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General News of Wednesday, 18 November 2020

Source: www.camerounweb.com

Cameroun : les vérités de JEUNE AFRIQUE sur la descente aux enfers de Romeo Dika

Roméo Dika est au cœur d’une tempête politico-juridique depuis qu’il décider de démissionner du RDPC et de déclarer la guerre à ses anciens camarades.
La résidence de Roméo Dika à Odza, dans la banlieue chic de Yaoundé, a les allures d’une forteresse. En cette après-midi d’octobre, des vigiles se relaient devant les portes du complexe. À chaque angle, des caméras de surveillance traquent quiconque franchit la clôture de ce domaine de près 2000 m². Derrière les hauts murs, outre sa résidence, l’ancienne vedette de la musique a fait construire ses studios et les locaux de sa radio, la Radio des Artistes, ceux de sa télévision, Mango TV, ainsi que ceux de sa maison de production.

Musicien, producteur et homme de médias, Roméo Ndoumbe Dika, 56 ans, y vit quasi reclus depuis plusieurs semaines. Ses sorties sont rares, et ses visiteurs se comptent parmi les plus intimes. Cet ancien cadre du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) estime qu’il est devenu « la cible » d’obscurs réseaux, mêlant acteurs du showbiz et personnalités du monde politique.

Depuis bientôt deux mois, Roméo Dika est accablé par plusieurs affaires politico-judiciaires. Dans les prétoires, les médias, et même jusque chez lui, à son domicile, l’artiste est inquiété sur tous les fronts.
Une ex-épouse à l’offensive
Le 11 novembre, ses avocats ont plaidé devant le juge de première instance du Mfoundi pour le défendre dans une affaire de diffamation, suite à une plainte déposée contre lui par son ex-épouse, la musicienne Chantal Ayissi. En cause, des propos qu’il a tenu sur les ondes de sa radio à son encontre. Il revenait alors sur une émission diffusée le 15 septembre sur les antennes de la CRTV, la télévision nationale, dans laquelle son ancienne épouse s’était largement épanchée sur son intimité passée, et avait multiplié les accusations. « Roméo Dika nous a impliqué dans une affaire d’argent obtenu à l’aide de fausses signatures. N’eût été la générosité de « Maman » Chantal Biya, il croupirait aujourd’hui en prison », a-t-elle notamment assuré. Mais la musicienne, qui s’est notamment targuée d’avoir « introduit [son ex-mari] auprès de la famille présidentielle », n’a pas avancé la moindre preuve de ces allégations.
Roméo Dika a également été entendu à la police judiciaire le 22 octobre, dans le cadre d’une enquête liée à la diffusion sur les réseaux sociaux d’une note confidentielle signée de Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence de la République.

Celle-ci ordonnait au ministre des Finances, Louis Paul Motaze, de remettre la somme de 20 millions de francs CFA à son homologue Philippe Mbarga Mboa, ministre chargé de mission à la présidence, pour une opération de communication visant à contrer les marches du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC, de Maurice Kamto). Accusé d’avoir transmis ledit document au lanceur d’alerte Boris Bertolt – ce qu’il nie – Romeo Dika ne sera finalement relâché qu’après le passage d’un ambassadeur occidental, après environ sept heures d’audition.

L’artiste a également affirmé avoir été victime d’une tentative d’assassinat à son domicile, quelques temps avant cette convocation. Ses voisins ont confirmé que des individus ont bel et bien tenté de s’introduire nuitamment chez Roméo Dika, avant d’être mis en déroute après l’alerte donnée par des jeunes du quartier.


Retour de bâton


L’artiste en est persuadé, ses récents déboires sont un retour de bâton de sa décision de démissionner du RDPC. Fin août, il avait en effet surpris le Landerneau politique camerounais en multipliant les positions politiques défavorables au parti au pouvoir. À travers sa radio, jadis réputée comme l’un des multiples organes relayant les positions du régime, ses critiques vis-à-vis du RDPC étaient devenues de plus en plus virulentes. Il promettait même de traduire le parti en justice, au sujet d’une affaire portant sur un présumé impayé de 90 millions de francs. Des frais correspondant à des prestations d’artistes qu’il aurait préfinancées lors de l’élection présidentielle de 2004, selon ses dires. Le 8 septembre, Roméo Dika claque finalement la porte du parti présidentiel, à quelques jours des manifestations annoncées par l’opposition.
La volte-face est d’autant plus surprenante que Roméo Dika comptait parmi les plus virulents des artistes activistes pro-Biya. Désormais, il dénonce le « tribalisme institué au sein des arcanes du pouvoir » et promet des révélations sur ses anciens compagnons politiques. « J’ai volé 34 urnes lors d’une élection législative pour sauver le RDPC », a-t-il notamment affirmé dans une de ses émissions de radio, début septembre. Dans son viseur, Roméo Dika a en particulier le secrétaire général adjoint du parti présidentiel, Grégoire Owona, et le directeur du cabinet civil de la présidence, Samuel Mvondo Ayolo, tous deux cibles privilégiées des diatribes enflammées du musicien devenu opposant.


