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General News of Tuesday, 30 March 2021

Source: www.camerounweb.com

Cameroun : ‘Paul Biya cautionne le tribalisme d’Etat’

Le président de la République Paul Biya a créé et entretient un tribalisme d’Etat, c’est l’essentiel de la tribune de Appollinaire Legrand Oko. Dans son analyse, l’intellectuel démontre comment le pays a régressé ces dernières décennies sous Paul Biya. Il dresse également la liste des collaborateurs de Paul Biya qui donnent forme à ses projets tribalistes.


Il y a un tribalisme d’Etat au Cameroun cautionné par Paul BIYA lui-même !

Le clientélisme ethno-régional s’observe de façon empirique dans le fonctionnement de nos institutions. Ce clientélisme est nocif pour le pays en ce qu’il exclut certains citoyens de la gestion de la chose publique. Qui ignore que certains ministères par exemple sont réputés être « consacrés » à certaines régions ou à certaines tribus ? Ici, le fait de ne pas être de la région ou de la tribu du ministre est un handicap et, dans tous les cas, un facteur de marginalisation dans cette institution publique. Depuis 1982, c’est Paul BIYA qui nomme les ministres au Cameroun. Par ailleurs, l’on a vu des communautés revendiquer la primauté de leurs ressortissants dans certains établissements universitaires ; de véritables ultimatums donnés à l’Etat qui a cédé, consacrant ainsi le rejet des camerounais des autres communautés dans ces institutions publiques.

A la faveur de la dernière présidentielle, on a vu des camerounais être interpellés par la force policière et se voir demander s’ils sont Bamilékés. Quel recul ! Il faut rappeler que l’agent de police agit sur la base des ordres qu’il reçoit, qu’il ne lui revient que d’exécuter ; il ne décide de rien par lui-même, car alors, ce serait plus grave. Il faut aussi rappeler que la police est une institution qui relève directement de la présidence de la République. En clair, suivant ce principe, des fonctionnaires de la présidence de la République, dans le contexte de la dernière présidentielle, ont reçu instructions de questionner des camerounais sur leur identité ethnique. En 2018 !

Au-delà de cette imprégnation réelle de certaines institutions par le tribalisme, il est utile de faire observer l’attitude de certains collaborateurs de Paul BIYA. D’abord Mr Grégoire OWONA, lors d’un débat télévisé il y a quelques mois, a laissé entendre que la campagne du RDPC se fera sous le spectre du tribalisme, promettant à son contradicteur d’alors, d’apporter des « preuves de tribalisme » d’un candidat alors que la période de campagne devrait être consacrée à défendre un bilan quand il en existe un et à proposer aux électeurs un projet politique lorsque les candidats se montrent capables d’en produire. Pendant cette campagne, il n’y a eu ni défense de bilan, ni projet politique ; à la place d’un projet, on a assisté à l’exhumation d’un ouvrage vieux de plus de trente ans et dont il est par ailleurs facile d’en souligner l’impensée idéologique, politique et programmatique.

Pendant cette campagne, il y a plutôt eu cette poussée frénétique du tribalisme, occultant volontairement le vrai débat. Mr OWONA nous avait annoncé une ambiance tribale pendant la campagne : il savait à l’avance de quoi il parlait et nous l’avons tous vécu. Mais il n’y a pas que Mr OWONA. Bien avant lui, il y’a eu Mr Amadou Ali dont on a appris, à la faveur des fuites de Wikileaks, qu’il nourrissait une amertume particulière à voir un Béti ou un Bamiléké exercer le pouvoir présidentiel après Paul Biya. Plus récemment, Mr MOMO, membre du Gouvernement illégitime de Paul Biya, est venu menacer de génocide à la télévision nationale, une communauté nationale dans sa totalité. Il a volontairement fait peser sur ces camerounais une menace assimilable à la Shoah qu’ont subi les juifs dans l’Allemagne nazie, faisant du reste le parallèle entre la prétendue arrogance des Bamilékés et des juifs d’une part, et d’autre part, si l’on est cohérent jusqu’au bout, le parallèle entre les prédispositions génocidaires de Mr BIYA et Mr HITLER.

Il faut dire que cette émission n’était pas diffusée en direct ; elle a donc bénéficié de la possibilité, pour la CRTV, de rectifier des propos qui ne seraient pas conformes à la volonté et au discours du Gouvernement. Que non ! Tous ces propos incendiaires ont été réécoutés et validés par les instances compétentes. Il importe à ce titre de rappeler que la CRTV est une institution sous-tutelle du Gouvernement, tutelle exercée par le Ministre de la Communication. Ce qui est encore plus effrayant, c’est le silence de la personne dont ces « ministres » sont les mandataires : Mr BIYA. A chaque fois, il n’y a eu aucune réaction, aucune décision conséquente : ni contre Mr Amadou Ali, ni contre Mr OWONA, ni contre Mr MOMO. Les personnes prises en flagrant délit de propos clivant et dangereux ont continué à bénéficier de l’entière confiance de Mr BIYA. Il y a là une attitude de validation de la forfaiture, une complicité tacite, voire un satisfécit.

