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Opinions of Thursday, 29 July 2021

Auteur: Charles Mongue-Mouyeme

Charles Mongue-Mouyeme appelle Marie Claire Nnana à plus de responsabilité

Je suis, de vous expédier ces quelques conseils. Je suis, de vous expédier ces quelques conseils.

Dans une tribune publiée dans le quotidien Le Messager du 17 juillet dernier, Charles Mongue-Mouyeme écrit à la directrice de publication du quotidien national Cameroon Tribune. Avec des mots emprunts de mesures, l’observateur interpelle Marie Claire Nnana sur sa gestion et sa responsabilité en tant que principale manageur du plus grand quotidien camerounais. Il ne manque pas de lui donner une série de conseil pour que le quotidien national se porte plus bien. Lire en intégralité la sortie que vous propose Camerounweb.com.

Lettre ouverte à Marie Claire Nnana


Madame,

Je ne sais pas si vous lisez « Le Messager » qui est de ces journaux qui font partie de ce que certaines personnes appellent avec un dédain idiot « une certaine presse », mais dans tous les cas quelqu’un vous dira qu’il y a votre nom dans ce journal, et vous le lirez forcément.

S’il m’est venu l’envie de vous écrire, c’est que j’ai noté comme une unanimité sur votre personne après votre nomination à la tête de la Sopecam. Vos confrères de Cameroon Tribune et ceux de la presse privée se sont tous accordés pour vanter vos mérites, ce qui est assez rare pour ne pas être remarqué. Or, je sais que dans notre pays on n’aime pas les gens dont on vante la compétence, et j’ai peur pour vous. Alors je me suis permis, simple citoyen que je suis, de vous expédier ces quelques conseils.

1- APPRENEZ A DEVENIR UNE BONNE GESTIONNAIRE

En tant que journaliste, d’après ce que j’ai lu, vous avez démontré votre savoir-faire. Et c’est au regard de votre grande carrière dans ce domaine qu’on vous a confié la direction de la Sopecam. Or, la Sopecam n’est pas seulement un journal, mais bien une entreprise dont la gestion appelle d’autres talents que ceux de journaliste. La gestion des ressources humaines, les finances, la comptabilité, le marketing, la fonction technique, vous devez avoir désormais un regard sur tout cela si vous voulez réussir dans votre mission. Et vous ne pouvez pas, au moment où on vous nomme soudainement, savoir-faire tout cela.

Armez-vous donc d’humilité, de courage, d’endurance, et de beaucoup de curiosité pour vous remettre carrément à l’école. Apprenez à gérer, dévorez les livres qui l’enseignent, rapprochez-vous de vos bons amis qui en savent un bout, écoutez beaucoup. Sinon vos collaborateurs qui s’occupent des secteurs de l’entreprise dans lesquels vous n’avez aucune expertise vont vous faire avaler des tonnes de couleuvres, et on dira plus tard que la bonne journaliste a été une piètre gestionnaire.

Vous savez, à force de mettre des gestionnaires qui n’ont pas voulu apprendre à la tête de nos entreprises étatiques, on a vu ce qui est arrivé aux SOTUC, SONEL, SNEC, REGIFERCAM, etc. Ne soyez pas la prochaine sur la liste.

2- VOUS NE DEVEZ VOTRE NOMINATION A PERSONNE

Je sais qu’on a dû vous claironner que c’est grâce à la magnanimité du Prince que vous vous retrouvez là, mais n’en croyez pas un mot. S’il vous a nommée, c’est parce qu’il pense que vous êtes capable de produire de bons résultats. C’est vos parents qui vous ont envoyée à l’école, et c’est votre intelligence qui vous a permis de réussir dans vos études. Alors, que votre ministre de tutelle (qui brille par un excès de zèle), ne vous fasse vouer un culte à personne sous prétexte que vous devez être reconnaissante. Une nomination n’est pas un cadeau, au contraire ! Si vous tombez dans ce piège tendu à tous les hauts responsables de notre pays, alors vous êtes perdue. Vous ne serez qu’une marionnette qu’on actionnera quand on veut, comme on veut. Et vous allez recruter n’importe quel cancre qui se présentera avec une recommandation de la « haute hiérarchie », vous allez déséquilibrer votre trésorerie pour financer des missions des partis « proches du pouvoir », et au finish, on vous écartera sans remords, pour répondre aux normes du FMI.

Le CREDIT AGRICOLE, la SCB, la CNPS, etc., toutes ces structures ont connu ces travers, et nous connaissons tous la suite.

3- ATTENTION, LA MANGEOIRE EST GLISSANTE !

Vous êtes Dg, et en tant que tel, vous devez octroyer des marchés, et tout le monde vous dira que c’est dans ces marchés que tous les Dg s’enrichissent. Les assureurs, les fournisseurs de papier, les fournisseurs en général, tous vous proposeront des dessous de table pour « gagner des marchés ». Seulement, faites attention, car certains d’entre eux seront des « indics » dont le but est de constituer un mauvais dossier sur vous pour vous faire du chantage le moment venu. Ne vous y trompez pas, tous les patrons qui s’engagent dans la politique du côté « qui gagne » notamment, ne le font pas de gaieté de cœur : on les tient. S’ils refusent, on leur sort le dossier de leurs forfaitures avec les marchés, les impôts, ou la douane, et comme ils ne veulent pas se retrouver locataires de Kodengui…

Donc si vous voulez absolument « manger », faites comme les inspecteurs de douanes : ils ne prennent jamais l’argent des mains des usagers, car ils ont toujours un « démarcheur » qui fait le boulot. Comme ça, il n’y a pas de preuves.

