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Actualités of Wednesday, 18 August 2021

Source: Kalara

Cameroun: un homme d'affaires indien suspecté de traffic humain

Le milliardaire Avinash Hingoramni, Le milliardaire Avinash Hingoramni,

Révolté que le journal ait prêté une attention aux dénonciations de maltraitance et autres abus faites par ses compatriotes et anciens employés, le milliardaire Avinash Hingoramni, promoteur des entreprises «Rêve Voyages» et «Sammys Creations» met la justice en branle contre le journal de l’économie et des finances. A travers une procédure riche en curiosités.

M.Emile Fidieck est passé à un doigt d’une incarcération pénitentiaire la semaine dernière. En provenance de la Légion de gendarmerie du Centre où une enquête était ouverte contre lui depuis quelques jours, le directeur de publication (DP) du trihebdomadaire Eco-Matin a en effet été déféré jeudi, 12 août 2021, au parquet du procureur de la République près le Tribunal de première instance (TPI) de Yaoundé – centre administratif. Après une journée de garde à vue dans les locaux du parquet, l’éditeur a été remis en liberté tard dans la soirée après paiement d’une caution de 500 mille francs. Son affaire a été appelée dès le lendemain à l’audience des flagrants délits de la juridiction. Il revient en jugement ce mardi, 17 août 2021, en principe pour l’ouverture des débats.

En fait, le DP fait l’objet d’une plainte pour des faits supposés de «diffamation». Une plainte déposée depuis quelques semaines par l’homme d’affaires de nationalité indienne, M. Avinash Hingoramni, patron de l’agence de voyage «Rêve Voyages» et de l’entreprise d’habillement «Sammys Creations», compagnies qui ont des filiales dans nombre d’autres pays d’Afrique (Gabon, Congo, Côte d’Ivoire, Burkina-Faso) . M. Fidieck est poursuivi en compagnie de M. Raj Gopal Talreja, de nationalité indienne lui aussi, représentant des entreprises de M. Avinash Hingoramni au Cameroun depuis 2011. En froid depuis quelques mois avec celui qui est désormais son ancien patron, M. Raj Gopal Talreja est quasiment devenu une tête à claques pour le milliardaire Avinash Hingoramni. L’acrimonie que lui voue son ancien patron se répand sur la personne du DP d’Eco-Matin, la faute de ce dernier étant d’avoir rendu publiques, à travers Eco-Matin, des informations qui ne font sans doute pas plaisir au milliardaire indien.


Trafic humain…


Les informations en cause sont en rapport avec de nombreuses dénonciations écrites (dont Kalara a pu recevoir des copies) faites par d’anciens employés de M. Avinash Hingoramni auprès des responsables consulaires de la République indienne au Cameroun. Ces derniers, tous arrivés au Cameroun grâce aux bons soins du milliardaire pour les employer dans ses entreprises, l’accusent de leur avoir fait subir des maltraitances aussi bien physiques que morales, notamment la rétention abusive de tout ou partie de leurs salaires, la confiscation des téléphones et des passeports de certains (les coupant ainsi de leurs familles respectives), l’extorsion de leurs signatures, le fait de les affamer, voire de les obliger à dormir dans des conditions peu avenantes… Dans son édition parue le 7 juillet 2021, Eco-Matin y avait consacré une enquête sur une pleine page. Et le sujet avait eu les faveurs du grand titre de la «une» : «Trafic humain : enquête sur l’exploitation des indiens au Cameroun».



Mais le journal de M. Fidieck ne se contente pas de publier les complaintes des anciens employés qui disent avoir été désabusés par le milliardaire, informations du reste recoupées notamment auprès des autorités consulaires de l’Inde. Il annonce une autre enquête concernant des relations jugées frauduleuses entre le fisc et les entreprises de M. Avinash Hingoramni au Cameroun, sans oublier la légalité jugée douteuse des contrats de travail des employés étrangers de «Rêve Voyage» et «Sammys Creations». Il signale que le patron de «Rêve Voyage» bénéficie de relations privilégiées auprès de certains responsables camerounais des forces de l’ordre et de la magistrature. Que ce dernier n’a pas agréé les démarches de recoupement du journal auprès de lui et aurait même sombré dans des manœuvres de chantage et d’intimidation (notamment une requête au CNC). Des dénonciations qui pourraient avoir un lien avec la procédure judiciaire relativement expéditive diligentée contre le DP.

Selon des sources proches des milieux judiciaires, la mise en jugement du patron de Eco-Matin s’est faite à la suite d’une procédure qui ne manque pas de curiosités. Le 23 février 2021 à 13h, le concerné aurait reçu une convocation de la gendarmerie datée de la veille et alors que l’heure du rendez-vous avec l’enquêteur (9h) était déjà passée. Ce document était aussi marqué «convocation N°2». M. Fidieck n’a donc pas honoré ladite convocation. Les gendarmes vont se signaler pour la seconde fois le mercredi, 11 août au bureau du DP avec un «mandat d’amener» indiquant qu’il soit «auditionné, identifié, confronté à la partie adverse et déféré au parquet», selon une source de Kalara. Sauf qu’après audition et confrontation, l’enquêteur va décider de le mettre en garde à vue. M. Fidieck ne restera en liberté qu’après l’arrivée du chef de l’unité. Ce dernier décide du déferrement du patron de Eco-Matin.


Absence de citation


Finalement, il est reçu au parquet le jeudi suivant et n’en repartira que tard dans la nuit (après validation par le procureur général près la Cour d’appel des dossiers en déferrement), peu après 22h, après paiement d’une caution de 500 mille francs. Ce qui lui évite d’être poursuivi dans la peau d’un détenu. Il est renvoyé en jugement dès le lendemain, à l’audience des flagrants délits du TPI de Yaoundé centre administratif. Probablement une manière d’en finir rapidement avec son cas…

Une telle option de poursuite ne manque pas d’intriguer les proches du DP, tant elle est inédite pour une infraction présumée avoir été effectuée par voie de presse. La loi de 1990 sur la liberté de communication sociale prévoit en effet, en son article 81, que «le prévenu qui veut faire la preuve des faits diffamatoires dispose de 5 jours après la citation pour signifier au ministère public ou au plaignant à son domicile élu, selon le cas : (1) les faits qualifiés dans la citation dont il entend prouver la vérité ; (2) la copie des pièces ; (3) les noms, professions et domicile de ses témoins», etc. Du fait de la procédure de flagrant délit choisie pour faire juger le DP de Eco-Matin, ce dernier n’a jamais reçu de citation. Est-il d’office interdit de présenter ses moyens de preuve éventuels, donc condamné par avance, dans le cadre du procès public qui est déjà en cours ? Il faudra sans doute attendre les débats pour avoir une réponse.

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