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General News of Tuesday, 1 September 2020

Source: datacameroon.com

Covid-19 : près de 100 mille autochtones Baka ignorés dans la riposte

Estimés entre 50.000 à 100.000 dont environ 0.4% de la population, ils ne sont pas touchés par les différentes campagnes de sensibilisation et de riposte. Pourtant les mesures gouvernementales sont destinées à tous les Camerounais.

« C’est vrai, il y a quelques gens qui sont venus laisser des seaux, du savon pour le lavage des mains et les masques au village. Mais la plupart des mes frères et sœurs n’ont pas assez d’informations sur cette maladie puisqu’ils vivent dans la forêt où ils pratiquent l’agriculture et la chasse. C’est pourquoi, dés que j’ai appris la survenance de cette pandémie, j’ai plutôt renforcé la production des écorces amers pour sécuriser les populations ». Ces propos sont d’Ernest Njos, guérisseur traditionnel au village Baka de Mayos dans l’arrondissement de Dimako.

Dans la lutte contre la Covid-19, des dons ont été distribués dans les différentes communes mais aucune initiative n’a été orientée spécifiquement vers les communautés autochtones Baka. Au village Bosquet à Lomié, l’un des 05 villages autochtones dotés d’une chefferie traditionnelle de 3e degré, cette situation a emmené les Baka à s’interroger sur « la reconnaissance effective de notre chefferie traditionnelle ».

Selon Venant Messè, coordonnateur de l’Association OKANI (la fierté des Baka) qui travaille pour la préservation des droits des Baka dans les régions de l’Est et du Sud, « la plupart des actions de sensibilisation contre la propagation du coronavirus se sont limitées dans les villages riverains Bantou sans toucher les Baka qui habitent la forêt ». Pourtant, explique le coordonnateur d’OKANI, « de par leur spécificité, ils sont très exposés au monde extérieur et à cette pandémie puisque plusieurs personnes pénètrent leur milieu de vie pour chercher la pharmacopée traditionnelle. D’autres notamment les anthropologues et les sociologues viennent pour mener des recherches. Il y a aussi les exploitants forestiers et miniers ainsi que les braconniers qui rencontrent les Baka en forêt ».

Mesures gouvernementales

Dès l’annonce du premier cas importé de la maladie le 05 avril 2020, un système de gestion a été déployé. Cependant, l’on note que dans ce système de riposte, la spécificité Baka n’a pas été prise en compte. « Notre stratégie de riposte contre le coronavirus accorde une attention particulière aux couches socialement vulnérables notamment les réfugiés centrafricains. C’est ainsi qu’avec le concours de nos partenaires comme le Haut commissariat des réfugiés (HCR) et African humanitarian action (AHA), des unités de mise en quarantaine et d’isolement ont été construites dans les sites des réfugiés de Gado-Badzéré, Mbilé et Lolo. De même, des équipements Water, sanitation hygine (WASH) ont été mis à la disposition dans tous les camps de réfugiés », précise le délégué régional.

De son côté, IBASAL Blanche Mireille, délégué régional des Affaires sociales affirme que, « tous les centres sociaux de la région ont été instruits de s’occuper prioritairement des couches vulnérables dans la riposte contre le Covid ». Là encore et selon le chef d’un centre social qui a opté pour l’anonymat, « notre personnel et moyens de locomotion ne nous permettent pas d’arriver chez les Baka en forêt ».

Union Européenne

Pour combler cette marginalisation, l’Association OKANI avec l’appui de l’Union européenne et le Forest people programme (FPP) a sillonné les campements Baka dans les régions de l’Est et du Sud entre mai et août pour sensibiliser spécifiquement ce peuple autochtone sur la maladie et distribuer le matériel de prévention. « Nous avons vainement attendu ce genre d’action. Nous allons nous arrimer aux choses modernes pour barrer cette maladie dans notre communauté. Toutefois, nous utiliserons toujours notre pharmacie traditionnelle car tout médicament vient de nos forêts (…). Nous espérons qu’au terme de cette pandémie, nous n’aurons pas des cas de Covid-19 dans nos communautés », assure un chef Baka après l’une des missions conduite par Jean-Baptiste Romial Mabaya dans les communautés de Bityé et Edjom arrondissements de Sangmelima, celles de de Nyabibeté et Miatta à Djoum et à Assoken à Mintom dans la région du Sud.

A Ntam dans l’arrondissement de Ngoyla à l’Est, Cécile Assimbeng, ex-conseillère à la commune de Ngoyla atteste que « Avec le bitumage de la route Sangmélima-Brazzaville, le transit entre les deux pays devient important au point où les peuples autochtones deviennent de plus en plus vulnérables parce que le parc frontalier est entièrement dans les communautés et les transporteurs y vont et viennent à toute heure ». Cette dernière a également déclaré que sa communauté n’a rien reçu de la mairie, de l’administration ou d’une autre organisation. Une autre mission conduite par Charles-Jones Nsonkali du 04 au 13 mai a sillonné les arrondissements de Yokadouma et Moloundou, département de la Boumba-et-Ngoko en passant par Kika. Les bénéficiaires étaient les communautés Baka des localités de Kika P14, Kika Jérusalem, Mbquatka, Dioula, Salapoumbé, Mambélé centre, Mambélé Long train, Mambélé Camp, Yokadouma Modomo et Yokadouma Bompeno. A toutes les étapes, les responsables d’OKANI ont été assistés par des leaders communautaires et les messages ont été transmissent en français et en langue autochtone.

Situation épidémiologique

La situation épidémiologique présentée par Dr, Anicet Désiré Mintop, délégué régional de la Santé publique de l’Est indique que 1036 cas cumulés soit, 193 cas actifs, 52 personnels de santé testés positifs, 817 personnes guéris et 26 décès ont été enregistrés. Par ailleurs, sur 14 districts de santé, 13 ont enregistré des cas positifs au Covid-19. De manière globale, le centre de prise en charge régional et les unités de prise en charge des districts de santé ont effectué 12185 tests cumulés. Cependant, aucun cas n’a été détecté au sein de la communauté Baka.

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