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General News of Friday, 30 April 2021

Source: www.camerounweb.com

Ces opposants Gabonais assassinés

L’archiviste Arol KETCH revient sur l’histoire politique du Gabon depuis l’indépendance en mettant en avant les cas des opposants gabonais tués à cause de leur conviction politique.
Depuis les indépendances, pour se maintenir au pouvoir, le régime en place au Gabon a choisi la méthode radicale : l'élimination physique par tous les moyens des principaux opposants.

Tous les moyens sont bons pour assassiner les principaux opposants au pouvoir en place au Gabon : recrutement de mercenaires, empoisonnement, attaques mystiques , tortures etc.
Il fut un temps au Gabon, un vrai opposant était un opposant en prison ou au cimetière.

Voici quelques cas d’opposants farouches gabonais qui ont été tout simplement éliminés parce qu’ils lorgnaient le fauteuil présidentiel:

- Germain MBA

Né en 1932 au Gabon, Germain M’Ba était un intellectuel, diplomate et homme politique gabonais farouchement opposé aux régimes de Léon Mba et d’Omar Bongo par la suite.

Brillant étudiant, il est diplômé de l’Institut d'études politiques de Paris, de la faculté de droit de Paris et de l’École nationale des douanes et de législation financière de Neuilly.
Il cumule les diplômes et est sur tous les fronts pour mener ses combats. Il est l’un des fondateurs du Mouvement gabonais d'action populaire.

Après le coup d’Etat manqué contre Léon Mba, il sera nommé ministre de l’intérieur par Jean-Hilaire Aubame mais cela sera de courte durée puisque la France va remettre Léon Mba au pouvoir.
Germain Mba entre dans la clandestinité et fonde à Alger en mai 1964 le Mouvement national de la révolution gabonaise (MNRG).

Omar Bongo accède à la présidence de la République gabonaise le 28 novembre 1967, à la mort de Léon Mba. Soucieux d’avoir tous ses rivaux sous son contrôle, Omar Bongo décide de les faire retourner au Gabon. C’est ainsi que Germain Mba retourne au Gabon.

Omar Bongo se méfie de ce jeune intellectuel possédant un vaste carnet d’adresses ; il le voit comme un potentiel ennemi ; il faut l’éliminer: « C’est un marxiste qui veut ma place » lâche t-il.
Omar Bongo confie la sale besogne au mercenaire français Bob Denard.

Le 17 septembre 1971 alors qu'il se trouve en visite à Libreville, le diplomate Germain M’Ba est assassiné en pleine rue de Libreville par deux mercenaires blancs qui l’abattent à coups de pistolet et emportent son corps. Son corps ne sera jamais retrouvé. Il est assassiné sous les yeux de sa femme et sa fille qui elles seront grièvement blessées.

- Joseph Rendjambé

Joseph Rendjambé est un homme politique gabonais, secrétaire général du Parti gabonais du progrès (PGP), il était un farouche opposant à Omar Bongo à la fin des années 80 et au début des années 90. Il s’était surtout illustré pendant la Conférence Nationale au cours de laquelle il détourna stratégiquement l'enjeu en exigeant et obtenant le multipartisme immédiat. Il humilia proprement le régime Bongo.

En mai 1990, Joseph Rendjambé est assassiné dans un hôtel à Libreville. Les gabonais considèrent qu’il a été abattu par le régime en place et descendent massivement dans les rues pour réclamer justice et le départ du Président Omar Bongo.

L’hôtel Dowé dans lequel a été assassiné l’opposant est incendié et mis à sac, à Port-Gentil base de la société pétrolière ELF, c’est l’émeute générale. Malgré l'instauration d'un couvre-feu, les manifestants continuent à défiler dans les rues et réclament le départ du président de la République Omar Bongo.

Les manifestations sont telles qu’Omar BONGO est sur le départ. Il déclenche ses réseaux françafricains et la France intervient pour le maintenir au pouvoir. Les militaires français débarquent pour sécuriser les quartiers. Tout rentre dans l’ordre. Bongo est sauvé par la France.
En effet, la France a besoin de stabilité pour bénéficier de l’exploitation du Pétrole Gabonais. Depuis l’indépendance de l'Algérie, le Gabon était le principal fournisseur de la France.

- Ndouna Depénaud

Ndouna Dépénaud était un enseignant, un écrivain, poète, dramaturge gabonais.
Selon Pierre Péan, il avait épousé de manière coutumière en premières noces Joséphine Kama alias Patience Dabany, la future femme du Président Bongo . Bien que marié au Président de la République, Joséphine n’avait pas oublié cet amour de jeunesse; Omar Bongo voyait d’un mauvais œil cette ancienne relation d’autant plus qu’il accusait même Ndouna Dépénaud d’être opposant.

