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General News of Thursday, 29 October 2020

Source: Patrick Nganang

Covid-19 : comment le Camerounais Patrick Nganang vit le nouveau confinement en France

Nous sommes tous confinés. Et pourtant la vie continue, comme la terre tournait malgré la condamnation de Galilée par l’Inquisition. J’enseigne mes étudiants sans problème, je fais mes conférences sans problème, j’échange avec mes amis sans problème, y compris avec ma famille éloignée, dans mon pays qui m'a expulsé et contraint à l'exil.

Je sais, il y’en a qui pleurent les librairies – mais jamais je n’ai acheté ni lu autant de livres que ces jours de confinement, et quand j’y pense, c’est faramineux, car je viens d'acheter des livres publiés au Cameroun - $14 -, les livres de Olivier Madiba. Ces livres me sont livrés directement devant la porte, au moindre effort, au moindre clic sur mon ordi. J’ai ainsi découvert des mondes que je ne connaissais pas, me suis ouvert à des disciplines que je ne connaissais pas, découvert des théories qui m’étaient inconnues. Je sais, les restaurants se plaignent – mais, voilà, je me fais livrer la nourriture, crue et cuite, à la maison, et parfois, je vais la prendre au ‘curb side’, comme on dit. Je n’avais jamais imaginé que je pouvais vivre sans aller aux musées, sans aller dans des salles de cinéma, et pourtant, je regarde les films sur mon ordi – streaming system, Netflix -, ai même installé un grand écran dans mon bureau, et ne suis que trop content de ce monde qui se découvre autour de moi, car il est beau. Je suis très heureux, et d’ailleurs je souhaite que le confinement continue.

La France a décidé de le faire reprendre, tout comme l’Allemagne, et je soupçonne que ce sont les compagnies qui sont online qui y ont mis du leur, afin que chacun retourne à la maison – car une révolution est en train d’avoir lieu autour de nous, avec nous. Il faut qu’elle installe une habitude, l’habitude électronique. Et comment ! Pour comprendre ce que j’essaye de dire, il faut penser à l’histoire de la locomotion, car jusqu’au 19eme siècle, elle se faisait au mieux à chevaux. Même les guerres, gagnait celui qui avait le cheval le plus rapide. Tout cela a cessé avec la Première Guerre mondiale. Autrement dit, la Première Guerre mondiale a été le cimetière des chevaux, qui, après la guerre, ont été tous remplacés par les voitures. Avant 1918, les gens étaient tatillons, les compagnies équestres ne trouvaient aucun inconvénient à continuer leur commerce, elles qui employaient sans doute des centaines de milliers de gens – toute une industrie autour des chevaux. Il a suffi de la Première Guerre mondiale pour tourner la page.
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Nous sommes à une telle croisière, et sommes tatillons à tourner la page. D’où les jérémiades sur les restaurants, sur les librairies, sur les salles de cinéma, sur les musées, sur le livre de papier. C’est la nostalgie du cheval, ça. Et je n’y participe pas, car aujourd’hui personne ne regrette le cheval, et chacun est heureux de posséder une voiture, ou alors de s’en servir. On ne peut même plus s’imaginer vivre sans voiture, en réalité !

Je raconte cette histoire parce que nous sommes dans une transition extraordinaire. Il y’a trente ans nous écrivions tous sur du papier, à la main. Mon premier manuscrit, ‘elobi’, je l’ai écrit sur du papier, en 1993. Nous écrivions des lettres, des cartes postales, le tout à la main, et sur du papier. En vingt ans cependant, chacun de nous est passé sur l’ordinateur. Et moi-même, je n’écris plus rien sur du papier – au trop imprimes-je ce que j’ai écrit sur mon ordinateur, quand je veux. Nous avons des instruments d’écriture qui sont nombreux – desktop, laptop, iPad, iPhone, etc. Le transfert de l’écriture sur l’électronique a donc déjà eu lieu, et cela a eu besoin d’exactement trente ans. Les mêmes qui écrivent tout électroniquement, ont cependant encore des difficultés à tout lire électroniquement, et c’est cela le problème. Chacun veut encore lire sur du papier, ce qu’il a écrit électroniquement. C’est extraordinaire cette bipolarité collective ! Et c’est ici que Covid est pour l’écriture une opportunité comme la Première Guerre mondiale l’était pour la voiture – Zoom nous oblige, de force, à passer tous au virtuel, et donc, à fonder une économie virtuelle pour nos besoins communs, dans l'économie de services qui est la notre. Si au lieu de rouvrir les librairies, après le confinement – comme après la Première Guerre mondiale on retournerait au cheval – ce qui étaient les librairies, inventaient des portails pour lecture électroniques, à côté de Kindle, de l’iPhone, on aurait réussi la transition vers la lecture électronique qui est inévitable. Il y’a à Yaoundé, des jeunes qui y travaillent, Olivier Madiba, Christian Fongang. Mais surtout, Chimamanda a publié son dernier livre, ‘Zikora’, électroniquement par Amazon, et l’a mis gratuitement à la disposition de tous – manière, ainsi, de créer l’habitude de la lecture électronique, car c’est l’habitude qui institue la révolution.
Oui, le deuxième chapitre d’une révolution a lieu devant nous.

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