Étant un acteur de première ligne dans cette guerre mondiale à Covid-19, je tiens à souligner que si ces paramètres ne sont pas intégrés dans les décisions gouvernementales qui sont prises, le pays concerné va tout droit à la catastrophe. Je tiens également à préciser que la bonne gouvernance doit pouvoir apporter une riposte gouvernementale forte et avec une stratégie claire et précise qui intègre trois aspects. Premièrement le confinement qui doit être adaptée en prenant en compte la situation de pauvreté de la population. Toute mesure de confinement doit en cela s’accompagner de mesures sociales et économiques. Ce confinement doit également s’accompagner d'une vaste campagne d’informations, de sensibilisation et d’éducation des populations afin que ces populations puissent comprendre et intégrer le bien fondé du confinement. Car ce n’est que par une information efficace qui fera barrage aux fake news, à la désinformation que les populations pourront comprendre et mettre en pratique les mesures qui leur sont conseillées. Ces populations pourront ainsi vivre de façon bienveillante cette logique de confinement qui leur est conseillée. Deuxième toute riposte, pour être efficace, doit intégrer le dépistage de masse comme on l'a vu en chine. Ce dépistage de masse des populations est très important parce qu'il permet de soustraire de la société des individus infectés pour leur mise en quarantaine. Les personnes dépistées et mises en quarantaine doivent pouvoir bénéficier de la mise à leur disposition de la télémédecine ou des téléconsultations. La Télémédecine est pour moi une arme de destruction massive dans cette guerre que nous menons contre le Covid-19. Il permet de pallier à la carence du système sanitaire en ressources humaines médicales et permet également de désengorger les hôpitaux et enfin de dépister préventivement les personnes en quarantaine qui ont un potentiel d'évolution vers une forme grave de l'infection. Le troisième élément est de mettre en place une stratégie thérapeutique claire et en cela, il y’a un grand espoir dans l’utilisation de la Chloroquine.

La Chloroquine est-elle l’unique arme stratégique disponible en ce moment pour freiner l’invasion du Covid-19 notamment en Afrique ?

Voir la Chloroquine sous cet angle n’a rien d’exagérée. Bien au contraire, c’est une arme redoutable pour l’Afrique. Il faut préciser que la Chloroquine a cette spécificité d’être administrée dans un contexte de traitement des cas positifs. Il faut l’administrer rapidement pour qu’il puisse neutraliser et diminuer la charge virale assez rapidement et limiter l’apparition des formes graves de la maladie notamment chez des personnes qui sont déjà fragilisées. Je suis très déçu de toute cette querelle scientifique sur l’efficacité de ce médicament. L’Afrique ne devrait pas se priver de la Chloroquine parce que « en temps de guerre on utilise les moyens de guerre et on fait une médecine de guerre ».

Comment vivez-vous votre métier de médecin en ces jours où la pandémie a emporté certains de vos collègues ?

Très mal, croyez-moi ! Se rendre à l’évidence que ces valeureux hommes et femmes sont morts en sauvant des vies, c’est quelque chose de vraiment douloureux. Je tiens vivement à transmettre toutes mes condoléances aux familles endeuillées par cette guerre sanitaire contre le Covid-19. Je remercie mon Dieu tout puissant, mon protecteur de continuer à veiller sur moi, sur ma santé, sur ma sécurité. Après des moments de stress connu lors de la montée épidémique où nous étions vraiment, mes confrères et moi, en danger majeur dans la bataille que nous menions, la sérénité est de mise. Il faut dire qu’ici en France nous sommes en phase plateau épidémique et bientôt, s’il plait à Dieu, nous amorcerons la descente d’où cette sérénité retrouvée. Il faut savoir garder son calme, son professionnalisme et son humanisme en toute circonstance sans sombrer dans la panique et la psychose. C’est ainsi que je vis mon métier en ces temps de guerre sanitaire contre cette pandémie.

Qu’est-ce qui vous impressionne dans cette guerre ? Les ressources déployées ? La solidarité universelle ? La guéguerre entre scientifiques ? Les discours et les attitudes d’hommes politiques ?

