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General News of Thursday, 22 April 2021

Source: Aurore Plus n°2165

Carte nationale d’identité : lenteurs inexplicables et incompréhensibles

Les Camerounais continuent d’attendre des mois voire des années pour.rentrer en possession de cette pièce d’identité officielle dont on disait pourtant la production désormais modernisée.

La police nationale est devenue malheureusement l’autre grande muette, à côté de l’armée qui revendique naturellement ce statut. Donc personne pour expliquer la lenteur incroyable qui caractérise le processus de production d’une nouvelle carte nationale d’identité (CNI), une pièce officielle – habituellement banale – qui est devenue une perle rare au Cameroun.

En cette fin du mois d’avril, les postes d’identification dans la ville de Yaoundé ne désemplissent pas, entre ceux qui viennent dans l’espoir de troquer leur CNI arrivée à expiration contre une nouvelle, et ceux qui ont déjà accompli cette première formalité de dépôt de demande de carte d’identité devenue un véritable parcours du combattant.



Au commissariat central numéro 1 de la capitale situé à l’arrière cour de l’immeuble T Bella, des dizaines d’usagers attendent debout dans la cour exigée et sous le soleil, que l’agent de police posté à l’entrée les fasse entrer par vagues successives. Le port du cache-nez est de rigueur. Ensuite, on dévale les escaliers et on tombe immédiatement devant la porte 11, celle qui abrite le poste d’identification ici, dans ce vieux bâtiment colonial aux murs défraichis et aux odeurs nauséabondes qui sert depuis des lustres de local au commissariat central numéro 1 de Yaoundé. Le chantier d’un nouveau bâtiment de trois niveaux qui jouxte les vieux bureaux actuels est à l’arrêt depuis l’an dernier.


Une policière habillée en civil, Mme Fokou comme certains l’appellent, est postée devant une caisse en bois à cavités multiples qui a des allures de caisse d’un vendeur de cigarettes dans la rue. Des centaines et des centaines de nouvelles CNI dites informatisées sont rangées là, par lots attachés à l’aide d’une petite fronde rouge et apparemment classées par ordre alphabétique. Les policière sont rivés sur un lot de cartes informatisées qu’elle fait défiler .entre les doigts, à la recherche de celle qui pourrait appartenir à l’usager qui vient de lui brandir son récépissé de dépôt.



Débordée, elle n’a même pas le temps de .répondre aux bonjours de nouveaux usagers qui défilent dans la pièce encombrée, étant par ailleurs perturbée par des collègues policiers qui viennent farfouiller dans la fameuse caisse contenant des CNI attachées à l’élastique, à la recherche d’une pièce pour leurs proches. Un vieux papa, qui se dit très malade et es parti de très loin, a attendu en vain pendant depuis six mois.

Un monsieur en costume, la soixantaine sonnante, lui-même fonctionnaire de police à la retraite, ne cesse de se lamenter à côté, debout et les traits tirés : «La carte d’identité est déjà devenue quoi comme ça ? Deux ans que j’attends ?» Son récépissé de dépôt de demande d’une nouvelle CNI date en effet de fin 2019 ! Comme le vieux papa malade, on va seulement lui renouveler la validité dudit récépissé, et qu’il prenne la porte de sortie en maugréant n’aura pas plus que ça d’effet.

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Ainsi va l’univers kafkaïen du circuit de délivrance des nouvelles cartes d’identité. Beaucoup d’appelés et très peu d’élus. Et l’on se demande, sans pouvoir avoir la moindre réponse, le pourquoi de cette incroyable élasticité dans la production des nouvelles CNI. La Délégation Générale à la sûreté nationale (DGSN) est embourbée dans cette inertie depuis au mois deux décennies. Ses patrons changent mais rien ne change sur le terrain de la délivrance des cartes d’identité aux Camerounais. Un centre de production des nouvelles CNI a pourtant été spécialement ouvert au quartier Mvan à Yaoundé.

Quant à l’informatisation tant chantée, on se rend compte qu’il s’agit d’un leurre : la fouille des cartes déjà imprimées se fait par exemple encore à la main, comme on l’a vu, alors qu’un fichier électronique à jour permettrait de dire à l’usager en un petit clic si sa carte est déjà produite. On a cru avec l’arrivée en août 2010 d’un vieux policier de métier à la tête de la DGSN, Martin Mbarga Nguelé, que les choses allaient enfin bouger, d’autant qu’il se murmurait qu’il aurait pris langue avec un opérateur de fabrication des pièces sécurisées basé en Espagne, le pays d’où il venait en tant qu’ambassadeur du Cameroun en poste à Madrid.


Mais l’autre rumeur indiquait que le groupe français Thalès, qui veut maintenir la mainmise sur le juteux marché de fabrication des CNI camerounaises, a fait du lobbying pour faire échec à la piste espagnole. Toujours est-il que ce sont les usagers qui continuent à trinquer face aux lenteurs de délivrance de la CNI.

Et pourtant, au cours d’un point de presse donné en janvier dernier à Yaoundé, le secrétaire général de la police, Dominique Baya, parlant au nom de son patron le DGSN, avait donné des assurances que les problèmes techniques qui avaient ralenti la production l’année d’avant étaient résolus et que la machine devait être relancée «dans les prochaines semaines», au rythme de 150 000 cartes produites par jour.

Le commissaire divisionnaire Baya indiquait par ailleurs que désormais les demandeurs (ceux n’ayant pas de problème de double ou de triple identité détecté par le nouveau système de sécurisation de l’identité camerounaise mis en place en 2016) n’auront même pas besoin de se déplacer pour avoir des nouvelles de leur CNI, pouvant être informés par messagerie électronique sur leur téléphone. Sur ce dernier point, force est de constater que c’est autre gros échec de la police camerounaise.

Six numéros whatsapp ont bien été communiqués aux usagers, et sont apparemment fonctionnels, mais il n’y a pas un seul demandeur de CNI qui vous dira avoir reçu une réponse via ce-canal. Au premier échange, vous recevez bien un message retour vous demandant copie.de votre récépissé ou le numéro de la pièce. Et puis, c’est le blackout. Jusqu’à ce que vous alliez être désillusionnés, en présentiel, dans l’un des 280 postes fixes et 50 postes mobiles d’identification ouverts par la DGSN sur l’ensemble du territoire national.

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