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General News of Wednesday, 14 October 2020

Source: Actu Cameroun

Commission nationale des droits de l’homme: une violente guerre des clans sévit

Un clash inédit entre le vice-président et des membres des commissions divise; une guerre des clans fait rage.

La commission nationale des; droits de l’homme et des libertés (Cndhi) va très mal en cette fin d’année 2020. L’institution en charge de la collecte, du traitement et de la dénonciation des cas de violation des droits de l’homme est traversée par une crise profonde opposant l’actuel président par intérim et certains membres des commissions et sous-commissions. Le contexte est dominé par une série de dysfonctionnements. Le management actuel est fortement querellé.

La goutte d’eau qui fait déborder le vase, c’est la note du 29 septembre 2020 du président par intérim. Le Pr James Mouangue Kobila exige au Webmaster et chef de la cellule de communication le « retrait immédiat du commissaire Christophe Bobio-kono de toutes les plateformes WhatsApp de la Cndhi ».

Sept griefs sont énoncés. Le premier porte sur le fait que le commissaire Bobio-kono se désolidarise du « communiqué de presse de la Cndhi relatif à l’appel à l’insurrection et au renversement des institutions de la République » issu de la réunion du 16 septembre dernier, et signé du président intérimaire. Pour M. Bobio-kono, la Cndhl n’est pas une sous-section du Rpdc, lit-on dans le document.

Le second point de discorde (23 septembre) qui apparait est relatif au projet de lettre sollicité par le président intérimaire à destination du ministre de la défense (Mindef) en vue d’obtenir des explications sur les cas d’exactions imputées aux forces de défense et de sécurité (FDS) dans la région du Nord-Ouest Ici, le commissaire Bobiokono a revendiqué son droit de continuer de superviser l’enquête qui lui a été confiée par la Cndhi, et donc, c’est à lui que revient cette tâche, pas à un autre.

Le troisième point d’achoppement, daté du 25 septembre, entre les deux hommes concerne les éclairages sollicités auprès du chef de division de la communication (Div-com) du ministère de la défense relativement aux images qui lui ont été transmises par le président Mouangue Kobila, incriminant toujours les FDS. L’objectif ici, avoir la version des faits du Mindef.

Sauf que la démarche a été critiquée par le commissaire Bobiokono. Il indique que « la Commission doit mener des enquêtes, pas se livrer à un exercice de communication », d’après le document signé de sieur Mouangue Kobila. Le quatrième grief porte sur la critique faite par sieur Bobiokono sur la vidéo qui met en scène une dame accusée de trahison, avant son assassinat sauvage.

On découvre dans la lettre du président que le commissaire estime que celui qui filme devait amener la victime à l’hôpital ; et que ce comportement ne saurait cependant mettre « en cause ceux qu’on nomme les terroristes ambazoniens ».Un commentaire du commissaire du 06 Août 2020 qui fustige la confusion qui existe désormais entre les juges et « les fantassins » dans le fait de rendre justice, ce, à la lecture de la loi anti-terrorisme au Cameroun, divise également le président et le commissaire.

Le président intérimaire est en outre étonné de l’attitude du commissaire Bobiokono lorsque ce dernier critique la descente sur le terrain de la représentante de l’antenne régionale du Sud de la Cndhl. Celle-ci y a supervisé l’application de l’acte présidentiel du 15 avril 2020 portant commutation et remise de peines. Pour sieur Bobiokono, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un « manque de coordination de la Commission qui se contente désormais des coups d’éclats isolés ou d’intrigues mesquines et infantiles pour entretenir l’illusion sur son utilité », car l’opération aurait dû toucher l’ensemble du pays. Cette réponse est donnée le 29 septembre, date de mise à l’écart du commissaire dans les groupes WhatsApp de la Cndhl.

Pour clore le chapitre des récriminations, le président met en avant le fait pour le commissaire Bobiokono d’avoir « apostrophé » madame le chef d’antenne régionale du Sud en rapport avec sa mission dans le Sud.

