Vous-êtes ici: AccueilInfos2020 07 08Article 525811

General News of Wednesday, 8 July 2020

Source: L’œil du Sahel n°1384

Cameroun : la jeunesse de Maroua droguée au tramadol


Pandémie Coronavirus au Cameroun : Lisez toute l’actualité ici →

L’oisiveté a amené des nombreux jeunes à i’adonner à la consommation des stupéfiants dans la ville de Maroua. Ces produits ont non seulement des conséquences néfastes sur leur santé mais jouent considérablement aujourd’hui sur l’avenir de nombreux jeunes qui ont fait de cette mauvaise pratique leur passe-temps favori.
Lieu-dit carrefour artisanat de Maroua ce Mercredi 1er juillet 2020 II est environ 16h. Dans une ambiance semblable à celle d’un jour du marché, des jeunes venus des divers coins du Cameroun font les affaires. Le dépannage des téléphones portables, la vente des produits artisanaux, des montres, des lunettes et autres accessoires rythment le quotidien de ces jeunes. Ce carrefour est reconnu comme un lieu où se côtoient nombre des toxicomanes. Laminou Sambo fait partie d’eux.

Cet adolescent est reconnu dans ce coin comme un ancien consommateur de tramadol, aujourd’hui reconverti dans la cordonnerie. Nous essayons de l’aborder et c’est sans gêne, qu’il accepte de se confier à nous.



«J’ai été embarqué dans la consommation du tramadol en 2013 par des amis. Je suis un garçon de nature timide et c’est un des comportements que n’apprécient pas mes amis. Un soir, ils m’ont donc demandé de prendre ce comprimé pour chasser ma timidité et devenir un brave homme mais j’ai refusé cette proposition immédiatement. Chaque fois qu’ils me proposent cela je refuse toujours. Mais par malheur un jour, j’ai donc accepté et ils m’ont donné un comprimé de tramadol. Après avoir pris, j’ai senti une force s’installer en moi», raconte Laminou, avant de souligner qu’au fil de temps, il est devenu accro à cet antalgique utilisé par les jeunes pour se droguer. «Par la suite c’est devenu une habitude. Je n’arrive plus à me passer de ce comprimé.



Chaque fois que nous allons dans les fêtes, il faut d’abord que je me drogue pour pouvoir bien m’amuser. J’ai commencé par un comprimé et avec le temps je me suis retrouvé à consommer du coup toute une plaquette. Au fur et à mesure que le temps passe ça ne faisait que s’aggraver. J’étais devenu accro à ces comprimés et tout ce qui droguent. Je prenais tous les stupéfiants qui droguent. Je prenais du tramadol, je fumais la cigarette, de la chicha dont on mélange le produit principal au chanvre. C’est tout cet ensemble qui constituait mon petit-déjeuner», détaille le jeune toxicoman.

Avec l’aide de son père et de sa mère, ce jeune de 28 ans a aujourd’hui tourné le dos à ces stupéfiants mais déplore les impacts qu’ils ont produits sur sa santé et sa vie. «Comme les doses que je prenais étaient fortes, je faisais de temps en temps des crises ou je tombais. J’ai vendu la moto de mon onde qu’il m’a donnée pour faire le taxi. A un certain moment, mes parents étaient obligés de m’enchaîner soit de me bloquer dans la chambre parce que je suis passé à un stade où je devenais déjà fou. Certains de mes amis et membres de la famille m’ont abandonné. Je fais des choses pas vraiment gaies et que je regrette maintenant», confesse Laminou Sambo.

A la gare routière de Maroua, nous retrouvons un autre jeune aussi connu dans la prise des stupéfiants. Agé d’environ une vingtaine d’années, ce jeune n’a pas voulu au départ se livrer à nous. C’est après plusieurs minutes de négociation qu’il décide de nous parler mais dans l’anonymat. Après avoir passé près de 10 ans à s’intoxiquer, ce jeune essaye de se reconstruire une nouvelle vie à travers la coiffure.

