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Actualités of Monday, 22 March 2021

Source: www.camerounweb.com

Cameroun : Messanga Nyamding, l’enfant bâtard du sérail

Messanga Nyamding, l’enfant bâtard du sérail Messanga Nyamding, l’enfant bâtard du sérail

Dans sa parution de ce lundi 22 mars 2021, le journal Le Messager analyse la descente aux enfers du professeur Messanga Nyamding. Le célèbre communiquant du RDPC n’aurait pas seulement un problème personnel avec Ngoh Ngoh. Il serait complètement tombé en disgrâce dans le régime. Il serait entre autres reproché à l’ex chef de département de l’IRIC ses propos teintés de vérités qui mettent à mal sa famille politique.


CamerounWeb vous propose l’intégralité de l’article de nos confrères du journal Le Messager.

L’Arrêté non motivé de Jacques Fame Ndongo du 19 mars 2021 destituant cet enseignant de ses responsabilités de chef du département de l’Intégration et de la coopération pour le développement, est perçu comme un acte de sa délégitimation par les siens. Qui mieux que Pascal Charlemagne Messanga Nyamding pour claironner son appartenance au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), parti au pouvoir ? Qui mieux que lui dans le biotope politique camerounais affiche aussi ostensiblement et ostentatoirement son statut de membre titulaire du Comité central de cette famille politique ?

On ne pourra que très difficilement citer un nom avant lui ! Sur les plateaux de télévision, sur les ondes de la radio, dans les colonnes des journaux, il a tellement défendu bec et ongle d’abord le parti et par la suite, de plus en plus Paul Biya, qu’on se demande parfois quelles sont les réelles motivations de cet engagement politique sans retour d’ascenseur. Précisément sur cette question, il s’en est ouvert pour s’offusquer, plusieurs fois en mondovision du manque de reconnaissance à son endroit par les tenanciers du pouvoir. Il attendait et espérait toujours une nomination, mais c’est le pire qui est arrivé : la déchéance de son strapontin de chef de département à l’Iric.


Il a compris ce qui se passe et a déclaré lucidement : « le rouleau compresseur se déferle contre moi ». La combinaison de deux faits montrait déjà récemment qu’il y avait de l’eau dans le gaz de sa sérénité souvent affichée au nom de son appartenance politique. Il y a eu sa convocation au Sed, d’où il est sorti pour affirmer qu’il espère lui aussi, comme ont reconnu les enquêteurs qu’il n’en est rien.


Corrompus

Le deuxième fait est une vidéo qui a fait le buzz sur la toile, le montrant avec une femme en train de tancer les gendarmes en faction pour la prévention de l’insécurité routière. Dans cette vidéo, il a la langue très acerbe et se présente comme membre titulaire au Comité central du Rdpc. Il traite les pandores de corrompus et leur promet d’aller se plaindre chez Joseph Beti Assomo. Chose curieuse toute la scène est filmée et postée sur la toile. Qui l’a publiée sur la toile ? Etait-ce le début de son reniement par le sérail comme un père le ferait d’un enfant qu’il juge indigne et déshonorant ? Maintenant qu’il est déchu, on comprend de la déclaration de Messanga Nyamding qu’il s’attend encore à d’autres représailles pour le mettre ou pour le convaincre de sa juste place d’un enfant illégitime ou bâtard du régime qui ne se reconnait certainement plus en lui. Cette situation que traverse l’homme politique doit de toute évidence être aussi un message que le pouvoir passe de manière sibylle à tous les Rdpcistes qui seraient tentés de prendre des libertés pour violer les lois surtout non écrites, de savoir à quoi s’attendre. Maintenant que Fame Ndngo l’a sanctionné, que va faire Messanga Nyamding ? Va-t-il demeurer dans le parti en espérant que Paul Biya à tout moment peut le rappeler à ses grâces ? L’homme est sur le fil du rasoir.

L’agneau du sacrifice

Le péché mortel de Messanga Nyamding est la liberté. A examiner de près, c’est l’affirmation de son être comme sujet libre dans la parole et les actes sur le champ politique ou au sein de son parti, la racine du mal. Les faits sont là, têtus. En 2018, à l’élection présidentielle, alors que le chef de l’Etat était taiseux sur sa candidature pour un nouveau mandat, le chef traditionnel dans le Nkam défraya la chronique en disant que si Paul Biya n’est pas partant, il se jetterait dans la mêlée pour la conquête du fauteuil présidentiel.

Scandales et embarras dans les sphères du parti où son président est statutairement le candidat à l’élection présidentielle. Passé ce coup et pour ne citer que les plus retentissants, l’enseignant des relations internationales s’identifie au sein du Rdpc comme le chef de file des Biyaïstes, c’està-dire ceux qui sont obligés par la personne du président Paul Biya, à qui ils vouent un culte sans limite même au péril des intérêts du parti. Cette posture n’a pas du reste toujours créé la sérénité dans ses rapports avec la hiérarchie de sa famille politique.


Le régime en putréfaction

Plusieurs fois, il a été annoncé de ce fait interdit de parole dans les médias au nom du Rdpc sans qu’il daigne ni apporter un bémol à son champ de liberté, ni tirer les leçons des outrages. Plus récemment encore, on l’a vu à la chefferie Bamendjou, en compagnie de sa majesté Sokoudjou Jean Rameau, qui a régulièrement maille à partir avec le pouvoir de Yaoundé. Est-il encore besoin de relever son combat, le combat qu’il continue seul après le décès de son ami et camarade Ateba Eyene, portant sur la stigmatisation des mœurs et des mauvaises pratiques ?

A bien le suivre, c’est comme si tout le régime était en putréfaction en dehors bien sûr de Paul Biya. Entre les pratiques contre-nature, corruption et détournement des deniers publics, et ce qu’il appelle sans cesse coup d’Etat scientifique contre son champion, Messanga Nyamding dérange son monde. Ce monde-là, à son tour semble ne plus vouloir de lui, et lui adresse un carton rouge qui de manière pédagogique est déjà un carton jaune à tous les militants de ce parti qui voudraient suivre sa voie. Il est déjà une sorte d’agneau sacrifié pour guérir l’appétence libertaire au sein du Rdpc.

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