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General News of Monday, 30 November 2020

Source: Le Messager no 5665

Cameroun: les déplacés anglophones menacés de représailles

Accusés de cultiver des hectares de terres sans autorisation, d’exploiter frauduleusement les forêts et d’enterrer les corps sans l’aval des chefs traditionnels, les déplacés anglophones sont menacés de représailles. « On a plus de 1000 hectares de terres cultivables qui sont exploités par les anglophones sans autorisation. Ces exploitants illégaux ont même construit des campements où ils accueillent des centaines de leurs frères qui continuent d’arriver tous les jours », s’inquiète Samuel Mbougoum le chef de Yabi-Mapan, petit village situé dans l’arrondissement d’Edea 1e département de la Sanaga Maritime, région du Littoral. « Nous ne savons pas qui ils sont, d’où ils viennent. Ils font même déjà des enterrements sur nos sols sans notre avis. Ils pratiquent l’agriculture et coupent du bois. L’Etat doit intervenir, sinon j’ai peur d’un carnage », poursuit le chef. Arrivés juste quelques-uns il y a de cela trois ans au début de la crise anglophone, aujourd’hui ils sont une centaine à avoir trouvé refuge dans le village. « Je sollicite une action forte pour faire respecter la demande d’arrêt des travaux servie à ces individus dont les activités sont une menace à l’ordre public », précise un des notables furieux. Dans une lettre déposée à la préfecture au début du mois de mars 2020, le chef du village demande au préfet Cyrille Mbondol de descendre sur le terrain pour toucher du doigt la situation qui devient explosive. Le préfet qui a accusé réception de la lettre n’est jamais descendu sur le terrain.

Les populations en colère

« Avec la colère actuelle des populations, ça peut dégénérer à tout moment en des situations incontrôlables, puisque les habitants en ont marre de cette injustice, et ont le sentiment que ces exploitants que nous trouvons illégaux sont audessus de la loi » s’inquiète un habitant. C’est en effet le 18 Avril 2018 que les chefs traditionnels de la communauté Adié de l’arrondissement d’Edéa 1eont émis la première note de service pour demander à deux « exploitants illégaux » de forêts qui était des déplacés anglophones partis de la région du Sud-Ouest, d’arrêter leurs activités. « Vous vous êtes introduit sans droit ni autorisation dans une parcelle du domaine national qui relève du patrimoine ancestral. Nonobstant les demandes d’arrêts de travaux, vous avez décidé de vous maintenir par la force. Faute de vous exécuter, je me verrai dans l’obligation d’engager à votre encontre des sanctions» précisait la lettre. Malgré ces sommations, les déplacés ont continués tranquillement d’exploiter les forêts du village. Trois ans après, les activités se sont même multipliés au point de susciter la colère. « Les habitants du village ont décidé de prendre les machettes, pour régler cela à leur manière, et j’ai peur qu’il y ai mort d’hommes », prévient le chef dans une nouvelle lettre adressée au préfet de la Sanaga Maritime.
Les déplacés inquiets
Pour rencontrer les déplacés anglophones, Il faut avoir du courage pour se frayer du chemin dans la forêt dense du village Yabi-Mapan. En cette journée ensoleillée du lundi 9 Novembre, nous avons multiplié les efforts pour aller à la rencontre de ces derniers. « Voilà où nous dormons », montre du doigt Enoh F. l’un des déplacés. Il nous présente une cabane faite en bois ne présentant aucun luxe. Uniquement ce qu’il faut pour s’abriter et vivre en toute simplicité. Les autres membres du groupe sont en brousse au moment de notre arrivée. Enoh nous explique qu’en fait ils sont des exploitants forestiers depuis la région du Sud-Ouest où ils vivaient avant. « Lors de notre arrivée, Nous avons trouvé des espaces cultivables abandonnés. Les autochtones nous ont donné l’autorisation de les exploiter. Surpris par notre façon de travailler, ils ont commencé à présenter des crises de jalousie. Aujourd’hui nous cultivons de grandes surfaces pour revendre sur le marché de l’ensemble de trois arrondissements. C’est ça qui leur fait mal au point de demander notre départ » tranche Enoh.

Le préfet tolérant

Le nouveau préfet Cyrille Mbondol que nous avons rencontré dans son bureau à Edéa ne s’active pas beaucoup. Il affirme qu’il va prendre un peu de temps pour pouvoir rassembler les différentes parties concernées par le problème. Pour lui, il sera difficile de faire partir les déplacés anglophones puisqu’ils ont déjà fui des conflits pour trouver refuges dans ce village. « Nous avons constaté que ces déplacés qui sont en fait des grands travailleurs sont allés dans les profondeurs du village. Ils exploitent des parcelles qui étaient abandonnées. Des endroits parfois inaccessibles. Leur activité n’empiète pas sur celui des habitants du village qui sont regroupés dans le centre. C’est pour cette raison que malgré les plaintes, nous appliquons la tolérance administrative. Jusqu’à présent nous sommes resté tranquille nous n’avons pas agi », précise Cyrille Mbondol. Sur place au village, les habitants veulent en découdre avec les déplacés. Ils annoncent des représailles à la fin du mois de décembre. Des menaces que le préfet doit prendre au sérieux, lui qui a la charge au nom de l’Etat de protéger à la fois la liberté et la sécurité de toute personne en période de conflit, selon l’article 9 du pacte international relatif aux droits civils et politiques

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