«Après le décès de ma maman, mon père a épousé une deuxième femme avec laquelle je ne m’entendais pas bien. J’ai donc quitté la maison et je suis venu m’installer à Maroua en espérant avoir un travail et subvenir à mes besoins. On m’a proposé un travail de domestique à la fin du mois je gagnais 10 000 Fcfa. Mais j’avais une mauvaise compagnie. Chaque week-end on partait en boite et dans les bars. C’est là où j’ai appris à me droguer avec le chanvre, le tramadol, la dissolution. Après j’ai compris de moi-même que je me tuais à petit feu et j’ai tout abandonné. Ces choses m’ont détruit et ont rendu ma vie à néant. Dieu merci j’ai pris conscience et je me bats aujourd’hui dans la coiffure», explique-t-il.

L’ignorance des effets
Non s’en dire qu’à Maroc?., la prise des stupéfiants est en passe de devenir un effet de mode auquel il faut s’accommoder quand on est jeune. Cette pratique est aujourd’hui le véritable passe-temps favori de nombre de jeunes. L’ignorance des effets de leur acte doublée à l’oisiveté ambiante ont fini selon toute vraisemblance à jeter de nombreux jeunes dont l’âge varie entre 12 et 30 ans dans cette débauche.

Au carrefour de l’artisanat, à l’ancienne gare routière de Maroua ou encore au carrefour Djarma situé au cœur de la ville, c’est l’image de cette dépendance à la drogue qui accueille le premier venu. Une ribambelle de badauds installés le long des carrefours se livre au vu et au su de tous à un exercice devenu familier à eux : annihiler une eau gazeuse mélangée à bien d’autres produits toxiques.



Les automobilistes et autres piétons qui passent et-repassent, n’en disent pas mot. Certains émotifs choqués par cette dérive s’en pressent de détourner aussitôt le regard. Selon nombre d’observateurs, les proportions inquiétantes qu’a fini par prendre l’addiction à la drogue en milieu jeunes est le résultat d’une faille à tous les niveaux.

«C’est le regard d’une tragédie, c’est le regard d’une extrême désolation que je porte sur ce phénomène. Quand vous voyez des gamins inonder le marché et les rues et qui n’ont pour seul travail que la prise de chanvre indien cela vient dire qu’il y a un échec quelque part. Les parents ont échoué à contenir leurs enfants et à leur donner une éducation de qualité. La société a échoué en laissant ces enfants dans cette situation et sans avenir. Les politiques publiques ont échoué. Cette pléthore d’ONG qui disent travailler pour les questions des enfants sont passées à côté. Je pense qu’il y a un problème, mieux une défaillance collective», analyse le Dr Ferdinand Paul Enoka, enseignant à l’université de Maroua.

Pour les spécialistes de santé, autant les facteurs qui poussent ces jeunes à s’adonner à la consommation des stupéfiants sont nombreux, autant les risques qu’ils encourent sont multiples. En en croire le Dr Abdou Etama médecin généraliste, la plupart des jeunes développent une dépendance vis-à-vis des produits stupéfiants par expérimentation ou un moyen pour eux de faire face aux difficultés de la vie. Une pratique pourtant non sans conséquence.

Selon Dr Abdou Etama, la consommation des stupéfiants provoque des traumatismes. Ce qui est à l’origine des nombreux accidents de la route dans la ville de Maroua. Pire, la consommation de la drogue peut conduire à une augmentation du rythme cardiaque, des palpitations, des arythmies, de l’hypertension, la perte de poids et de la faiblesse musculaire. Le médecin indique qu’une consommation abusive d’alcool peut interrompre le développement cortical du cerveau, altérer les fonctions supérieures et engendrer davantage de comportements impulsifs. La dépendance à la drogue a également des conséquences sur la santé mentale.

La consommation et l’abus de substances peuvent accentuer des problèmes de santé mentale ou diminuer l’efficacité d’une médication «Tout médicament pris à répétition et de façon excessive a un effet négatif sur l’organisme. Combien de fois une substance toxique. Ceux qui passent tout le temps à se droguer ont un système immunitaire très fragile, très affaibli et cela les rend vulnérables à toutes sortes de maladies», prévient le Dr Abdou Etama.

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.

Rejoignez notre newsletter