Vous-êtes ici: AccueilInfos2020 10 14Article 548773

General News of Wednesday, 14 October 2020

Source: rolandtsapi.com

Corruption à la douane camerounaise : le mal est profond

La douane camerounaise accusée de corruptionLa douane camerounaise accusée de corruption

Et si la douane camerounaise était fermée ? La question mérite désormais d’être posée, au vu du montant d’argent que le Cameroun perd chaque jour à cause de son existence. Elle est citée dans tous les rapports sur la corruption, par tous les organes œuvrant dans le domaine de la bonne gouvernance comme étant le service par lequel l’argent du Cameroun s’évapore le plus. Tous les postes douaniers étant devenus des comptoirs privés, sur lesquels les agents de l’Etat prennent leurs recettes chaque jour, avec comme avantage de ne payer ni loyer, ni électricité, ni eau, n’ayant aucune charge fiscale, avec en prime d’être payés à la fin du mois par l’Etat, d’être habillés par le même Etat qui alloue même des véhicules à d’autres, et pour couronner le tout, ils montent en grades et sont décorés après un certain nombre d’années de bons et loyaux détournements. Une autre preuve du niveau de corruption de ce démembrement du ministère des Finances a été servi au public par la direction des Douanes elle-même, dans sa tentative d’expliquer les raisons pour lesquelles elle a décidé de presser désormais le consommateur de téléphone et autres terminaux utilisant une puce d’un opérateur de téléphonie, pour récupérer les frais de douanes.

Haute corruption

Dans une note rendue publique le 12 octobre 2020 intitulée « comprendre la réforme entreprise par le gouvernement sur le système de collecte par voie numérique des droits et taxes de douane dus sur les téléphones et autres terminaux importés (en douze (12) questions », on lit « Malgré le renforcement de la surveillance des frontières notamment par l’Opération Halte au Commerce Illicite « HALCOMI », l’Administration des Douanes a enregistré une baisse drastique des recettes à l’importation des téléphones. Aujourd’hui, moins de 100 millions de F CFA sont collectés par mois sur les 2 milliards environ encaissés dans les années 2000. Cette baisse contraste avec l’augmentation du nombre et de la qualité des téléphones importés dans un contexte sécuritaire délicat. Selon les estimations, près de 4 millions de téléphones sont importés au Cameroun par an, soit un potentiel de 13 milliards de F CFA de recettes par an si l’on évalue chaque téléphone a une moyenne minimale de 10 000 F CFA. Cela représente un manque-à-gagner de près de 12 milliards par an. »

Le montant de 12 milliards de perte par an est même minoré, si l’on lit bien entre les lignes du même document. La douane était en mesure d’encaisser 2 milliards par mois il y 20 ans sur les taxes payés sur le téléphone, aujourd’hui elle encaisse moins de 100 millions. Cela suppose que même si l’on maintenait le même nombre de téléphones à l’entrée qu’il y 20 ans, il y a déjà une perte de 1 900 millions par mois, soit 21 milliards 800 millions par an. En 10 ans cela fait 210 milliards de francs Cfa, de quoi construire l’autoroute Yaoundé Douala. Mais cet argent s’est volatilisé, ou plutôt est rentré dans les poches des agents de douanes disséminés à tous les postes frontières. Et que font-ils de cet argent ? Ils flambent, ils ouvrent des boutiques et des snacks bar Vip pour blanchir, et le plus gros montant est investi dans l’immobilier, détecté par l’Agence nationale d’investigation financière comme moyen privilégié pour dissimuler les fonds détournés. Ceci explique en partie pourquoi les immeubles poussent comme des champignons partout dans les villes et des châteaux des milles et une nuit dans les villages, au même moment où les infrastructures publiques et les routes sont à l’abandon.

Impunité

Cela est-il connu du gouvernement ? Sans doute. Dans son rapport de 2016 sur l’état de la corruption au Cameroun, la Commission nationale anticorruption relevait clairement qu’entre 2010 et 2015, c’est-à-dire en 5 ans, le Cameroun avait perdu 1 246 milliards FCfa du fait de la corruption et la fraude au sein de la douane. L’organe présidé par Dieudonné Massi Gams mettait un accent particulier sur le train de vie princier des douaniers camerounais qui ont même réussi à imposer la dénomination à certains quartiers des grandes villes. Il citait surtout l’exemple d’un adjudant des douanes à Maroua, propriétaire de 13 villas en dur, bâties sur terrains titrés ; d’un immeuble de 5 niveaux également construit sur terrain titré ; ainsi que de 10 terrains immatriculés, en plus de 5 camions de 30 tonnes de charge utile ; 5 cars Toyota Coaster de 28 places ; 2 cars de 18 places ; et un parc automobile plein de véhicules personnels haut de gamme. De même 21 agents de la douane auditionnés au cours de l’enquête, avaient confessé être propriétaires de plusieurs immeubles bâtis à Douala et ailleurs, ainsi que de nombreux comptes bancaires à solde créditeur, dont les montants s’élevaient à plus de 134 millions de francs Cfa. Ce rapport a été rendu public, mais la Justice et ses auxiliaires n’ont jamais invité la presse pour lui présenter cet adjudant pour dire qu’il a été interpellé, comme elle le fait souvent pour des vulgaires trafiquants d’ossement humains, dont les actes de profanation ne modifient en rien la qualité de vie des populations comme le ponçage des caisses de l’Etat fait par des agents de la douane.

En février 2019 aussi, dans une interview accordée au quotidien gouvernemental Cameroon Tribune à l’occasion de l’évaluation du dispositif national de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme au Cameroun, le directeur de l’Agence nationale d’investigation financière Hubert Nde Sambone indiquait que sur la période 2017-2018: « Si vous jetez un coup d’œil sur notre rapport d’activité, vous allez vous rendre compte qu’il y a des cas de blanchiment qui ont été identifiés et les rapports ont été transmis aux autorités judiciaires compétentes. Nous sommes aujourd’hui pratiquement à 5 000 dénonciations reçues et à environ 700 rapports transmis aux autorités judiciaires. Pour ce qui est de l’évaluation financière, c’est en milliers de milliards de francs CFA ». Il est donc évident que les détourneurs des douanes sont connus par la Justice camerounaise, mais pourquoi cette corruption prospère, ces douaniers détourneurs sont-ils si puissants, au point où il faille se retourner sur le consommateur pour recouvrer les frais de douanes ?

Si la mesure peut permettre à l’Etat de recouvrer entièrement son argent, alors tant mieux, mais dans ce cas il faudra simplement fermer la douane camerounaise pour corruption… hors échelle

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.

Rejoignez notre newsletter