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Actualités Régionales of Tuesday, 17 August 2021

Source: Mutations

Cameroun - New-Town aéroport: la vie après les casses

Un mois et demi après leur déguerpissement, les victimes tirent le diable par la queue Un mois et demi après leur déguerpissement, les victimes tirent le diable par la queue

Un mois et demi après leur déguerpissement, les victimes tirent le diable par la queue.

Au quartier New-Town aéroport, l’espace libéré après l’opération de déguerpissement du 26 juin dernier n’est pas encore aménagé. Cet endroit sur lequel était installée une centaine de familles est désormais un lieu de restauration. Des restaurants de fortune et un garage automobile y occupent une partie de l’espace qui s’étend à perte de vue.

Du matin au soir, des clients se succèdent sous des parasols pour y passer d’agréables moments autour des rasades. Seulement, pendant qu’ils rient, Aïssatou pleure. La jeune femme est encore sous le choc après l’éviction de sa famille. La maison construite cinq ans plus tôt par ses parents a été rasée pendant les casses. « On ne sait pas là où vivre », se lamente la victime.

Sa famille est retournée vivre à l’Extrême-Nord, faute de moyens financiers pour se loger à Douala. Aïssatou quant à elle dit avoir trouvé une chambre au « Bois des singes », une zone située à moins de quatre kilomètres de son ancien quartier. Pour survivre et payer son loyer, la native de Maroua vend à manger en plein air.

Assise sur la véranda d’une maison à proximité de l’espace dévasté à New-Town aéroport, Aïssatou bénéficie de la faveur des occupants de la bâtisse avec lesquels elle entretient de bonnes relations.

C’est dans ce coin exposé aux odeurs nauséabondes, aux mouches et autres insectes qu’elle concocte ses mets. Ce mercredi 11 août, le menu est constitué du couscous, du riz, du plantain, accompagné de légumes. Tout doit être prêt avant 14h, signale la vendeuse.

Bois des singes

Un mois et demi après les casses qui se sont déroulées «dans le cadre des travaux d’assainissement des espaces aéroportuaires du Cameroun, tel que défini par l’Organisation de l’aviation civile internationale (Oaci) et en application des instructions du ministre de l’Administration territoriale, objet du message-fax n°000960/MFX/MINAT/SG/DPC/BSC du 03 novembre 2020», de nombreuses victimes tirent le diable par la queue.

Selon la plateforme des organisations pour la promotion du droit au logement décent (Piafodal), douze riverains de ce quartier, ayant résisté le jour du déguerpissement, sont détenus à la prison centrale de Douala. Les autres victimes, quant à elles, sillonnent la ville à la recherche d’un refuge. Quelques-unes ayant bénéficié d’une aide ont pu trouver un abri au quartier Bois des singes n°9, dans le deuxième arrondissement de la ville.

Mohammadou Goni compte parmi les chanceux. Le sexagénaire est logé avec sa femme et ses enfants dans une chambre construite en matériaux provisoires. Son loyer et sa ration sont pris en charge par le chef de ce quartier.

« Dès son arrivée au quartier, il est allé supplier quelqu’un pour dormir. Après un mois, il a été mis à la porte avec sa famille. Il est venu me rencontrer pour m’expliquer sa situation. Je suis allé demander à mon chef de bloc s’il a une chambre à louer. Il a dit oui. Il me dit que c’est 15.000 Fcfa. J’ai discuté à 12.000 Fcfa et j’ai avancé deux mois de loyer. J’ai pris l’engagement de payer jusqu’à ce que sa situation change », confie Sa majesté Hamadjouda Haman.

Titre foncier

Le bienfaiteur dit avoir également fait un geste à l’endroit d’autres victimes. « Plusieurs personnes sont venues me rencontrer. Elles disent qu’elles ont été surprises par le déguerpissement. Leurs effets sont restés dans la rue. On ne savait pas comment faire pour leur venir en aide. Il y a certains à qui j’ai remis de l’argent : de 5.000 à 30.000 Fcfa. On a fait avec ce qu’on avait », ajoute ce chef. Reste que le Pla-fodal juge illégale l’éviction des riverains du quartier New-Town aéroport.

À en croire cette organisation, les populations déguerpies détiennent un titre foncier d’une superficie de 19 hectares. Toute chose qui exclut, selon le Plafodal, une éventuelle démarche de négociation auprès des autorités administratives.

« Les populations détiennent un titre foncier de 19 hectares, confère décision de justice de la Cour d’appel du Littoral de février 2020, qui a demandé à la famille Boando la réintégration sur cet espace de 19 hectares. Aujourd’hui, il n’est plus question de négocier quoique ce soit ou encore le recasement, parce que c’est notre propriété », indique son porte-parole, Jean-Baptiste Bontsebe.

Le Plafodal envisage de saisir le juge administratif pour dénoncer « la barbarie administrative », et le juge pénal pour demander réparation.

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