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General News of Friday, 19 February 2021

Source: 237online.com

Complexe sportif d’Olembe : la grosse escroquerie !

En lieu et place des 17 milliards de Fcfa exigés il y’a peu par l’entreprise canadienne Magil pour achever les travaux de construction de cette infrastructure qui a déjà englouti 163 milliards de Fcfa, le président de la République autorise la signature d’une convention de crédit de plus de 55 milliards de Fcfa, avec la Standard Chartered Bank de Londres et BPI France Export.

Bienvenue à la République des scandales ! C’est l’histoire d’un complexe sportif à l’architecture futuriste destiné à la genèse du projet, à accueillir des matchs de la 32e édition de la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations (Can) Total 2019. Bien avant le fameux glissement proclamé par le Comité exécutif de la Confédération africaine de football (Caf) à cause du retard observé dans la plupart des chantiers dans les villes hôtes. Sur le papier, la gigantesque infrastructure devait comprendre le stade Paul Biya d’une capacité de 60 000 places couvertes, deux stades d’entraînement de 1000 places chacun, un gymnase, des terrains de handball, basket-ball, un court de tennis, une piscine olympique, un hôtel 5 étoiles de 70 chambres, un centre commercial, un musée et un cinéma.

Un formidable projet à la taille des ambitions du pays des Lions indomptables, jaloux de son orgueil et son palmarès sur le continent africain et même dans le monde. Si les travaux de terrassement ont démarré en 2014, ce n’est qu’en mars 2016 que les travaux confiés à l’entreprise italienne Piccinni prennent officiellement leur envol. Coût total, 163 milliards de Fcfa. Priorité est accordée au stade Paul Biya qui s’étend sur une superficie de 34 hectares à 13 km de la ville, présenté comme l’un des plus grands stades d’Afrique.Le karma Piccini ?

Trois ans plus tard, Piccinni est bottée en touche au profit de l’entreprise canadienne Magil. Parmi les manquements énumérés par le ministre des Sports et de l’éducation physique Narcisse Mouelle Kombi qui assène le coup de semonce, « l’incapacité de l’entreprise à livrer les travaux dans les délais contractuels, l’arrêt des travaux non autorisé par le maître d’ouvrage, l’abandon du chantier dûment constaté par voie d’huissier et par procès-verbal administratif, la défaillance de l’entreprise caractérisée par le non-respect des engagements contractuels et des ordres de services du rapportant, la sous-traitance avérée des prestations contractuelles sans autorisation du maître d’ouvrage, la violation de la législation caractérisée par l’accumulation des arriérés de salaires des travailleurs ».

S’appuyant sur les procès-verbaux d’évaluation des ordres de service et des réunions mensuelles, le successeur de Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt constate donc « l’incapacité de la société Gruppo Piccini [à] livrer les travaux dans les délais. » Une litanie de griefs qui a le don de surprendre quand on sait quels sont les faits d’armes de cette entreprise présentée au début de l’idylle comme l’un des leaders de la construction des infrastructures dans le monde. Elle qui cumule des états de services incontestables en Afrique, en Asie, en Europe, en Amérique. Des aéroports en Italie, des hôtels à Paris, en Guinée Équatoriale, des Stades en Irak, et ailleurs ne font-ils pas partie de leur portfolio ?

Tension de trésorerie

Entre belles promesses et assurances, Magil jure de livrer l’infrastructure dans les délais. Surtout que la pression des inspecteurs de la Caf pèse sur le dos du Cocan. Il est question pour l’entreprise de « mettre sa trésorerie à contribution pour le premier mois, en attendant le soutien opérationnel du Cameroun et d’autres bailleurs de fonds internationaux ». Un rêve sur du gazon synthétique puisque l’affaire va tourner au vinaigre. Engagé à fond à livrer l’infrastructure, Magil s’est engagé à veiller aux respects des contrats commerciaux qui lient les financements internationaux à l’Etat du Cameroun, puisque désormais, il était devenu son représentant pour ce type de négociation pour l’avancée des travaux à Olembé. Mais à l’évidence, les financements manquent pour relancer les machines. Tout est au point mort. Et pour ne rien arranger, un parfum de gros scandales a embaumé le sérail faisant dire que les fonds alloués pour ce gros ouvrage ont été croqués à pleines dents par certains membres du gouvernement.

Préalablement fixée à la fin juillet 2020, la cérémonie de remise des clés de l’infrastructure de 60 000 places est reportée au mois de novembre puis février 2021. Des reports qui cachent mal les craintes et l’incertitude dans lesquelles baigne l’entreprise canadienne injustement désignée en procédure d’urgence pour remplacer Piccini en décembre 2019. Financement à hauteur de 100%. Comme si cela ne suffisait pas, l’Etat en rajoute une couche. Par décret signé le 16 février 2021, le président de la République, Paul Biya autorise le ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire à signer avec la Standard Chartered de Londres et BPI Export Finance une convention de crédit d’un montant de 55 milliards 166 693 111 de Fcfa, pour le financement du projet d’achèvement des travaux du complexe sportif. « Le ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire est habilité avec faculté de délégation, à signer avec Standard Chartered de Londres et BPI Export Finance une convention de crédit d’un montant de 84 101 978, 98 euros, soit environ 55 166 693 111 de Fcfa, pour le financement du projet d’achèvement des travaux du complexe sportif d’Olembé dans la ville de Yaoundé », peut-on lire dans le texte du chef de l’Etat. De quoi s’interroger sur la destination du budget d’exécution initial de cette infrastructure estimé à 163 milliards de Fcfa. Où est passée cette bagatelle pour qu’on en soit encore à se surendetter pour boucler les travaux ? Comment ce pactole suffisamment conséquent pour réaliser le projet, a-t-il été géré ?

Respect de la réglementation en vigueur On se souvient que dans un entretien accordé le 3 décembre 2019 à la Cameroon radio and television (Crtv), Franck Matière, représentant de Magil au Cameroun, confiait que «pour le cas des travaux du complexe sportif d’Olembé, Magil devait apporter le financement à hauteur de 100%. Ce qui veut dire qu’une fois la convention de financement et le contractuel signés, Magil, dans le respect des réglementations en vigueur, fait des tirages au niveau de la banque internationale mais la trésorerie publique et les fonds publics ne sont jamais appelés car nous apportons 100% de financement».«Tant qu’on réalise les travaux de lots technologiques qui appellent l’intervention de grues, on ne peut pas achever la piste», renseigne une source de nos confrères de Cameroon Info au Minsep.

Du blablabla pour justifier cette gabegie à ciel ouvert. Nul doute que ce nouvel endettement va alourdir la facture de ce complexe qui avoisinerait avec le contrat de Magil, 217 milliards de Fcfa contre 163 milliards de Fcfa initialement prévus avec Piccini. Ce qui fait dire aux observateurs que ce complexe, dont la pose de la première pierre du stade a été faite il y a 12 ans, est le plus onéreux d’Afrique. Une grosse escroquerie dans un pays où on manque de l’eau potable, de l’énergie électrique, des soins de santé de qualité, des bancs pour les élèves. Vous avez dit République des scandales ?

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