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General News of Friday, 14 August 2020

Source: Actu Cameroun

Cameroun : sale temps pour Mgr Watio sermonné comme gamin par les chefs locaux

A la suite d’une sanction infligée à l’abbé André Marie Nkengne par l’évêque de Bafoussam pour avoir fait la promotion de la culture traditionnelle et ancestrale Bamiléké en exécutant la « danse Mwouop », lors du NsemTodjom à Bandjoun, l’amical des notables et patriarches de la Mifi a adressé un brûlot virulent à l’évêque pour dénoncer son ignorance et son manque d’humilité. Mgr Dieudonné Watio qui estime que l’acte du prêtre est contraire à la doctrine chrétienne, l’a suspendu de ses activités extra paroissiales. Du coup, le courant ne passe plus entre l’évêque et les garants de la tradition.

L’évêque de Bafous-sam est en colère. Mgr Dieudonné Watio n’a pas du tout apprécié l’acte posé par un prêtre de l’Bglise Catholique relevant de son évêché. Ce dernier a fait la promotion de la culture traditionnelle et ancestrale Bamiléké en exécutant la « danse Mwouop», lors du NsemTodjom à Band-joun, place de la chefferie. L’abbé André Marie Nkengne, puisqu’il s’agit de lui, est notable à Bandjoun dans le département du Nkoung-Ki. Il fut curé de la paroisse Sainte Anne de Mbouda et administrateur du secteur paroissial spécial de Bamesso dans le département des Bamboutos, aujourd’hui, affecté dans le doyenné de Foumban, département du Noun.



L’évêque de Bafoussam reproche le prêtre d’apologie du syncrétisme et du glissement hérétique. Mais la sanction infligée par Mgr Dieudonné Watio au prêtre l’abbé André Marie ’Nkengne va susciter le courroux au sein de l’amicale des notables et patriarches de la Mifi. Dans une correspondance, ils tiennent à rappeler à l’évêque que « nous ne sommes pas des malfaiteurs. Rien ne sera plus comme avant. Mgr au mois de juin, vous avez adressé un message au monde entier, à propos d’un de vos prêtres qui avait parlé de quelques aspects de la tradition africaine dont nous sommes gardiens.



Nous faisons l’économie de la copieuse et indigne humiliation publique que vous avez infligée à ce monsieur qui est votre prêtre, avec qui vous aviez certainement une rancune et haine que tu tenais à régler… » En outre, « nous voulons vous dire brièvement que vous avez démontré que vous ne connaissez, pas votre tradition, et vous la jugez du haut, avec une condescendance qui démontre que vous n’avez aucune humilité.

D’ailleurs, pendant que vous accusez votre Abbé de manquer d’humilité, vous faites preuve en même temps d’un défaut criard d’humilité, de retenue, et de regard critique. Ce prêtre avait ouvert une porte pour mieux nous connaître. Vous l’avez violemment fermé. Nous comprenons que la thèse que vous avez écrite servait seulement pour avoir un parchemin. C’est de la malhonnêteté, excusez le terme, mais c’est vrai. En ce moment, nous vous rassurons que les africains retournent massivement auxsources. Vous nous montrez, comme pasteur que cela ne vous plaît pas. Vous ne pouvez rien contre ce qui est vrai dans l’histoire. Au cours de la réunion que nous avons tenu en début de ce mois de juillet à Bafoussam, nous avons décidé de vous écrire pour vous avertir que rien ne sera plus comme avant ».

La « dime » sera coupée…
Toujours dans leur bru-lot adressé à l’évêque de Bafoussam, les notables et patriarches menacent de prendre des mesures fortes en défaveur de Mgr Dieudonné Watio. « Étant donné que vous considérez négativement les traditions dont nous sommes gardiens, nous avons décidé de ne, plus vous faciliter la tâche à notre niveau : dons ou legs de terres, procédures foncières et autres. Vous n’aurez plus notre collaboration. Ces mesures pourront être étendues à d’autres niveaux.
jusqu’au jour où vous démontrerez clairement que vous avez agi maladroitement. Monseigneur, vous avez un regard maladroit sur nous et notre travail au service du bien ».