Ndouna Dépénaud est assassiné devant son domicile du quartier Akébé à Libreville par trois éléments de la garde présidentielle le 17 juillet 1977. Les circonstances de sa mort n’ont jamais été élucidées mais on parle de crime passionnel; il aurait touché à la femme du Président BONGO et celui-ci n’aurait pas apprécié.

En effet, les tourtereaux continuaient à se fréquenter en cachette. Furieux après avoir découvert le pot aux roses, le Président Bongo a exigé à sa garde l’éliminer Ndouna Depénaud.
Il laisse une veuve et six enfants.

- Doukakas Nziengui

Doukakas Nziengui est un opposant, membre fondateur d’un parti d’opposition ( Union du peuple gabonais (UPG)) sous l’ère du parti unique. En 1989, il fut arrêté pour une tentative imaginaire de coup d’Etat et enfermé à la prison centrale de Libreville où il trouva la mort dans des conditions mystérieuses. En effet, il fut torturé à mort. Les circonstances de son décès demeurent non élucidées.

Plusieurs membres de sa famille et des proches vont également être arrêtés arbitrairement, forcés ainsi à l’exil.

[[Pour les deux derniers cas que je vais évoquer, on ne peut pas clairement parler d’assassinat mais leur trajectoire politique mérite notre attention.]]

- Jean-Hilaire Aubame

Jean-Hilaire Aubame était un opposant farouche à Léon Mba premier président du Gabon. En 1964, des militaires réalisent un putsch et décident de le porter à la tête du pays alors qu’il n’avait même pas souhaité le putsch.

Jugeant ses intérêts menacés par ce putsch, la France intervient pour porter Léon Mba le président déchu à la tête de l’Etat. Jean-Hilaire Aubame est jugé et inculpé pour Coup d’Etat. Il est condamné à l’issue de ce procès à 10 ans de travaux forcés et 10 ans d’interdiction de séjour.

En prison, ses geôliers ont reçu l’ordre de le tabasser à mort. Il est tabassé chaque jour mais va survivre. Plusieurs putschistes seront tout simplement assassinés.

Lorsqu’Omar Bongo arrive au pouvoir, il le libère et Aubame décide d’aller en exil en France. Après plusieurs années d’exil en France, Omar Bongo lui demande de rentrer au pays pour pouvoir mieux contrôler ses faits et gestes. Il rentre au bercail et le 12 décembre 1984 sa maison est victime d’un attentat organisé par les milices gouvernementales. Aubame et sa famille s’en sortent in extremis. Aubame meurt finalement de sa belle mort le 16 août 1989.

- André Mba Obame

André Mba Obame était un homme politique Gabonais qui a longtemps été le protégé d’Omar Bongo Ondimba. Il fut pendant cinq ans le très puissant ministre de l’Intérieur d’Omar Bongo Ondimba, jusqu’au décès de ce dernier en juin 2009. Il était aussi un ami intime d’Ali Bongo qu’il considérait comme son jumeau.

A la mort d’Omar Bongo, André Mba Obame décide de prendre la tête de l’opposition à Ali Bongo Ondimba, en 2009. Son amitié avec Ali Bongo Ondimba, alors ministre de la Défense est rompu et les deux frères d’hier deviennent des ennemis. Ils s'affrontent lors de l’élection présidentielle. Ali Bongo est déclaré officiellement vainqueur. Mais le documentaire Françafrique de Patrick Benquet diffusé sur France 2 en 2010 révèle que André Mba Obame aurait gagné l’élection présidentielle de 2009 avec 42 % des voix contre 37 % pour Ali Bongo Ondimba. La France a fait inverser les résultats pour assurer la continuité des Bongo au pouvoir.

La rivalité entre les deux hommes va depuis lors rythmer la vie politique gabonaise jusqu’à l’éloignement de Mba Obame pour des raisons de santé. André Mba Obame dit alors avoir été victime d’attaques mystiques : « J'ai été à plusieurs reprises dans un état de coma avec une paralysie presque totale et des difficultés d'élocution. Ça ressemble à un AVC mais il n'y pas de traces d'AVC au niveau du cerveau », avait-il déclaré dans une interview à l'AFP.

Il meurt le 12 avril 2015 à Yaoundé, dernière étape vers l'Afrique du Sud, où il devait se rendre pour poursuivre sa thérapie.

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