Le constat du tribalisme d’Etat au Cameroun s’observe aussi dans l’inscription temporelle du phénomène. Des faits constants depuis 1984 l’étayent. Après le coup d’Etat manqué du 6 avril 1984, une animosité sans précédent a été orchestrée par le régime de Paul BIYA contre les camerounais du Septentrion. Ces compatriotes ont été victimes du délit de faciès. Des exécutions barbares, après des procès sommaires, ont décimé une bonne partie de l’élite civile et militaire de cette partie de notre pays. Rappelons qu’en 1984, KAMTO n’était pas de la partie ! Paul BIYA avait donc pris pour cible, moins de deux ans après son arrivée à la tête de l’Etat, une communauté nationale.

Après cette fièvre identitaire de 1984 ayant conduit à des tueries de masse, une autre fièvre identitaire est survenue en 1992 lorsque le leader politique, porté par le SDF et l’Union pour le Changement, Ni John FRU NDI, a montré des signaux de vrai challenger pour le pouvoir présidentiel. La machine de Mr BIYA a alors appris aux camerounais qu’un anglophone ne peut pas être président du Cameroun. Lui, Mr BIYA, pouvait être président, mais pas un anglophone ! Cette fois encore KAMTO n’était pas là.

Deux ans plus tard, un ami de Paul BIYA lui fait une observation à propos du tribalisme d’Etat dont il se rend volontairement coupable. En effet, dans une correspondance datée du 14 décembre 1994, Samuel KAME, un proche, lui en fait la remarque de manière sincère en ces termes : « Le côté bonheur dans tous les domaines de ton Etat est dirigé vers tes frères Bétis et assimilés ». Samuel KAME, l’un des pionniers du renseignement camerounais, n’était pas un « opposant » ; c’était l’un des piliers du système néocolonial français au Cameroun. Mais il n’était pas une « créature » de Mr BIYA, et pouvait donc lui signifier son avis en le tutoyant. Et pour marquer sa fidélité et sa liberté de ton, il précise ce qui suit : « Il existe entre nous des rapports de deux natures. D’abord des rapports de citoyen à Président et des rapports entre frère et ami ... Je préfèrerai faillir à mes devoirs envers le lointain Président. Je considère par contre sacré mon devoir envers mon frère et surtout mon ami. Ce rapport d’après moi repose sur une devise suprême : la vérité… Jouer à tes côtés comme courtisan, coopérer à tes côtés sans conviction est pour ma part impardonnable ». Dans la suite, on peut lire : « Certains aspects de notre grave maladie ont des origines extérieures, mais elles sont aggravées par le virus trouvé sur place : le tribalisme ». No comment ! KAMTO n’est toujours pas candidat à la présidentielle.

Lorsque Maurice KAMTO arrive enfin en 2018, porté par le souffle de l’espoir du peuple camerounais, la machine de Paul BIYA ne s’intéresse plus aux « nordistes » ou aux anglophones, mais désormais aux Bamilékés. Ils sont les nouveaux ennemis de Paul BIYA et de « son » pouvoir. Il faut, cette fois aussi, construire la haine collective contre les Bamilékés. On met alors à profit des médias, des faux profils sur les réseaux sociaux, autant que des personnes connues pour tribaliser le débat politique ; on instrumentalise les chefs traditionnels, on crée des affaires fantasmagoriques de détournements de deniers publics, etc. Le but recherché par Mr BIYA étant de sécréter et d’entretenir au sein du peuple camerounais la méfiance, la peur, la désaffection et même la haine contre une communauté qui a le malheur de voir un de ses membres être candidat à la fonction présidentielle.

Après d’autres, Maurice KAMTO, en tant que challenger sérieux, a subi le tribalisme systématique de Mr BIYA. Si Maurice KAMTO avait été Bassa, Maka, Bamoun, ou Yambassa, il y’aurait eu contre l’une de ces communautés la même férocité et les mêmes menaces génocidaires ; le régime de Mr BIYA aurait tout fait avec les moyens de l’Etat pour que la communauté dont est issu le leader emblématique soit détestée par toutes les autres communautés du pays.
En somme, un pays qui consacre le clientélisme ethno-régional au sein des institutions publiques, un pays dont des membres du Gouvernement tiennent ouvertement des propos tribalistes sans être démis de leurs fonctions, un pays où des personnalités proches du président lui font le reproche de promouvoir lui-même le tribalisme, un pays où les communautés des opposants politiques sont systématiquement stigmatisées, menacées et attaquées avec les moyens de l’Etat est un pays qui pratique le tribalisme d’Etat.

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