Au final, le président James Mouangue Kobila constate que « ces propos contreviennent à l’obligation de réservé et de probité qui incombe à tout membre de la Cndhl » d’autant plus que le texte instituant la Commission pose que « le président représente la Cndhi dans tous les actes de la vie civile et en justice », soutient le président intérimaire.


Christophe Bobiokono

Le commissaire Christophe Bobiokono assume effectivement ces déclarations. Sauf que « mes propos ont été totalement sorties de leur contexte », argue le journaliste, membre de la Cndhl. Le directeur de publication de l’hebdomadaire Kalara n’a pas voulu entrer dans les détails des échanges des plateformes WhatsApp de la Cndhl. Il tient néanmoins à souligner que la lettre du 29 septembre 2020 est « un acte unilatéral du président de la Cndhl » qu’il a lui-même découvert au soir de sa publication, et non une décision collégiale comme cela doit l’être.

Bien plus, le commissaire représentant des médias privés au sein de la Commission ajoute que le président intérimaire a refusé que ce point soit inscrit à l’ordre du jour de la réunion de coordination des sous-commissions du 30 septembre, démontrant par la même occasion que celui-ci « n’est pas capable d’assurer le travail collégial de la Cndhl ». D’après le commissaire Bobiokono, la Cndhl doit se saisir de « cette sanction » si s’en est une.

A la question de savoir ce qu’il reproche concrètement au président par intérim, le commissaire Bobiokono fait « simplement » remarquer que le Pr Mouangue Kobila se refuse au travail collégial ; qu’il est coutumier de ce comportement. D’ailleurs, avant d’intégrer la Cndhl, le président s’est illustré de la même manière ailleurs, notamment du temps de la normalisation «Joseph Owona » à la fédération camerounaise de football (Fecafoot), soutient-il.

Pour ce qui est du manque de réserve et de probité contesté par le président intérimaire, M. Bobiokono indique que ses actes sont conformes aux intérêts de la commission nationale des droits de l’homme et des libertés (Cndhl).

Malaise à la Cndhl

En réalité, la Cndhl allait déjà mal bien avant le décès de son précédent manager dont le mandat n’a pas été de tout repos. Sauf que « maintenant, c’est pire », soutient une commissaire qui a requis l’anonymat comme plusieurs commissaires. Elle dénonce « la gestion autocratique » du président intérimaire de l’institution chargée des questions de droits de l’homme au Cameroun. On apprend également d’un autre commissaire que le management de sieur Mouangué Kobila est fortement critiqué. « Le président Mouangue se comporte comme si nous étions encore du temps de la gestapo ».

L’autre point de discorde, c’est le fait pour le président de rompre la chaîne de production des actes publics de la Commission, par exemple dans la production des communiqués qui engagent publiquement la Commission. Le Pr Mouangue Kobila est accusé de ne pas porter les projets de communiqué à l’attention des autres membres pour amendements. La commission a assisté « impuissante » à la rédaction en retard de la version en anglais de certains. Ce fait courrouce les membres de la Cndhl d’expression anglaise, provoquant au passage des émules, affirme-t-on à la Commission.

L’un des commissaires va même plus loin lorsqu’il constate avec étonnement que seul le commissaire Bobiokono est pris à partie, alors même que d’autres sont plus « virulents », lui dont l’opposition n’entache en rien l’image de l’Etat et de la Commission.

Pour finir, toutes ces personnes estiment que le président par intérim met en difficulté la Cndhl. « C’est la première fois par exemple qu’une réunion mensuelle, coordination des présidents et rapporteurs des commissions et sous-commissions (30 septembre) ne s’achève pas », s’étonnent-ils parce que le président a refusé d’inscrire à l’ordre du jour le débat relatif à la note produite un jour plutôt C’est « inédit », renchérit un représentant de parti politique membre de la commission ; et que « le président empêche les personnels d’avoir accès à la salle de conférence de la Cndhl», dit-on ici.

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