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General News of Sunday, 5 April 2020

Source: lemonde.fr

Coronavirus: un journal français dévoile la vérité sur le travail des infirmier(e)s camerounais(e)s

A cause de conditions de travail déjà très sommaires, la peur et le doute s’installent dans les rangs des soignants, en première ligne dans la lutte contre l’épidémie.

Mireille* a peur d’être infectée par le coronavirus. Infirmière à l’hôpital central de Yaoundé, l’un des centres où sont traités les malades du Covid-19 au Cameroun, cette mère de cinq enfants ne travaille pourtant pas à l’unité d’isolement où sont confinés les patients de cette formation hospitalière. Mais elle reçoit comme ses collègues de nombreux malades venus en consultation pour une fièvre, des diarrhées, etc. Autant de signes liés au coronavirus.

« Mes enfants me demandent de ne plus aller à l’hôpital. Ils me disent “Maman tu vas aller t’infecter là-bas”. Si les cas continuent à affluer, on va abandonner. On ne peut pas avoir cet amour du travail pour aller vers la mort et abandonner ses enfants », avoue Mireille. L’infirmière est d’autant plus angoissée que les solutions de décontamination, les masques et autres matériels de protection sont insuffisants. Le Cameroun comptabilise, samedi 4 avril, 555 cas confirmés, neuf décès et 17 patients guéris.

Plus grave, poursuit-t-elle, l’hôpital fait face à des coupures d’eau. « Le week-end, nous n’avons pas eu d’eau. Quand je sors de chez moi, je prends ma bouteille et je la mets dans mon sac, j’ai mon savon pour me laver les mains. Nous sommes vraiment exposés », répète-t-elle inlassablement. Comme Mireille, de nombreux personnels soignants, en première ligne dans la lutte contre le coronavirus, vivent dans l’angoisse depuis que les cas confirmés de Covid-19 augmentent au Cameroun. Beaucoup craignent d’être infectés. D’après diverses sources, au moins cinq d’entre eux auraient été contaminés.

«Perdre des soldats»

Une situation qui crée la panique. «Nous ne devons pas, au début d’une bataille comme celle-ci, nous payer le luxe de perdre des soldats. Nous devons protéger les soignants », a clamé sur la chaîne de télévision privée Equinoxe le professeur Eugène Sobngwi, conseiller médical à l’hôpital central de Yaoundé, précisant que deux soignants de cette formation hospitalière ont été mis à la porte de leur maison par leur conjoint, par peur de la contamination et sont aujourd’hui hébergés dans les chambres d’hospitalisation de l’hôpital.

Selon des syndicats et associations des soignants contactés par Le Monde Afrique, beaucoup d’infirmières et infirmiers ont fait part de leur envie d’abandonner le « combat contre le coronavirus » le plus souvent sous la pression de leur famille ou encore à cause de leurs mauvaises conditions de travail. Depuis de nombreuses années, les personnels de santé multiplient les grèves dans les hôpitaux publics camerounais pour dénoncer le manque de matériels et les plateaux techniques défectueux ou inexistants, l’exploitation abusive, le non-paiement des primes…

«On manque de tout, partout. Que ce soit dans les hôpitaux publics ou privés», assure Sylvain Nga Onana, président du Syndicat national des personnels des établissements et entreprises du secteur de la santé du Cameroun, l’un des principaux syndicats du secteur. «La pandémie nous a surpris et le personnel n’était pas tout à fait préparé», appuie Balla Balla. Le président national du Syndicat des personnels médico-sanitaires du Cameroun (Sympens) confie que «l’inquiétude est grandissante» chez les milliers de membres de son organisation.

«J’ai peur»

A l’hôpital Laquintinie de Douala, qui abrite le centre de traitement de malades du Covid-19 dans la capitale économique, le téléphone de Nadia* sonne constamment, au point où elle est parfois obligée de l’éteindre pour travailler. Son mari, sa mère, ses frères et sœurs, s’inquiètent. La jeune femme ne travaille pourtant «pas encore» à l’unité d’isolement : «Ils me demandent toujours pourquoi je reste encore là-bas. Ils redoutent que je sois contaminée et que je les contamine ensuite. J’ai peur. L’augmentation des malades va obliger tout le personnel à se mobiliser et je ne sais pas si je soignerai ces patients.»

Pour limiter les désertions, Joseph Nkwain, président de l’Association camerounaise des infirmièr(e)s multiplie les sensibilisations auprès de ses membres. Cependant, ce directeur d’institut de formation des techniciens de laboratoire, par ailleurs infirmier principal à l’hôpital régional de Bamenda dans le Nord-Ouest anglophone, craint comme les autres les infections. «Ma plus grande inquiétude est la propagation rapide et l’état de nos hôpitaux. Ils manquent de matériel et de personnel. La charge de travail des infirmières va sûrement augmenter avec peu de motivation. Nous préconisons un recrutement massif d’infirmières», souligne-t-il.

En mars, le ministre de la santé, le docteur Manaouda Malachie, a invité l’ensemble des «personnels de santé en cours d’intégration à bien vouloir se présenter sans délai dans les délégations régionales de leur choix, en vue de leur mobilisation immédiate» dans le cadre de la riposte contre le covid-19. «C’est une situation sans précédent. Notre génération n’a jamais connu ça. C’est vrai que des gens n’ont pas été formés, mais tous les médecins ont été formés en virologie. C’est la base», confie au Monde Afrique, Guy Sandjon.

«Ne pas quitter le front»

Pour le président de l’Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC), «le salut» du pays réside dans la prévention. A l’en croire, si la situation vécue actuellement par les Occidentaux se reproduit ici, «cela va être terrible, car nous avons un système moins performant. C’est une maladie hyper contagieuse qui sature le système sanitaire partout où elle passe.»

Pour encourager le personnel soignant qui travaille dans les centres d’isolement et les hôpitaux, le docteur Guy Sandjon explique que l’Ordre offrira au moins un millier de masques, des cartons de savon, d’eau de Javel et de gel hydroalcoolique aux soignants, «pour les protéger». «C’est un geste symbolique, un geste d’encouragement et de solidarité qui j’espère va en appeler d’autres. Le gouvernement ne peut pas tout faire seul», dit-il.

A l’hôpital régional de Bafoussam, dans l’ouest du pays, Sophie*, rencontrée en octobre 2019 lors de notre passage, n’a pas «changé de rêve». «J’ai choisi la médecine pour ça. Je voulais soigner. Guérir les malades. Apaiser les souffrances», énumère l’infirmière au téléphone. Sur Internet, elle a lu les histoires de médecins, infirmiers, infirmières et autres personnels soignants contaminés ou décédés à cause du coronavirus. «Aujourd’hui au Cameroun, nous sommes comme des soldats. C’est vrai qu’on n’a pas assez d’armes. Mais on ne doit pas quitter le front de guerre. La trentenaire se promet de poursuivre ses études et de se spécialiser en virologie ou en épidémiologie, si «je survis au corona».

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