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General News of Friday, 3 July 2020

Source: rfi.fr

Cameroun : l’intégralité des réactions de Bibou Nissack sur RFI


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Au Cameroun, le président Biya ne va pas organiser sa succession par une procédure de gré à gré, a promis Jacques Fame Ndongo, le porte-parole du parti au pouvoir RDPC, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais. C'était mercredi sur RFI. Réaction ce vendredi d'Olivier Bibou Nissack, porte-parole de Maurice Kamto, le n°1 de l'opposition. Il est aussi au Directoire national du MRC, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun. En ligne de Yaoundé, il répond aux questions de RFI.

RFI : Une succession de gré à gré, c’est de la fantasmagorie, dit le parti au pouvoir RDPC.

Olivier Bibou Nissack : Nous avons entendu cela de la bouche de monsieur Fame Ndongo. Sur la question du gré à gré, nous avons pris acte de ses propos, de ce qu’il y avait eu un recul du régime sur cette question, et que, pour l’instant, cela avait été renvoyé aux calendes grecques. Eh bien, tant mieux ! Cela dit, « le serpent se mord la queue », et nous revenons dans la situation du statu quo ante. C’est-à-dire qu’il faut assurer le solde du passif de l’élection présidentielle truquée de 2018 et le règlement de la crise au « NO-SO », c’est-à-dire au nord-ouest et au sud-ouest anglophones.

Le porte-parole du RDPC dément également le scénario de la création d’un poste de vice-président. Comment réagissez-vous ?

Nous disons que nous avons pris acte de ce que les modalités, qui étaient envisagées pour faire passer le gré à gré, ont, pour l’instant, été suspendues. Nous avons pris acte. Vous savez, il y a un adage, une vieille sagesse qui dit chez nous : lorsque l’oiseleur se penchait pour ramasser la pierre avec laquelle il comptait abattre l’oiseau, l’oiseau le vit. Et la conséquence est que l’oiseleur arrêta son mouvement et dut changer ses plans. C’est exactement ce qui s’est produit dans ce cas. Donc nous prenons acte de ce recul dans cette entreprise, qui était par ailleurs périlleuse, et nous disons que l’appel à la mobilisation, lancé par le président élu, en dehors de toute fraude électorale, Maurice Kamto, demeure pour autant d’actualité.

En octobre dernier, le régime a organisé un grand dialogue national sur le « NO-SO » -comme vous dites, le nord-ouest et le sud-ouest-, et a fait libérer Maurice Kamto. Est-ce que ce ne sont pas deux gestes d’ouverture que vous devez prendre en compte ?

En fait, le grand dialogue national, dans la pratique, il s’agit d’un ballon à air qui a fait pchit ! Et en réalité, quand on parle d’ouverture, avec l’élargissement du président élu Maurice Kamto, ce n’est pas vrai. Parce que le président élu, Maurice Kamto, avait été arrêté en toute illégalité sur la foi d’accusations fallacieuses. Le dialogue national reste attendu, le vrai. La vocation du grand dialogue national, qui demeure attendu, est de régler le conflit au nord-ouest et au sud-ouest. Et aujourd’hui, force est de constater que cela a été un échec, vu qu’il y a eu plutôt une escalade.

Mais la commission d’enquête décidée par le pouvoir, après le massacre de vingt-deux civils par l’armée camerounaise à Ngarbuh, dans l’ouest anglophone, en février dernier, est-ce que ce n’est pas une décision positive ?

La mise sur pied de cette commission d’enquête a été une pirouette du régime illégitime pour échapper à ses responsabilités. D’ailleurs, les résultats de la commission d’enquête ont été rendus publics en avril dernier et ces résultats n’ont, en effet, ciblé que le menu fretin et pour ce qui a été des sanctions, on attend toujours.

Quelles sont, aujourd’hui, vos priorités du point de vue des droits de l’homme ?

La priorité au Cameroun, c’est de solder le passif de l’élection présidentielle de 2018, cette élection dont le résultat a été frauduleusement détourné par ce régime. Mais aussi, c’est de régler, une bonne fois pour toutes, la crise dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest. Parce que la vérité, c’est que les responsables de la crise au « NO-SO », ceux qui ont créé le chaos dans lequel le Cameroun est aujourd’hui plongé, sont bel et bien au gouvernement et au sommet extrême. C’est-à-dire que monsieur Paul Biya est comme -passez-moi l’expression-, l’omni-problème.

Votre parti MRC a décidé de boycotter les élections législatives de février dernier. Mais cette décision est très contestée à l’intérieur de votre parti. Est-ce que vous ne regrettez pas de l’avoir prise et d’avoir provoqué un certain nombre de défections ?

Si nous avions participé à ces législatives, on nous aurait dit : « Cessez donc de réclamer des réformes, puisque, pour ce qui vous concerne, tout va bien ». Nous aurions donc perdu tout notre crédit, si nous étions partis à ce double scrutin, parce que nous serions partis à ce scrutin en sachant que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les fraudes, qui ont contrarié l’élection de 2018 au niveau présidentiel, auraient produit les mêmes conséquences, s’agissant du double scrutin électif de février. Cela va de soi.

Oui, mais comme vous avez boycotté le double scrutin de février, vous n’avez pas d’élus et vous risquez de ne pas avoir assez de signatures pour faire valider la candidature de Maurice Kamto à la prochaine présidentielle.

Le sort personnel, y compris celui du président élu Maurice Kamto et des militants du MRC, ce n’est pas ce qui les préoccupe. Il faut, aujourd’hui, que l’on s’arrête pour, dans le cadre d’un véritable dialogue national, mettre à plat et créer les conditions de l’avènement d’un véritable État démocratique.

Est-ce que vous boycotterez la prochaine présidentielle ?

Il n’y aura, au Cameroun, aucune élection de quelque nature qu’elle soit, dorénavant, tant que ne sera pas soldé le passif de l’élection présidentielle de 2018 et tant que la crise au nord-ouest et au sud-ouest ne sera pas réglée.

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