Vous-êtes ici: AccueilInfos2020 07 27Article 530443

General News of Monday, 27 July 2020

Source: www.camerounweb.com

Cannibalisme chez les Ekang: révélations d'un média français


Pandémie Coronavirus au Cameroun : Lisez toute l’actualité ici →

Ce dossier fait partie d'une série consacrée aux cannibales du monde entier. Il est réalisé par le journal français Le Point et publié en ligne pour la première fois le 04 août 2018.

Appartenant à l'ethnie bantoue, les Fang (ou m'fan) vivent principalement entre le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Gabon. Jusqu'au XIXe siècle, ils agrémentaient leur menu de chair humaine, tout bêtement pour se remplir la panse de bonnes protéines sans avoir à chasser. Il fallait n'y voir aucune raison rituelle ou religieuse. Comme la ménagère d'aujourd'hui va s'approvisionner chez son boucher, les Fang se rendaient chez leurs voisins pour acheter leurs cadavres. Sans toujours faire la fine bouche devant de la marchandise avariée par une maladie. Il faut dire qu'à l'époque, le règlement sanitaire était des plus succincts.



Pur caprice ?


Le premier à évoquer cette pratique est Paul du Chaillu. Né à La Réunion en 1831, d'un père français et d'une mère métisse, il s'improvise explorateur et naturaliste quoique n'ayant aucune formation scientifique en la matière. Il est, par exemple, le premier Occidental à décrire le gorille dans son milieu naturel. Gagnant sa vie comme conférencier aux États-Unis, longtemps il ne fut pas pris au sérieux. Surtout dans ses descriptions de cannibalisme, on l'accusait de forcer le trait. Mais aujourd'hui, ses travaux sont réhabilités. Dans son ouvrage Voyages et aventures dans l'Afrique équatoriale publié en1863, il écrit : « J'étais à causer avec le roi, lorsque des Fang apportèrent un corps mort qu'ils avaient acheté dans un village voisin et qu'il s'agissait de partager.


Je m'aperçus que cet homme était mort de quelque maladie. J'avoue que je ne pus rester là quand on se prépara à dépecer le corps. J'en fus malade. Je me retirai dès que l'infernale scène commença ; et de chez moi, je pus les entendre encore se quereller à propos du partage. » Ce qui surprend le plus du Chaillu, c'est la consommation de personnes mortes de maladie, « je n'avais jamais entendu parler ; je voulus donc savoir si c'était un usage généralement adopté chez les Fang, ou si ce n'était qu'un pur caprice. On me répondit là-dessus sans le moindre embarras. Ils achetaient indistinctement tous les morts de la tribu des Oshebas qui, eux, s'offraient ceux des Fang. Ils se faisaient céder aussi, dans les tribus de leur propre nation, les morts des autres familles : en outre, ils se procuraient les corps d'un grand nombre d'esclaves des Mbichos et des Mbondemos pour de l'ivoire, au prix d'une petite dent pour chaque corps. »

Il poursuit avec deux anecdotes scabreuses. « Jusqu'à ce jour, je n'avais jamais pu croire à deux faits qui sont authentiquement prouvés, mais qui paraissent impossibles à quiconque n'a pas une connaissance approfondie de ce peuple. C'est au Gabon qu'on me les a racontés. Une troupe de Fang qui était venue sur la côte, vola un jour un cadavre fraîchement enterré dans le cimetière, le fit cuire et le mangea.



Une autre fois, des gens de la même nation enlevèrent un autre cadavre qui fut transporté dans les bois ; ils en découpèrent la chair, la fumèrent, et l'emportèrent avec eux. Ces horribles actions firent grand bruit chez les Mpongwés ; et même les missionnaires en entendirent parler, car elles s'étaient passées dans un village qui n'était pas loin de leurs établissements ; mais jusqu'alors je m'étais refusé à y apporter foi, quoique, je le répète, elles soient constatées par des témoignages irrécusables. En définitive, les Fang paraissent être des espèces de goules avouées, pratiquant leur horrible coutume ouvertement, en plein jour, et sans rougir. J'ai vu chez eux des couteaux couverts de sang humain, auxquels leurs propriétaires attachaient un grand prix. »


Impressionner le lecteur



À sa parution, l'ouvrage de Paul du Chaillu provoque une vive réaction d'incrédulité qui lui fit rajouter, dans les éditions suivantes cette note : « Ces histoires paraissent si incroyables, et même le fait d'acheter et de manger les corps des peuplades voisines, usage encore en vigueur chez les Fang, et qui jusqu'ici n'était établi que par ma propre déclaration, a soulevé une telle incrédulité chez les amis auxquels j'en ai fait part, que je suis heureux de me trouver à même d'invoquer un autre témoignage à l'appui du mien, celui du révérend M. Walker, membre de la mission Gabon, qui m'autorise à publier qu'il garantit la complète exactitude des deux faits ci-dessus rapportés. »

Aujourd'hui encore, le témoignage de l'explorateur gène. Lors de la réédition de son livre en 1996, le philosophe Gabonais Boncaventure Mvé-Ondo, reconnaît à Chaillu une excellente description des peuples rencontrés, mais il réfute ses propos sur le cannibalisme des Fang en soulignant « volonté d'impressionner le lecteur ».

Voyages et aventures dans l'Afrique équatoriale, par Paul du Chaillu. Disponible sur Gallica

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.

Rejoignez notre newsletter