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General News of Friday, 26 February 2021

Source: rolandtsapi.com

Cameroun : la presse creuse sa propre tombe

Le 16 février 2021, le directeur général des Impôts camerounais est arrivé à Douala, la capitale économique, avec pour objectif de rencontrer les opérateurs économiques et les groupements socio professionnels, en vue des discussions autour de la loi des finances 2021 pour une meilleure entente sur son application. Les médias étaient conviés à couvrir ces rencontres et rendre compte, et au troisième jour les hommes et femmes de média ont vécu une scène particulière à l’ouverture des travaux. Les journalistes de certains médias ont été interdits d’accès à la salle, refoulés comme des malpropres. Leur crime était d’avoir fait des articles rendant compte de ce que le Groupement inter patronal Gicam avait boudé la rencontre, et l’information était en grande Une de leurs journaux. Ces journalistes sont rentrés, les travaux ont continué sous la couverture des autres confrères journalistes, comme si de rien n’était.

Méprisée…

Cette scène n’était en réalité qu’un épiphénomène, et traduisait une fois de plus à suffire l’état de déliquescence dans laquelle se trouve aujourd’hui la presse camerounaise, une presse qui est méprisée d’abord, et qui se méprise elle-même ensuite. D’abord, le mot mépris n’est pas assez fort pour décrire la considération aujourd’hui donnée à la presse, elle est humiliée et chiffonnée à la limite. Les organisateurs des évènements ne se gênent plus pour convier la presse à une rencontre à 10h par exemple, pour se pointer 4 heures plus tard sans explication. Entre-temps, les journalistes sont entassés dans une salle d’attente dans des conditions inhumaines. En fait l’organisateur ne se presse pas, il sait que les journalistes vont l’attendre parce qu’il a préparé pour eux des perdiems, auxquels ils les réduits, ce qui lui donne le droit de les traiter comme il veut, même refouler ceux dont les têtes ne lui plaisent pas et surtout leur donner une orientation dans le traitement de l’information. A ce niveau il faut dire simplement que les organisateurs des évènements ne devraient pas confondre le journaliste à leur communicateur. Ce n’est pas parce qu’ils ont donné de l’argent de taxi aux journalistes que ces derniers cessent d’être des journalistes pour devenir leurs agents de communication. Dans le principe, le journaliste reste libre dans l’orientation du traitement de son information, à condition de ne pas tronquer les faits, qui en la matière sont sacrés, qu’ils plaisent ou pas. « Ne rien taire pour plaire et ne dire pour nuire, reste l’un des principes du journaliste. »


…et irrespectueuse d’elle-même

Il faut tout de même reconnaître qu’on en est arrivé là juste parce que le journaliste prête le flanc. Déjà, il faut remarquer qu’après que les confrères soient refoulés à l’entrée de la salle d’un événement parce qu’ils ont relaté les faits, les autres journalistes ne leur ont pas manifesté leur solidarité en refusant eux aussi de couvrir l’évènement, ils les ont abandonnés à leur sort. Ce manque de solidarité de corps conforte le bourreau dans ces pratiques, et après l’un ce sera l’autre. Et surtout, les journalistes qui ne se sont pas senti concernés par cet acte ne se sont pas rendu compte que ce n’était pas juste un ou deux confrères qui étaient humiliés, c’était toute la presse prise dans l’ensemble. La réalité aussi c’est que la presse camerounaise n’a pas su être soudée depuis longtemps, elle s’est laissée diviser par les pouvoirs exécutif et économique, qui n’ont aucun intérêt à voir une presse soudée et surtout libre. Elle s’est comportée comme la patate et s’est laissée manger crue, elle s’est vendue très moins chère, trainant derrière ces organisateurs d’événements qu’ils harcèlent pour avoir l’argent de taxi, elle s’est mise à la solde de ces dernières et se laisse manipuler à souhait, elle s’est livrée pieds et mains liées entre les mains des lobbies parfois nuisibles, défendant l’indéfendable. Il n’est pas rare de voir un matin une dizaine de journaux portant la même Une libellée de la même façon comme si elle avait été dictée par un super rédacteur en chef. Elle est devenue une presse de règlement des comptes, Elle est devenue une caisse de résonance, faisant résonner la mélodie de celui qui paie mieux, elle a oublié son rôle principal qui est celui de la construction de la démocratie, elle a oublié de se battre pour sa liberté, essentielle dans toute démocratie car elle permet d’interpeller les consciences des individus afin qu’ils se forgent librement leurs opinions.

Cet extrait d’un article publié dans le journal français libération en 2004 devrait interpeller la presse dans l’ensemble : « Les Etats-Unis ont été fondés sur le principe que les médias étaient le « quatrième pouvoir », nécessaire à l’équilibre du système politique. Ce « quatrième pouvoir », à côté de l’exécutif, du législatif et du judiciaire, devait être le chien de garde. Thomas Jefferson avait d’ailleurs dit : « Si je devais choisir entre un gouvernement sans journaux, ou des journaux sans gouvernement, je n’hésiterais pas une seconde : je choisirais la seconde solution.» Les Pères fondateurs estimaient qu’une presse libre était essentielle à la démocratie américaine. La presse a donc toujours été perçue comme un contre-pouvoir légitime, face aux pouvoirs du gouvernement, de l’industrie, des Eglises. Ce qui ne voulait pas dire que le gouvernement aimait la presse, mais il acceptait ce principe. Or, depuis quatre ans, il y a eu un changement subtil mais profond de l’attitude du gouvernement vis-à-vis des médias. Il n’accepte plus ce rôle légitime. L’administration () les voit comme un groupe de pression comme un autre, un lobby qui dérange mais qui n’est pas si puissant puisqu’il n’a pas d’argent, qu’il n’emmène pas les sénateurs en voyage, et ne paye pas pour leurs campagnes… »

Autant la presse devra être exigeante envers d’autres corps de métiers, dénonçant les pratiques peu orthodoxes, autant elle devra être exigeante envers elle-même. Les doyens ont qualifié le journalisme de plus « beau métier du monde » et c’est en se respectant par l’accomplissement digne de ses missions, qu’elle va se faire respecter, en gardant bien en conscience qu’elle reste un pouvoir, sans oublier que le pouvoir, non seulement il corrompt, mais aussi tout le monde cherche à l’acheter.

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