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General News of Wednesday, 14 October 2020

Source: rolandtsapi.com

Cameroun : l’histoire effacée

Que savent les Camerounais de leur histoire, pas grand-chose. Il n’est pas rare de voir un adolescent de la vingtaine d’année, être incapable de relater ses propres origines, ne pas connaitre la famille dont est issu son père ou sa mère, n’avoir aucune idée du nombre d’enfants que son grand-père paternel avait, donc ses oncles et tantes. Le jeune camerounais vit complètement coupé des extensions parentales, confiné au sein de la cellule familiale dans laquelle le père et la mère n’ont en plus pas du temps pour lui transmettre le peu qu’ils connaissent de leurs origines. Ces derniers sont d’ailleurs les premiers à interdire à l’enfant de fréquenter l’oncle ou la tante, sous prétexte que ce dernier pourrait lui jeter un mauvais sort par jalousie.


Les seuls oncles et tantes qu’il faut fréquenter, ce sont ceux qui sont bien placés dans la société, parce qu’ils peuvent dépanner de temps en temps ou aider le jeune à trouver un emploi. Toute autre parenté qui n’a pas ces capacités doit être évitée. Bref, aujourd’hui, tous les prétextes sont bons pour isoler les jeunes de toutes les sources qui peuvent leur retracer leurs histoires et leurs origines, les personnes âgées sont évitées soit parce qu’elles seront « incapables » de surveiller l’enfant, soit parce que leurs milieux de vie ne sont pas propices à l’épanouissement de l’enfant, mais l’on oublie le côté transmission de la sagesse et de l’histoire dans le contact enfant /grand parents. C’est ainsi que l’enfant grandi comme un électron isolé, sans attache culturelle et historique, complètement perdu dans la société, ne sachant pas d’où il vient, anthropologiquement parlant, n’ayant aucune boussole qui le guide, et consommant en conséquence ce qu’ils rencontre sur son chemin comme culture, qui la plus part du temps est celle de la dépravation et de la perdition.

Voile sur le passé

Autant les Camerounais connaissent très peu leurs propres histoires, autant ils sont davantage perdus quand il s’agit de l’histoire du Cameroun. Parce qu’elle a volontairement été cachée par le maitre blanc, et la dissimulation a continué avec les relais qu’ils ont laissés au pouvoir. Simplement parce que c’est le vainqueur qui écrit l’histoire. Dans un film documentaire diffusé dans une chaine de télévision française, Achille Mbembe déclarait « Lorsque j’ai grandi au Cameroun, il était interdit de parler de Um Nyobé, et de l’Upc. J’ai été témoin des gens qui évoquaient Um et qui essayaient de voir qui était à côté d’eux. Un silence de plomb a pesé sur le pays, on a essayé de faire comme si Um n’avait jamais existé. » Dans le même documentaire, une franco camerounaise intéressée à l’histoire du pays, dit : « c’est comme s’il y avait une amnésie de cette histoire, il faut vraiment faire un travail archéologique pour déterrer même au sein des familles l’ampleur de ce qui s’est passé. Dans les cours d’histoire qu’on avait au collège, le Cameroun était pris comme un exemple de décolonisation pacifique. C’est incroyable à quel point les faits et l’histoire peuvent être falsifiés, et de manière institutionnelle »

Pourquoi l’histoire du Cameroun doit rester cachée, pourquoi le système fait tout pour maintenir un voile sur ce qui s’est réellement passé au Cameroun, avant l’arrivée des Blancs sur la côte camerounaise, pendant leur séjour et après leur départ ? Combien de Camerounais savent que leurs parents ont porté les pierres les unes après les autres pour construire les rails, porté les morceaux de fer sur les épaules, en rangs alignés pour construire des ponts ? A-t-on à ce jour une idée du nombre de Camerounais qui sont morts pendus sur des poteaux par des allemands parce qu’ils protégeaient le territoire et s’opposaient à l’esclavage de leurs frères et sœurs, que sait-on de ceux qui après les Allemands ont été écrasés, précipités dans les chutes et les ravins, décapités par la France parce qu’ils revendiquaient la liberté et l’indépendance, combien de Camerounais, après 1960, ont également été violement assassinés par le régime qui a succédé au colon ?

Dans la logique de dissimulation de l’histoire, l’administration coloniale classait « top secret » tous les documents, photos et sons pouvant permettre de savoir ce qui s’est passé. Mais progressivement, volontairement ou pas, la France a montré des signes qu’elle était disposée à ouvrir les archives, et a fait un pas dans ce sens. Elle a annoncé depuis le 26 novembre 2018 la déclassification des archives, et a indiqué sur le site internet de l’ambassade de France à Yaoundé : « Comme elle s’y était engagée en 2015, la France contribue à faire toute la lumière sur les épisodes tragiques de la répression des maquis indépendantistes des années 1950 et 1960 au Cameroun. Une première série de plusieurs fonds d’archives diplomatiques relatifs à ces événements pour la période 1957-1969 a été classée, inventoriée et rendue consultable à la salle de lecture du centre des Archives diplomatiques de La Courneuve. Tous les documents de ces fonds émis par le quai d’Orsay et portant une mention « très secret », soit une centaine, ont été déclassifiés. Le travail d’inventaire, de classement et de déclassification des documents relatifs au Cameroun pour la période allant jusqu’à 1971 se poursuit et devrait s’achever en 2019. »

A la suite de cela, que fait le gouvernement pour restaurer son histoire au peuple camerounais ? Le peuple est aujourd’hui sans repère et sans modèle, pourtant son histoire regorge des valeurs humaines et culturelles qui devraient constituer des boussoles pour la jeunesse fatalement en perdition. Les contre modèles sont mis en avant, présentés, vénérés et adoubés dans tous les segment de la société, dans la presse et la musique, ceux-là qui vivent et s’engraissent sur le dos de l’Etat, en puisant directement dans les caisses ou indirectement par les détournements des impôts, ou encore en utilisant des moyens malhonnêtes pour extorquer les biens et richesses, récitant avec les lèvres le mot patriotisme sans y croire. Mais il est temps que le peuple connaisse ce qui s’est passé avant, ce qui leur permettra de bien comprendre le présent et mieux envisager l’avenir. C’est avec le sang de ses enfants que s’écrit l’Histoire de la Nation, dit l’adage, la nation camerounaise a écrit la sienne. Et comme le répète à volonté Alain Foka, « Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire est un monde sans âme. »

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