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Actualités of Thursday, 26 August 2021

Source: Le Jour

Cameroun : le whisky en sachet fait courir

Le whisky en sachet fait courir Le whisky en sachet fait courir

Les adeptes cette liqueur justifient leur attrait par son prix et ses vertus. Il n’est pourtant pas sans danger pour la santé. Oh mola, pousse-moi rapidement 3 bics rouges », lance Wilfried à Franco, tenancier d’une vente à emporter au quartier Ngoa-Ekelle à Yaoundé. Tenez-vous tranquilles ! Nous ne sommes pas dans une librairie ! Ce n’est pas un stylo à bille mais un langage codé. C’est une métaphore qui fait allusion au whisky en sachet de couleur rouge-brique. « Je consomme le whisky en sachet le matin avant de me rendre au chantier, à la pause et à mon retour, question de ne plus ressentir et subir la fatigue ». Chez Herman, acolyte de Wilfried, la consommation de cette liqueur est désormais une seconde nature.

« J’ai commencé à consommer du whisky en sachet dans les obsèques. On en prenait à sec, dans du thé, avec du nescafé ou encore en le diluant avec de la bière pour chanter jusqu’à l’aube. Le consommer régulièrement est devenu une habitude. Je ne peux pas passer une journée sans le prendre ». Bilal, vendeur de chaussures, confie : « Je fais le tour de la ville ; ce n’est pas évident. Le whisky en sachet me donne de l’énergie et me réconforte ». En revanche, Ama et Patience, respectivement vendeuse d’arachide et coiffeuse, pensent que cette boisson a des vertus thérapeutiques : « le whisky en sachet me permet d’évacuer la poussière que j’absorbe en longueur de journée sur la chaussée et surtout d’éviter la grippe. Je manipule tout type de chevelure, des pellicules, la saleté entre autres… Quelques sachets me font du bien ».

Le whisky en sachet à portée de main

Dans les boutiques, les kiosques, les bars, chez les vendeurs ambulants, le whisky sachet fait courir. Il en existe plusieurs qualités. Matakon, vendeur ambulant de whisky en sachet explique : « je me ravitaille au marché central de Yaoundé. Le paquet de 20 sachets varie entre 1400 et 1700 Fcfa. Ça dépend de la qualité. Je revends un sachet à 100 Fcfa. Mon bénéfice oscille entre 300 et 600 Fcfa par paquet. Pareille avec le paquet contenant 40 sachets que je revends à 50 Fcfa le sachet.

J’ai en moyenne 5000 Fcfa de bénéfice par jour. Cela me permet d’être à l’abri du besoin ». Franco se frotte également les mains en vendant du whisky en sachet. « Je me ravitaille au marché central de Yaoundé ; et parfois chez certains grossistes de mon quartier. Je vends 2 à 3 paquets par jour. Mais les week-ends, je vais au-delà de 6 paquets. Ma clientèle, ce sont des personnes de tous les âges ; mais en majorité les jeunes. Mon bénéfice journalier varie entre 1200 et 3600 Fcfa ».

Nocif pour la santé

La surconsommation du whisky en sachet est nocive pour la santé explique le Dr Thierry Sali, médecin généraliste. « Déjà, tout dépend de la qualité, de la quantité et de la fréquence. Mais également de la durée de consommation et de l’âge auquel on commence à consommer du whisky en sachet ». Son excès, ajoute-t-il, « peut entrainer des maux d’estomac, troubles digestifs, diarrhées, vomissements, pertes d’équilibres et de conscience dans des formes chroniques surtout pour des personnes qui en consomment régulièrement à de forte doses. Cela peut entrainer des problèmes hépatiques voire de cirrhose de foie, l’hypertension artérielle portale, des troubles de circulation du sang dans le corps, amenuisant la fonction cardiaque, provoquant l’insuffisance rénale chronique, et accélérant précocement un vieillissement ». Enfin, il faut savoir, en guise de prescription, on doit : « consommer du whisky ou même de l’alcool en général à partir de 21 ans. Une à deux fois par semaines et entre les repas ».

Le whisky en sachet : un produit non conforme ?

Même si un arrêté conjoint du ministre de la santé publique, du commerce et celui de l’industrie, signé en septembre 2014, interdisant sa commercialisation, une source requérant l’anonymat déclare : « nous sommes au courant de la prolifération du whisky en sachet sur le triangle national, mais nous ne saurons interdire sa commercialisation, simplement du fait que, les entreprises de fabrication disposent leur certificat de conformité. Ce document est délivré par l’une des administrations signataires de cet arrêté. Il faut d’ailleurs mentionner que les industries de fabrication de cette liqueur en question sont implantées au Cameroun. Sûrement ce type de conditionnement est réalisé dans un but de rentabilité.

Une bouteille de whisky, estimée à 5000 F cfa, n’est pas à la portée d’un citoyen lamda. En reconditionnant cette même bouteille dans les sachets, elles peuvent gagner 6000 Fcfa, et rendre accessible cette liqueur à tout le monde. En substance, l’on pourrait dire que, si la population a jeté son dévolu sur cette boisson spiritueuse, qui ne serait mauvais en soi, puisque le frelaté, c’est juste une petite quantité injectée dans le marché, j’imagine, parce qu’elle est moins chère ».

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