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General News of Friday, 9 October 2020

Source: www.camerounweb.com

Collaboration entre Fru Ndi et Paul Biya : JEUNE AFRIQUE déballe tout

Le magazine panafricain Jeune Afrique vient de publier sur son site internet un article qui évoque les relations entre Paul Biya et le président du SDP Fru Ndi. Les deux personnes auraient entretenu pendant un bon moment des relations de collaboration qui se sont détériorées depuis quelques semaines. Le journal annonce le retour prochain au Cameroun de l’opposant historique.


Bientôt de retour au Cameroun, John Fru Ndi, le fondateur du Social Democratic Front, a annoncé que son parti allait boycotter les élections régionales. La fin de sa politique de « collaboration institutionnelle » avec le régime ?

Fin octobre, John Fru Ndi sera de retour au Cameroun après six mois passés aux États-Unis. Le fondateur du Social Democratic Front (SDF) avait prévu de retourner dans son pays en juillet dernier, mais les restrictions du transport aérien dues au Covid-19 ont contrarié ses projets. C’est donc depuis Atlanta, en Géorgie, où est établie sa fille Tina, qu’il a annoncé que son parti ne prendrait pas part aux élections régionales prévues le 6 décembre prochain.

Selon nos informations, l’opposant a peu apprécié qu’en vue du scrutin, le président Paul Biya ait convoqué le 7 septembre dernier le corps électoral, composé notamment de conseillers municipaux, alors que le contentieux lié aux élections municipales du 9 février dernier n’avait pas encore été définitivement tranché par la chambre administrative de la Cour suprême.

Le vice-président du SDF, Joshua Osih, a eu beau clamer qu’il s’agissait d’une « entorse à la loi », le palais n’a pas osé revenir sur le décret portant convocation du corps électoral.

« Retour aux fondamentaux »
Quelques jours plus tard, le 23 septembre, la chambre administrative de la Cour suprême a finalement rejeté la plupart des recours déposés par le SDF pour vice de procédure. Ce fut le coup de trop, qui a poussé l’opposant historique à appeler au boycott des régionales.

Mis à jour le 09 octobre 2020 à 10h13
Le fondateur du SDF, John Fru Ndi, à Bamenda, en février 2018.
Bientôt de retour au Cameroun, John Fru Ndi, le fondateur du Social Democratic Front, a annoncé que son parti allait boycotter les élections régionales. La fin de sa politique de « collaboration institutionnelle » avec le régime ?

Fin octobre, John Fru Ndi sera de retour au Cameroun après six mois passés aux États-Unis. Le fondateur du Social Democratic Front (SDF) avait prévu de retourner dans son pays en juillet dernier, mais les restrictions du transport aérien dues au Covid-19 ont contrarié ses projets. C’est donc depuis Atlanta, en Géorgie, où est établie sa fille Tina, qu’il a annoncé que son parti ne prendrait pas part aux élections régionales prévues le 6 décembre prochain.

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Selon nos informations, l’opposant a peu apprécié qu’en vue du scrutin, le président Paul Biya ait convoqué le 7 septembre dernier le corps électoral, composé notamment de conseillers municipaux, alors que le contentieux lié aux élections municipales du 9 février dernier n’avait pas encore été définitivement tranché par la chambre administrative de la Cour suprême.

Le vice-président du SDF, Joshua Osih, a eu beau clamer qu’il s’agissait d’une « entorse à la loi », le palais n’a pas osé revenir sur le décret portant convocation du corps électoral.

« Retour aux fondamentaux »
Quelques jours plus tard, le 23 septembre, la chambre administrative de la Cour suprême a finalement rejeté la plupart des recours déposés par le SDF pour vice de procédure. Ce fut le coup de trop, qui a poussé l’opposant historique à appeler au boycott des régionales.

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Cette décision annonce-t-elle un changement de la ligne dite de la « collaboration institutionnelle » que le SDF observe depuis une dizaine d’années ? « Sans aucun doute », estime Jean Michel Nintcheu, député de Douala et président régional du parti pour la région du Littoral. Pour lui, le message du « chairman » est on ne peut plus clair : SDF is back.

