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General News of Friday, 27 March 2020

Source: Actu Cameroun

Covid 19: Depuis la Chine, un camerounais commente les décisions du gouvernement

Chers compatriotes,

Notre pays, dont l’Etat demeure faible, risque de connaître l’une des plus graves crises sanitaires de son histoire. Nous n’en sommes pas encore là ; nous pouvons d’ailleurs la contenir si nous prenons des mesures qui s’imposent et si nous faisons preuve de discipline sérieuse et exemplaire. Le gouvernement a pris un certain nombre de mesures fortes que je salue. Toutefois, on est en droit de s’interroger quant à leur mise en œuvre, quoiqu’il soit un peu trop tôt de se livrer à cet exercice.

Mais le coronavirus ne nous laisse guère vraiment le choix. C’est pour évoquer mes inquiétudes que je fais cette intervention, laquelle s’inscrit dans la logique de contribuer à la gestion de cette crise sanitaire. En effet, je suis résident Camerounais à Wuhan. J’ai observé – sans doute de manière étriquée, lointaine voire inexperte – la gestion de cette pandémie par le gouvernement central de la République Populaire de Chine, le gouvernement provincial de la province du Hubei et la municipalité de la ville dont je suis résident. Ce document va ainsi essayer de proposer quelques mesures qui peuvent aider notre pays et pourquoi pas d’autres à prendre la mesure de cette pandémie.

Avant de toute chose, je voudrais rappeler que je ne suis pas expert en médecine ni en gestion des épidémies. Donc, vous voudriez bien comprendre quelques imprécisions conceptuelles ou analytiques. Néanmoins, n’hésitez pas à tenir compte de ce qui est bien dans ce document pour exploitation. Par ailleurs, je suggère au gouvernement d’entrer en contact avec l’expertise chinoise pour un échange d’expérience dans la gestion de la crise ; la Hollande l’a déjà fait.

Confinement

Le confinement a pour but de limiter la propagation du virus en isolant les malades pour limiter le contact entre ceux-ci et le reste de la population. En d’autres mots, si tout le monde reste à la maison, au bout de 14 jours environ, on saura qui est malade. Et on va extraire ceux qui le sont de la masse pour les prendre en charge.

Certaines personnes peuvent se faire contaminées par la première vague de malades avant que ceux-ci ne manifestent les symptômes, au bout de 14 autres jours ou moins, cette deuxième vague de malades seront identifiées. Bref, si tout le monde respecte scrupuleusement les mesures de prévention (rester à la maison, se laver les mains, porter le masque, faire des exercices physiques et boire de l’eau chaude pour garder le corps chaud), au bout de 14 jours, la situation sera sous contrôle. Voici ci-dessous les mesures du gouvernement que nous allons commenter.

Concrètement, chacun est appelé à rester là où il se trouve soit à la maison, au quartier, ville ou dans son pays de résidence. Pour l’instant, le gouvernement semble s’être limité à la restriction des déplacements au niveau des frontières de notre pays. En d’autres termes, les populations sont interdites d’entrer au Cameroun, puisque les frontières sont fermées. (…)

Ici à Wuhan, la population n’avait pas scrupuleusement respecté le confinement dans un premier temps. Par conséquent, 14 jours après, le nombre de cas n’avait cessé d’augmenter. C’est ainsi que les autorités décidèrent, au cours de la première quinzaine du mois de février, d’instaurer un confinement absolu : interdiction systématique d’aller dehors sans laissez-passer. Depuis lors, des équipes sont chargées de prendre nos commandes et de nous les livrer. Aujourd’hui, le résultat est là ; et tout le monde en est fier. Ce d’autant plus qu’il n’y a presque plus de nouveaux cas à Wuhan. Certes dans la douleur, mais le résultat est là.

Je pense que le gouvernement, en plus des mesures générales, devrait instaurer un régime spécifique pour ces différentes catégories de villes : villes déjà touchées, les villes frontalières (aéroportuaires, maritimes et terrestres) et les autres villes sans histoire patente avec l’épidémie.