Sans surprise, le RDPC crie à la trahison. Laurent Esso, patron du parti dans la région du Littoral, d’où est originaire Roméo Dika, a tenté de ramener l’ancien allié à la raison, en dépêchant chez lui une délégation. Mais rien n’y fait. « La République est perdue. Des lobbies ont pris en otage le président et s’attaquent à ceux qui les dénoncent », vitupère Roméo Dika.


S’il marche désormais d’un pas lent, et qu’il semble affaibli par les deux AVC dont il a été victime, il n’a rien perdu de cette verve qui a bâti sa réputation dans les milieux syndicaux au sein desquels il a milité pendant des années. Récemment, il a écrit une lettre au garde des Sceaux, pour réclamer un « certificat d’abandon de la nationalité camerounaise ». « Ils vont entendre parler de l’apatride ! », promet-il à ses anciens camarades politiques.


De la scène musicale à la scène politique

Comment l’artiste envisage-t-il d’échapper au rouleau compresseur dont il se dit aujourd’hui la victime ? La réponse se trouve certainement dans le parcours atypique de cet homme qui s’est servi de son art pour créer un réseau qui s’étend au-delà du monde de la musique.


Né en Côte d’Ivoire en 1964, Roméo Dika grandit entre Abidjan, où réside son père le musicien Jean Epaka Dika, et celle de Douala, où se réinstalle sa mère après leur séparation. Après un passage au conservatoire de la Croix de Chavaux à Montreuil, Roméo Dika devient un incontournable des milieux de la musique africaine à Paris. Cette aventure le mettra sur la route de Philippe Bertoua, Christophe et Albert Ndoumba, membres du groupe Tao Tao et fils de Joseph Charles Ndoumba, influent secrétaire général du comité central du RDPC.
En 1992, le parti au pouvoir est en difficulté, en raison du multipartisme qui vient de faire son retour au Cameroun. Au cours d’une rencontre fortuite à Paris, Roméo Dika, opportuniste, propose à Charles Ndoumba de « mettre la musique au service de l’action politique ».


En quête d’idées novatrices, le secrétaire général du RDPC est séduit. Les deux hommes planifient une opération de charme. En septembre 1992, Roméo Dika conduit une délégation de musiciens à Mvomeka, le village du président Paul Biya, pour lui apporter leur soutien lors de la présidentielle. Le mouvement est un succès. Pour la première fois, Roméo Dika entre dans les arcanes de la politique camerounaise.


« Monsieur animation » du RDPC


Paul Biya est réélu, mais l’artiste s’efface et décide de retourner en Europe. Il réapparaît en 1997, et embrasse définitivement ce système qu’il observait jusqu’alors de l’extérieur. Charles Ndoumba le récupère au sein de son cabinet et en fait son estafette. Roméo Dika se retrouve au cœur des dossiers sensibles du parti et du pays.


Cette position l’amène à devenir le « Monsieur animation » du RDPC. Lors des élections qui suivent la présidentielle de 1992, c’est lui qui a la charge de mobiliser les musiciens pour les campagnes du parti.


Les cachets sont impressionnants. Lors de la présidentielle de 1997, 170 millions de francs CFA sont payés aux artistes. Cette position de pouvoir renforce son influence dans les milieux artistiques. Roméo Dika en profite pour se positionner au sein des organes dirigeants de plusieurs syndicats de musiques. En 1999, son divorce avec sa deuxième épouse Chantal Ayissi provoque un tollé, signe de sa popularité dans la sphère musicale. L’idylle entre le musicien et le RDPC semble en revanche parfaite, jusqu’à la campagne présidentielle de 2004, et l’apparition des fameux 90 millions d’impayés supposés.


Selon Dika, Samuel Mvondo Ayolo lui reproche « de faire du chantage au président pour 90 millions ». Pour lui, le problème est ailleurs. « Si un patron donne des ordres qui ne sont pas exécutés, c’est que ce n’est plus lui qui dirige le pays », assène-t-il.


Dans ce conflit ouvert, Roméo Dika sait qu’il n’est pas à l’abri d’une confiscation de son passeport, ce qui semble avoir motivé sa décision d’adopter le statut d’apatride. Mais si sa stratégie semble encore peu claire, il n’hésite pas à agiter sa capacité de nuisance. « J’ai beaucoup de choses dans le ventre », clame le producteur, qui rappelle aussi sa force de mobilisation auprès des artistes, ainsi que les réseaux qu’il a conservés, aussi bien dans l’entourage du président Paul Biya qu’au sein des organisations internationales.


Roméo Dika rejoindra-t-il un parti d’opposition ? Il affirme « étudier l’hypothèse » d’une entrée au MRC ou au Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) de Cabral Libii. Mais il prévient : « J’ai 300 artistes et 20 tonnes de matériels de sonorisation à mon actif. Donc, je ne viendrai pas comme un militant ordinaire ». Reste à savoir si, face au rouleau compresseur qu’il estime lancé à ses trousses, cela sera suffisant.

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