« John Fru Ndi a raison de revenir à nos fondamentaux, c’est-à-dire à l’opposition frontale au RDPC [Rassemblement démocratique du peuple camerounais ], un parti-État qui est allergique à toute réforme du code électoral alors qu’il est à la fois juge et partie dans le processus, explique-t-il. Notre positionnement actuel nous a aliéné une partie de nos militants, qui nous perçoivent désormais comme un allié du pouvoir. »

Pris pour cible
Circonstances aggravantes, le fondateur du SDF a vu sa maison de Bamenda mitraillée en 2018. Il est désormais obligé de la faire protéger par des gendarmes francophones – un comble pour le leader politique de la communauté anglophone. Depuis, l’opposant a été victime de deux kidnappings orchestrés en avril et juin 2019 par les Ambazonia Defense Forces, qui l’enjoignaient de retirer des institutions les députés, sénateurs et élus municipaux SDF pour signifier le ralliement du parti à la cause sécessionniste. Le septuagénaire fut frappé et traîné au sol tandis que son garde du corps, blessé par balles, faillit perdre la vie.

LES GROUPES ARMÉS LEUR REPROCHENT DE TRAHIR LA CAUSE COMMUNE

Situé à Wum (Nord-Ouest), le ranch de ce politicien passionné d’agriculture est aujourd’hui encore occupé par des groupes armés séparatistes qui ont pris possession de la quasi-totalité de son élevage bovin (plus de 1000 têtes de bétail). Pris pour cible par les groupes armés leur reprochant de trahir la cause commune, Fru Ndi et la plupart des élus SDF du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont été chassés de leurs villages.

En perte de vitesse
Mais le cauchemar du « parti des anglos » fait des heureux au sein du RDPC, peu sensible aux déboires de ce rival devenu si peu compétitif. Le parti au pouvoir n’a pas hésité à investir le fief historique du SDF pour obtenir, à l’issue des législatives de février dernier, les 13 sièges de députés mis en jeu dans les régions en guerre du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Dans cette nouvelle législature, au sein de laquelle le RDPC compte 152 sièges sur 180, le SDF ne revendique plus que 5 élus, contre 18 lors de la précédente mandature. C’est moins que l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), qui est devenue le premier parti d’opposition à l’Assemblée nationale, avec 7 sièges.

LE MRC DE MAURICE KAMTO PROFITE DE NOTRE APATHIE

Très présent sur la scène médiatique même s’il a boycotté les dernières législatives, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto « profite de notre apathie pour prendre notre place auprès de notre base orpheline », poursuit Nintcheu. Ce vibrion au tempérament volcanique n’a jamais caché sa préférence pour la méthode forte.

Ces dernières années, il a eu les mains liées à cause du désir exprimé par ses amis politiques d’accompagner le RDPC dans une opposition conviviale. S’éloignant de la radicalité qui fit sa stature, Fru Ndi a préféré la ligne modérée prônée par Joshua Osih, le premier vice-président, homme d’affaires et de consensus, politicien madré et négociateur anglophone au français fluide, qui se meut à Yaoundé avec autant d’aisance qu’un poisson dans le Mfoundi.

Mais cette stratégie a montré des limites. Investi candidat du SDF à l’élection présidentielle de 2018, Joshua Osih s’est classé en quatrième position derrière Paul Biya, Maurice Kamto et Cabral Libii. Il n’a néanmoins rien perdu de sa bonhommie proverbiale.

Base radicale
Amis à la ville, Nintcheu et Osih sont diamétralement opposés dans la conduite des affaires du parti. « J’avais déconseillé à Osih de se rendre à la cérémonie d’investiture de Paul Biya. Il ne m’a pas écouté, regrette Nintcheu. Il a reconnu l’élection du même Biya, sans prêter l’oreille à mes conseils. »

Lui n’a jamais caché son soutien à Maurice Kamto, figure du radicalisme anti-Biya et nouveau porte-étendard du « peuple du changement ». Si le SDF l’avait suivi, il n’aurait pas pris part aux législatives et aux municipales, à l’instar du MRC, dont le boycott couplé de février dernier a entaché le processus et suscité un regain de tensions. Nintcheu en est certain, la base du parti est restée radicale. « Quand on a essayé une méthode qui ne marche pas, il faut changer radicalement d’approche », préconise-t-il.

Ces divergences n’empêchent pas les deux députés de Douala de se retrouver les soirs de session parlementaire au cabaret Boukarou Lounge de Yaoundé, où il arrive à Nintcheu de monter sur scène pour jouer de la guitare. Ces deux cadres se sont imposés au crépuscule du vieil opposant Fru Ndi, aujourd’hui âgé de 79 ans, avec l’ambition de succéder à un mentor miné par des ennuis de santé et ébranlé par la crise anglophone.

En attendant, l’heure de l’aggiornamento a peut-être sonné pour le SDF alors que, dans la perspective de l’après-Biya, le MRC a pris une avance considérable. Entre collaboration avec le régime et opposition frontale, le parti historique de l’opposition va devoir trancher.

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