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General News of Wednesday, 20 January 2021

Source: Actu Cameroun

Cameroun : les employés déshabillent une cliente de Niki

La dame venue faire des emplettes a été accusée de vol puis humiliée par les employés du supermarché qui ont alertés tout le voisinage. La victime sollicite que son honneur soit lavé devant le Tribunal de première instance (TPI) de Yaoundé.
Dans les sociétés ancestrales africaines voir la nudité d’une personne âgée était un sacrilège. Mais pour les employés du supermarché Niki, agence du marché Mokolo, cet acte est devenu banal pour châtier une présumée voleuse. Les rivières .de larmes qui perlaient sur le visage de Louise pendant son témoignage, ce 13 janvier 2020, lorsqu’elle a relaté les faits devant la barre démontrent à suffisance la profondeur de son humiliation qui subsistent encore dans sa mémoire.



«Je suis rentrée au village depuis cette affaire. Je suis devenue une villageoise. Mes enfants avaient honte au quartier. Dès qu’ils font quelque chose, on les insulte, on leur dit qu’ils se vantent alors que leur mère a volé à Niki. C’est le jour là que je suis morte» balbutie-elle.



Elle s’est revue en cette matinée du 28 septembre 2017, dans le magasin pour se procurer certains articles dont elle avait besoin avant d’être interpellée par un employé quand elle franchissait la sortie. L’homme lui demande alors rte revenir dans le supermarché et de passer par un portique semblable à un détecteur de métaux.



L’opération avait pour fin de vérifier si elle avait des objets du magasin en sa possession, lui explique ce dernier. Elle dit avoir accomplie cette instruction des employés plus de sept fois avant que ceux-ci ne décident de l’intimider en lui demandant de remettre ce qu’elle aurait dérobé.

Humiliation en public
Surprise par les injonctions de ces personnes, qui semblent perdre patience, Louise a déclaré leur avoir montré le contenu de son portefeuille et donné son téléphone, les seuls objets qu’elle avait sur elle. Cela n’est pas suffisant pour prouver son innocence d’après les employés qui envisagent (te lui faire une fouille au corps. Sa protestation est ignorée par tous. Ils iront, jusqu’à passer outre cette menace déjà assez osée pour commettre l’impensable. Selon la victime, le choc l’a plongé dans un état second l’emmenant à ne pas reconnaître ses propres enfants qui l’accompagnaient.

Brandit comme une paria devant la foule nombreuse, elle ne reviendra à elle qu’après avoir été sauvée des mains de ses oppresseurs grâce à un ancien voisin de son quartier. C’est ce dernier qui l’aide à se rhabiller et raccompagner, non sans avoir bravé les injures des employés qui voulaient encore lui arracher ses derniers sous-vêtements pour continuer leur fouille sordide. Durant tout ce temps, aucun élément du Commissariat de sécurité publique de Mokoto, à un jet de pierre de l’endroit où se déroulait la scène, ne sera appelé pour mener une enquête ou interroger la femme soupçonnée de vol Tout se passe sans respect de ses droits et de ses aveu d’innocence.

Arrangement tardif
Ce n’est que lorsque Louise fera parvenir une demande de réparation au responsable du supermarché, absent à l’audience, qu’elle est contactée par un employé pour un arrangement à l’amiable. Se présentant comme le représentant de Niki, l’homme l’invite à se rendre dans l’une des agences de la ville pour entier en possession d’une somme de 100 000 francs. Sa doléance ignorée, il va retrouver la victime dans son quartier pour la convaincre d’accepter cet argent.

«Il m’a dit que l’argent c’était pour acheter le savon pour me laver. Je me suis demandée que c’est quel savon qui coûte 100 000?» a déclaré Louise.

Dans son intervention, le représentant du ministère public conclut que les faits de diffamation évoqués par la victime dans sa citation directe contre le représentant de Niki sont avérés, «il y a eu voie de fait et bien plus en public pour porter atteinte à l’honneur et à la considération-dé la victime» pense-t-il Passer outre le témoignage du prévenu est une réponse proportionnelle à son absence qui signifie son manque d’intérêt.

Pour les avocates de l’accusation, même si leur cliente n’a pas eu à décrier des pertes matérielles, le traumatisme subi constitue un préjudice grave en bouleversant toute sa vie car elle a abandonne ses activités à Yaoundé. Les conseils de Louise suggèrent également que le supermarché soit poursuivi contrairement à l’acte d’accusation qui met seulement la responsabilité sur le représentant du supermarché. Cette doléance s’explique du moment où le Code civile reconnaît la responsabilité pénale des entités morales quand un de leurs employés a commis «un acte répréhensible».

De ce fait, la société Niki doit verser à leur cliente des dommages et intérêts évalués à trois millions de francs, couvrant le préjudice moral, les honoraires d’avocats et le préjudice économique subi. Le verdict sera rendu le 10 février prochain.

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