Je vais peut-être vous décevoir en vous avouant que je n’ai pas du tout été impressionné par les aspects de cette guerre. J’ai plutôt été déçu par ce manque de solidarité internationale avec cette autre bataille entre alliés que je qualifie de « guerre des masques » qui a véritablement laissé libre cours à la circulation du virus. J’ai été également déçu par des hésitations gouvernementales à travers le monde sur la bonne stratégie à arrêter. Comment peut-on expliquer à un peuple aujourd’hui que le port du masque est inutile pour le rendre obligatoire le lendemain. C’est incompréhensible. J’ai également été déçu par ma communauté qui n’a pas écouté mes messages d’alerte lancés depuis le 26 février 2020 à travers ma Chronique santé « Allô Dr Armand » que je diffuse tous les mercredis sur la radio panafricaine Medi 1 Radio. Beaucoup de camerounais dans la diaspora ont préféré se satisfaire des fakes news et le prix s’est soldé par un pourcentage non négligeable de morts évitables dans la diaspora camerounaise. Je le regrette beaucoup et j’espère que les uns et autres sauront en tirer des leçons pour l’avenir.

Quelles leçons le médecin que vous êtes, tirez-vous donc de cette guerre ?

J’ai vraiment le regret de vous dire que j’ai fait le constat que beaucoup d’intérêts partisans ont prévalu sur la vie humaine mais je crois qu’au terme de cette guerre sanitaire contre le Covid-19beaucoup d’humains comprendrons qu’en définitive ils se sont trompés et qu’ils devraient dorénavant faire preuve d’humilité, de générosité et de solidarité humaine. Ça s’appelle « avoir de l’humanisme » dans cette humanité, ce qui paraît pourtant si simple et à la portée de tous. Sinon après la guerre sanitaire nous risquerons de subir une deuxième guerre dans la foulée : la guerre des intérêts partisans qui est tout simplement « la guerre économique ». Pendant tout cette guerre sanitaire, j’ai été en première ligne sur deux fronts : Sur le front hospitalier dans la prise en charge aux Urgences des personnes infectées par le Covid-19 et nécessitant une assistance médicale mais également sur le front de la communication pour lutter contre les fakes news, la désinformation. Et comme vous le savez, une guerre se gagne aussi par une bonne stratégie de communication afin d’éduquer, d’informer et de sensibiliser les populations sur les mesures de prévention et sur les signes d’alerte et de gravité du Covid-19. J’ai effectivement beaucoup de témoignages que je souhaiterais partager avec vos lecteurs. Ils peuvent les retrouver sur ma page Facebook (Nghemkap Armand) qui est bien fournie dans ce sens. Par contre j’aimerais déjà partager ici avec les lecteurs du quotidien le Messager, qui sont également dans une proportion non négligeable des fans du festival de cinéma éducatif Komane, cette anecdote. Il s’agit d’un homme très riche et puissant qui détient un pouvoir suprême sur son peuple. Alors qu’il revient d’un voyage de l’étranger, il est bloqué à l’aéroport pour un besoin de contrôle sanitaire aux frontières. Usant de son pouvoir inégalable et de son autorité, il se dérobe de ce contrôle pour être escorté dans sa résidence familiale. Quelques jours plus tard, il est malade du Covid-19 ainsi qu’une bonne partie de sa famille. Il a l’habitude de bénéficier d’évacuations sanitaires pour se faire prendre en charge médicalement en Europe mais toutes les frontières sont fermées. Son état de santé ainsi que celui de tous les membres de sa famille qu’il a infectés s’aggravent. Il faut une prise en charge médicale locale Urgente avec oxygénothérapie et respiration artificielle mais il n’y a ni oxygène, ni respirateur ni service de réanimation adéquat du fait d’un système de santé défaillant en plateau technique et en ressources humaines médicales... Je laisse à vos lecteurs, le soin de deviner la suite de cette anecdote.

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