Ainsi, il faudrait mettre en quarantaine les villes déjà affectées ; c’est-à-dire, interdire toute sortie ou entrée dans ces villes en bloquant systématiquement leurs accès terrestres, aéroportuaires et maritimes. Ensuite, dans la ville, à défaut d’imposer un confinement absolu en obligeant les populations à rester dans leurs maisons ; il faudrait au moins faire un zonage de la ville quartiers, arrondissements comprenant les marchés, centres de santé… de nature à former des unités fonctionnelles autarciques de type écosystémique, afin de limiter les mouvements de personnes d’un quartier à un autre. Par contre, les quartiers où des malades ont été identifiés doivent être systématiquement mis en quarantaine absolue.

Les villes frontalières et les autres sans histoire avec le Covid 19 doivent aussi s’isoler les unes des autres. Aussi devrait-on, en plus des mesures générales adoptées jusque-là, procéder au zonage expliqué dans le paragraphe précédent.

Enfin, dans les quartiers, les comités de vigilance doivent bloquer les entrées des quartiers pour filtrer – sans complaisance – les entrées comme cela a souvent été le cas la nuit à Makèpè Mis-sokè à Douala pour prévenir les agressions. Pour ce, les populations doivent s’organiser pour trouver des volontaires dans leurs quartiers. En même temps, elles doivent leur fournir du matériel de protection, la ration et même une prime du risque.

Comment approvisionner les populations confinées ?

Cette crise va certainement mettre à nu les failles dans l’organisation et le fonctionnement de la Mission de régulation et d’approvisionnement des produits de grande consommation (Mirap). Toujours est-il que c’est l’occasion pour elle de faire taire les critiques qui émaillent l’existence de cet organisme. Les autorités pourraient donc réquisitionner certains agents publics ou privés pour appuyer cet organisme dans son travail qui devrait consister à multiplier les marchés à proximité des quartiers. Ne pas oublier, l’objectif est d’empêcher les populations de sortir des quartiers (il n’est plus question que les gens continuent de se déplacer d’un quartier vers un autre).

Par exemple, ici également une organisation communautaire pourrait s’avérer efficace. J’aurais souhaité que le Cameroun eût son propre réseau social. D’ailleurs, le gouvernement pourrait faire un appel à contribution en ce sens – N’est-ce pas devant la difficulté que l’être humain s’affirme ? – A défaut, WhatsApp pourrait aider à constituer des groupes entre voisins – les voisins qui ne se parlent pas là, sortez ennemis pour un temps. Désignez les gens qui pourront faire des courses pour vous.

De plus, les jeunes Camerounais peuvent s’investir à titre volontaire, essayez et vous verrez. Vous verrez des jeunes vous proposer des solutions chimiques pour désinfecter nos rues, ils vous proposeront des applications pour recenser des malades, ils vous proposeront un système de coordination adapté à nos réalités… Essayez et vous verrez. Tentez seulement de les tentez, vous verrez. Ils ont prêts, ils n’attendent que l’appel de la patrie. C’est l’occasion de faire éclore le génie camerounais qui sombre dans notre pâle existence. N’attendons pas des autres. « Ça cuit sur tout le monde ». Très chères autorités, dites-nous ce que l’on peut faire.

A mes concitoyens, la bière ne fuit pas, l’argent non plus. Soyons disciplinés, respectons les instructions de nos autorités, ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons venir à bout de cette pandémie dans notre pays.

Juste un rappel, la situation financière des Camerounais de Wuhan (Hubei) devient exagérément précaire, et ceux d’autres villes de Chine sans doute. Pendant ce temps, espérons toujours que l’assistance présidentielle et celle de l’international camerounais Christian Bassogog (voir l’article de bbc sport du 26 février sur www.bbc.co.uk) finiront par nous parvenir. Car, deux mois de confinement, pour des étudiants, cela devient intenable sans ressources.

Que Dieu bénisse le Cameroun, l’Afrique et l’humanité entière !

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