Et d’ajouter : « Ne confondez pas ce que nous sommes avec ce que les sorciers font. Pourquoi baptisez-vous les jeunes qui font le Nyang-Nyang ? Vous avez récemment enterré personnellement de riches laïcs polygames qui ont rang de chefs d’initiation. Certains vous ont donné des millions en public, mais régulièrement en privé. Vous recevez l’argent des gardiens de la tradition et ensuite vous allez insulter un prêtre qui parle de tradition. De grâce Mgr Watio, si vous avez un problème à régler avec votre prêtre, n’y mêlez pas ses racines africaines comme alibi. Pour conclure, vous avez parlé de sagesse. Mais nous, gardiens de la tradition africaine, nous remarquons que vous en avez manqué. On ne parle jamais mal de ce qu’on ne connait pas. On le dit même en classe (philosophie).



Nous ne parlons jamais mal d’un collaborateur en public : même l’évangile que vous expliquez parle de correction fraternelle. Vous avez institutionnalisé la correction publique sur votre radio. Ceux d’entre nous qui vont à l’église continueront à le faire. Mais nos mesures demeurent envers L’Église. Nous partagerons avec les autres patriarches et chef traditionnel afin qu’ils jugent de la pertinence de notre point de vue. Mais soyez rassurés, rien ne sera plus comme avant. Que nos ancêtres présents devant Dieu gardent notre pays. »

Le malaise…
Encore une fois, la religion catholique est rattrapée par ses tares : elle est confrontée à la réalité entre l’apologie du retour aux sources et la doctrine de l’Eglise. La religion catholique a toujours pactisé avec la tradition et c’est ce que semble d’ailleurs dire les notables et patriarches de la Mifi. La tradition ou alors les chefs traditionnels ont toujours été une « grande source de bénédiction » pour la religion catholique. Les donateurs ne comprennent donc pas pourquoi Mgr Dieudonné Watio veut briser le lien de la collaboration. La sanction de l’évêque à l’encontre de l’abbé Nkengne continue à faire des vagues dans les rangs des chrétiens et observateurs avisés de l’Eglise.

Certains leaders religieux soulignent la cohabitation entre religion et tradition. Pour eux, il faut aimer les traditions pures africaines tant qu’elles ne sont pas en contradiction avec la parole de Dieu. Cette cohabitation peut permettre la conversion de beaucoup de notables païens. Certains prêtres et chrétiens tentent d’expliquer l’acte posé par l’abbé André Marie Nkengne.

« Il a de l’amour profond pour sa culture que lui inspirent les sciences anthropologiques dont il est spécialiste, et ceci peut l’amener à une pratique zélée de celle-ci. Ce qui peut ne pas plaire à son entourage au sein du clergé avec « des mouchards positionnistes qui peuvent avoir tramé des choses inavouées » pour cette décision querellée de l’évêque ». Des chrétiens et prêtres du doyenné de Mbouda confessent que « les prêches de l’abbé Nkengne sont accrocheurs, convaincants, dissuasifs et persuasifs. Toute chose qui ne plait pas à ses pairs, adeptes de la monotonie.



C’est un chercheur qui inspire la confiance et invite à l’approfondissement de la connaissance. Car lui-même en porte suffisamment dans sa science anthropologique qui lui permet de comprendre les comportements humains et les manières appropriées de sensibiliser, éduquer, et christianiser ». L’impact sur la christianisation de la population est aujourd’hui reconnu dans certaines localités de la région de l’Ouest. Les notables et patriarches de la Mifi ne comprennent alors pas pourquoi Mgr Dieu-donné Watio veut créer la rupture d’une cohabitation qui existe depuis de longues dates.

« Il est de bon ton, sans avoir la prétention d’offenser l’évêque, loin s’en faut, d’affirmer que tant que les cultures traditionnelles peuvent être en harmonie avec la doctrine de l’Église, il est bon de les encourager. Pour éviter à la jeunesse d’être toujours tentée par l’extraversion et l’exotisme avec des conséquences, aujourd’hui, connues où se bousculent : les sectes ésotériques et sataniques avec leurs corollaires, la recolonisation et l’avilissement de l’africain », disent-ils.

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