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xxxxxxxxxxx of Tuesday, 10 November 2020

Source: Signatures, N°150

Cameroun: la politique, un terrain miné pour les prêtres catholiques

L’Eglise catholique qui est au Cameroun en a peut-être marre de prêcher l’Évangile à ses ouailles.

En tout cas certains membres de son clergé semblent de plus en plus intéressés à investir le champ politique, en soutien à peine voilé à un certain Mouvement. À leurs risques et périls. Qui veut-on faire croire que l’évêque de Bafang, Mgr abraham Boualo Kome, est un dignitaire religieux qui ne dit que la parole supposée de dieu en chaire quand il déclare : «Depuis un bon moment, notre pays ne vit plus dans la perspective de son progrès, mais dans le vertige, un chaos grandissant», situation dérivant naturellement selon lui, “pour une grande part de la faiblesse des mécanismes gouvernementaux”. et quand il prend la peine d’exprimer “sa préoccupation suite au refus à ce jour [du gouvernement] de donner à notre pays un processus électoral plus à même de porter aux responsabilités ceux que le plus grand nombre aurait librement choisis”, n’est-ce pas du Kamto remâché, et donc une déclamation proprement à la mode Mrc ? il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles : on sent bien pour qui roule cet “homme de Dieu”, comme on désigne pompeusement et abusivement tout ce qui porte soutane ici dehors.



Et quid du “Père” ludovic lado, que la police a opportunément intercepté le 12 octobre dernier aux environs d’edea, sur son chemin pour Yaoundé, à l’occasion d’un prétendu “pèlerinage pour la paix au Nord-Ouest et au Sud-Ouest”, sous-entendant que le gouvernement a failli à cette entreprise, suivant en cela la vulgate habituelle de “Monsieur Maurice”? Ce fameux lado prend certes la précaution oratoire de préciser : “Je ne marche pas pour demander le départ de ceux qui sont au pouvoir “, faisant en cela mine de se démarquer du mot d’ordre de la démarche insurrectionnelle du Mrc du 22 septembre. Mais c’est juste un maquillage, puisque dans le programme de son soi-disant “pèlerinage “ il comptait rencontrer M. Bibou nissak, le porte-parole du “Président élu” de son cœur. comme par hasard !



En réalité, il a tenté de réussir ce que le Mrc n’a pas pu faire, avec exactement les mêmes motivations: “Je marche pour que le droit constitutionnel de manifester pacifiquement au Cameroun soit respecté”, a cru devoir surenchérir le jésuite pourfendeur du pouvoir de Yaoundé. On dirait un avocat de M. Kamto, ou ce dernier lui-même, pour qui marcher, malgré une interdiction formelle des autorités, pour le renversement par la rue d’un chef d’etat élu est une action pacifique. de qui se moque lado ici ? On peut mépriser les autres camerounais tant qu’on veut et sous tous les couverts prétextés, mais insulter leur intelligence avec une telle constance pourrait relever, normalement, de la maladie mentale. et ce monsieur avoue avoir bien choisi son moment en affirmant : “Nous sommes dans un moment très frileux: l’idée même de marcher fait trembler les tenants du régime”. autrement dit, tout son cinéma interrompu n’était qu’une provocation pour “faire trembler” Yaoundé. n’est pire grenouille que celle qui se prend pour un bœuf ! et puis, tant qu’à marcher, quel intérêt, franchement, à choisir d’arpenter l’axe lourd douala-Yaoundé ? ne serait-il pas plus judicieux pour ce marathonien politique d’aller déambuler du côté, disons, de Kumbo ou de Ndop, dans le nord-Ouest profond ? Sa rencontre avec les amba Boys servira au moins à quelque chose: lui révéler enfin la vérité tant promise par les religions, à savoir qu’il y a effectivement une vie après la mort !