Mais à quoi bon se compliquer l’existence ? Un Dg c’est quand même bien payé, non ?

4- ABSTENEZ-VOUS DE FAIRE DE LA POLITIQUE
Dans notre pays, il y a une idée très répandue selon laquelle le poste de Dg c’est pour faire de la politique : faux ! Et qui s’occupe de la gestion ? Si vous le faites, alors vos subalternes vont tuer l’entreprise, et c’est vous qui porterez le chapeau. D’ailleurs, l’un de vos prédécesseurs s’y est lancé, et aujourd’hui il erre comme une âme en peine dans les arcanes du pouvoir, ne sachant plus s’il est journaliste ou homme politique, et vous imaginez les rires sous cape qu’il suscite. Même si vous étiez dedans, mettez-vous en congé (comme Christian Wanguè, « journaliste en congé »), et occupez-vous de près de la gestion de la Sopecam. Il ne faut pas confondre politique de l’entreprise et politique politicienne.

5- DISCIPLINEZ VOTRE FAMILLE

Et par extension vos amis et connaissances. Car c’est eux qui vous poussent souvent à la faute du fait qu’ils veulent tirer profit de votre nomination. Ils se disent que « leurs vies vont changer » parce que « leur sœur est nommée », et pour ne pas décevoir leurs attentes, vous puisez dans l’entreprise. Vous financez toutes les fêtes familiales, vous sponsorisez toutes les associations du village, vous distribuez les bons d’essence à tour de bras. D’autre part, vous faites tout pour vous construire un château, afin d’éviter, quand vient votre chute, les quolibets de la famille : « elle était Dg à la Sopecam, elle n’a rien fait avec ça, même pas une cabane ». Gardez la tête froide, et expliquez à tout le monde que vous n’êtes qu’une salariée qui a des moyens limités. Sachez que si vous piquez dans la caisse et qu’on vous expédie en prison, ce sont ces proches qui se moqueront le plus de vous.

6- MEFIEZ-VOUS DES SECTES

Certaines personnes vont vous prospecter bientôt en vous tenant à peu près ce langage : « vous savez, quand vous atteignez des fonctions aussi hautes, il vous faut un plus, vous devez appartenir à certains cercles pour être en contact avec les décideurs ». N’en faites rien, madame. On veut nous faire croire dans ce pays qu’on ne réussit plus socialement sans appartenir à ces cercles diaboliques. En fait, les gens qui en font partie en sont devenus des prisonniers, et comme on dit au quartier, « ils ne veulent pas mourir seuls ». Si elles se font trop pressantes, voyez Donny Elwood, c’est un pygmée, et il vous conduira chez un bon marabout de chez nous pour vous « blinder ». Et ne jouez pas à l’intello en disant que vous n’allez pas chez les marabouts. Ceux qui le disent le plus sont des hypocrites, car ils y élisent carrément domicile.

7- TRANSFORMEZ-NOUS CAMEROON TRIBUNE !

Notre grand quotidien national, malgré de gros moyens, des journalistes diplômés, et des effectifs élevés, est vraiment pauvre. Vous étiez directeur de la rédaction, et vous le savez certainement, mais je devine que votre ex-patron qui est un ami de votre ministre de tutelle vous « constipait » avec ce barbarisme qu’ils appellent « ligne éditoriale ». Vous avez fait vos études de journalisme en France, et vous savez très bien que cela ne veut absolument rien dire.

Dites à vos journalistes d’avoir de la personnalité, de nous informer sur ce qui se passe dans notre pays, sans s’arroger de façon prétentieuse, comme les « grands reporters » de la CRTV, le rôle de donneurs de leçons au peuple, et de préservateurs de la paix sociale. Dites-leur de ne pas se fatiguer à vous encenser (comme Jean-Lambert NANG et Abed Nego MESSANG qui déifient leur Dg pour les avoir envoyés à la coupe du monde, alors qu’il n’a fait que son travail). On ne vous dit pas de caricaturer le chef de l’Etat comme la presse privée, mais ne restez pas dans la bêtise de vanter jusqu’aux bourdes de ceux qui gouvernent. A défaut d’être critique à l’endroit des dirigeants du pays, il vaut mieux se taire que de vendre son âme pour préserver une pauvre carrière.

Donnez-nous de bonnes raisons de débourser 300 FCFA chaque jour pour vous lire, en ne nous servant pas uniquement des tournées de sous-préfets, des séminaires bidons, des éditoriaux fades. Ne soyez pas des relais de la pensée occidentale en nous diffusant des dépêches des agences de presse étrangères, sans les analyser avec le regard africain, camerounais. Laissez éclater votre talent, car vous en avez certainement à Cameroon Tribune (Patrice Etoundi Mballa par exemple).

En terminant cette lettre, je vous prierai de m’excuser si je vous ai semblé impertinent, mais je pense qu’il est temps, après la sortie médiatique du président de la république du 23 juin 2002, que la compétence prenne véritablement le dessus au Cameroun. Il s’agit de prendre le chef de l’Etat au mot. Et la Sopecam, par la force des choses, est au centre de ce changement escompté.

P.S. : les conseils donnés ici ne sont pas protégés. Les autres Dg peuvent donc en user sans risques de poursuite.

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