Un terrain miné
Cependant, ces politiciens d’église devraient savoir qu’ils s’engagent sur un terrain miné. d’abord, en devenant des acteurs politiques clairement engagés dans un camp, ils perdent cette aura supposée qui fait d’eux, dit-on, des personnes à part chargées de paître le troupeau de dieu, ce qui sous-entend dans tous les cas une neutralité de bon aloi. Si leur discours ravit naturellement les partisans du Mrc, on imagine ce qu’en pensent les militants du rdpc et d’autres partis, qui ne verront plus en eux que des propagandistes de plus d’un groupuscule réputé pour ses outrances à répétition. Ensuite, ils oublient qu’ils ne sont en rien plus qualifiés que n’importe qui pour apprécier la situation politico-sociale de notre pays: être prêtre ou même évêque ne vous donne aucune compétence particulière en la matière, à ce qu’on sache. leur domaine est normalement circonscrit au “salut des âmes”, si cela veut dire quelque chose. S’ils sont honnêtes avec leur job, ils gagneraient à s’atteler à cette rude tâche dans un environnement qu’on dit plein de pécheurs coriaces, invétérés et récidivistes, au lieu de rechercher leur quart d’heure de célébrité médiatique avec des déclarations à l’emporte-pièce, comme le premier activiste venu. de manière semblable, ils paraissent penser que parler en tant qu’hommes de dieu d’obédience catholique confère quelque chose de spécial à leurs fariboles. rien n’est moins sûr !

Leurs postures n’impressionneraient jamais ni les fidèles cathos de bonne foi, ni les très nombreux athées, ni même les adeptes des autres sectes chrétiennes, en particulier ceux des églises “réveillées” qui ne les tiennent pas souvent en odeur de sainteté, encore moins les musulmans de ce pays
si divers! c’est dire qu’il est fort hasardeux et présomptueux pour ces prélats de s’adresser aux gens sur la base d’une autorité morale et spirituelle exclusive à tout le moins discutable.

Confusion de rôles
D’ailleurs, s’agissant en particulier de l’évêque de Bafang, qui pourrait vouloir se targuer de sa position actuelle de président de la conférence épiscopale nationale du cameroun (cenc) pour donner du volume et un écho à son action pro-Mrc, il faut rappeler des petites choses. Pour commen-
cer, ses déclarations n’engagent que lui, et en rien le reste de l’église. il n’est pas le patron des catholiques du cameroun, juste le représentant pour un temps des évêques, avec un rôle purement consultatif, notamment en matière de coordination des activités de cette église. En fait, chaque archevêque ou évêque est comme un roitelet dans son diocèse, ne rendant des comptes qu’au vatican et accessoirement à ses fidèles directs qui
le côtoient au quotidien.

À ce propos, on peut même supposer que, pour des raisons évidentes liées à l’actualité politique et à une certaine proximité sociologique, il ait exprimé la volonté générale des fidèles de sa paroisse. Sinon, devant une assistance acquise par exemple au rdpc, l’homme de chasuble et de crosse n’aurait même pas pu terminer son prêche et se serait plutôt attendu à passer un sale quart d’heure, en affichant en chaire son penchant pour les manœuvres du parti de M. Kamto, c’est sûr ! ensuite, et plus grave pour son matricule, en soutenant aussi bruyamment un séditieux, Mgr Kome va à l’encontre des consignes officielles du vatican, qui sont précises pour le cas d’espèce: le clergé d’un pays est tenu d’être toujours républicain, sauf si l’eglise est menacée par l’etat. au cameroun, qui peut prétendre que Paul Biya, catho pur jus et ancien séminariste lui-même, “menace” en quoi que ce soit l’eglise catholique d’ici ? Soyons un peu sérieux !



Et que ce Monseigneur s’informe un peu, quand même: la conférence épiscopale nationale du congo (cenco) a tenté la même intrusion malhonnête au profit programmé d’un certain Martin Fayulu, lors de la dernière élection présidentielle en rdc. Le peuple congolais a parfaitement compris la manigance et a, malgré tout le tapage onctueux des ecclésiastiques, massivement porté tshishekedi au pouvoir, comme chacun sait. En fin de compte l’une des vertus chrétiennes étant la charité, alors soyons charitables envers ces politiques en soutane et donnons-leur un conseil fraternel “en Christ”, comme on dit: à défaut d’adhérer ouvertement au parti de Kamto pour des raisons tactiques, qu’ils créent le leur sans se camoufler derrière leur col romain. ce nouveau parti pourrait d’ailleurs s’appeler également Mrc, c’est-à-dire Mouvement révolutionnaire catholique. Ça sonne vachement bien. et on n’est pas très loin de l’autre.

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