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General News of Saturday, 9 January 2021

Source: www.camerounweb.com

Cameroun : Jeune Afrique étale les stratégies de Jean-Michel Nintcheu pour redonner vie au SDF

Après les élections législatives municipales et régionales, le RDPC règne sans partage sur la scène politique camerounaise. Au moment où les Camerounais s’y attendent le moins, le SDF veut renaitre de ses cendres et troubler la quiétude du parti au pouvoir. Cette mission est confiée au député Jean-Michel Nintcheu réputé pour sa radicalité. Jeune Afrique révèle dans cet article, les méthodes du stratège qui compte donner une nouvelle vie au Social Democratic Front (SDF).

En perte de vitesse à travers le pays, le Social Democratic Front (SDF) a confié à son virevoltant député du Littoral, partisan d’une opposition frontale avec le régime, la lourde tâche d’élaborer la nouvelle stratégie opérationnelle du parti.


Son nom est indissociable du vent de contestation qui souffle en permanence sur Douala, la frondeuse capitale économique du Cameroun. À 62 ans, le député Jean-Michel Nintcheu peut même se targuer d’être l’un des derniers acteurs de la lutte pour les libertés individuelles au Cameroun, parmi ceux qui ont bâti la réputation contestataire de la ville. Il est l’héritier de cette génération née à l’occasion du retour au multipartisme dans les années 1990 et qui présente aujourd’hui des signes d’essoufflement.


C’est lui que le Social Democratic Front (SDF) a chargé d’élaborer sa nouvelle stratégie de reconquête des cœurs. Jean-Michel Nintcheu appelle depuis de longs mois le SDF à faire son examen de conscience. Entre 2018 et 2020, il a profité de chaque réunion du Comité exécutif national (NEC), la plus haute instance du parti, pour ramener le débat autour de la stratégie à adopter. Sa détermination a fini par porter ses fruits puisque le 12 décembre, le leader du SDF, John Fru Ndi, fraîchement de retour au Cameroun, a créé une « commission Action » visant à « réfléchir sur les actions pouvant être mises en place sur le terrain ». Sa direction a été confiée à Nintcheu, qui se dit « ravi d’avoir été entendu ». Le député devra rendre sa copie en février 2021, lors de la prochaine réunion du comité.


Nintcheu est convaincu qu’il est encore possible d’enrayer le déclin du parti et que le SDF n’est pas condamné à assister, impuissant, à la reconfiguration politique du pays. La situation n’est pourtant pas florissante, il le sait et l’explique par « ces années passées dans une opposition dite “républicaine”, dont le fondement est la convivialité institutionnelle avec le RDPC [Rassemblement démocratique du peuple camerounais, au pouvoir] ».
« Opposition frontale »


Lui souhaite que le SDF renoue avec ses racines et avec l’esprit frondeur des années 1990 : « Notre parti a construit sa réputation sur une opposition frontale avec le régime. Nous devons retourner à cette stratégie, clame-t-il. La lutte pour le changement est loin d’avoir atteint son objectif. La plupart des régimes africains ont changé, seul le Cameroun est toujours dans l’inertie. Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour faire changer ce système. » Ces positions radicales ne font néanmoins pas l’unanimité, y compris au sein de l’aile plus modérée du parti, emmenée par Joshua Osih, vice-président du SDF.
Illustre inconnu lors de la fusion de son parti, le Rassemblement pour la patrie, avec celui de Fru Ndi en 1996, le puissant patron du SDF dans le Littoral assure avoir « conscience de l’ampleur de la tâche ».


De fait, à l’issue de la présidentielle d’octobre 2018, Joshua Osih, le candidat du SDF, n’avait pu obtenir mieux qu’une quatrième place, abandonnant le titre de leader de l’opposition au Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto. La tendance s’est encore accentuée lors des élections locales de février 2020, puisque le SDF a perdu sa place de premier parti d’opposition au Parlement au profit de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) de Bello Bouba Maïgari. Cette perte d’influence s’est propagée jusque dans les fiefs anglophones du parti, où le SDF ne dispose plus que d’une poignée d’élus, la majorité d’entre eux étant désormais étiquetés RDPC.


Jean-Michel Nintcheu a pour lui sa longue expérience politique. Fils d’un ancien combattant de l’Union des populations du Cameroun (UPC), il s’est engagé dès les années 1990 aux côtés de Pius Njawe, de Djeukam Tchameni, d’Henriette Ekwe, d’Antar Gassagay ou encore de Senfo Tonkam, avec lesquels il a lancé le Comité pour l’action populaire et la liberté (Cap-Liberté).


En 2008, Nintcheu participe aux mouvements de protestation contre la modification de la Constitution et contre la vie chère, qui débouchent sur l’une des crises sociales les plus importantes de l’histoire du pays. Convaincu que les manifestations populaires sont « le seul moyen de venir à bout de Paul Biya », l’élu tentera par la suite de rééditer l’expérience, mais sans jamais y parvenir. Pas même après la présidentielle de 2018, Joshua Osih s’étant ouvertement désolidarisé d’une marche de protestation contre « les fraudes massives à l’élection » qu’il avait pourtant dénoncées.


Le Covid-19, son cheval de bataille


Aujourd’hui, sous ses airs débonnaires, Nintcheu veut être l’une des tours de contrôle de l’action gouvernementale. Il a d’ailleurs fait de l’observation de la gestion de la pandémie de Covid-19 son nouveau cheval de bataille.

Il est le premier à avoir posé, dans l’espace public, des questions sur la gestion des fonds alloués à la lutte contre le coronavirus, sur l’achat des stocks de tests ou encore sur la passation de marchés liés au Covid-19. « À quoi serviront les frais de représentation, de fêtes et cérémonies officielles, dont le budget est passé de 58 à 70 milliards de francs CFA en 2021 ? », a-t-il encore demandé après l’annulation des traditionnelles cérémonies de présentation des vœux du président de la République et de son épouse, en raison de la pandémie.

Et s’il n’obtient pas toujours de réponses claires, les avanies infligées aux membres du gouvernement ne passent pas inaperçues. Alors qu’il était convié par le ministre de la Santé, le Dr Manaouda Malachie, à une réunion d’évaluation du plan de riposte contre le Covid-19, le 28 décembre, Nintcheu a refusé d’y prendre part. « C’était une tentative de corruption morale, justifie-t-il. Le ministre a refusé de venir rendre des comptes à l’Assemblée nationale, devant les représentants du peuple. M’inviter dans ses bureaux pour une réunion folklorique ne servait à rien. »


Côte de popularité au plus haut


Si elles dérangent au sein de la présidence, les positions enflammées du député sont prisées par les hommes des médias qui défilent dans ses bureaux d’Akwa Nord, dans la périphérie de Douala, tout comme une partie de la population qui l’a réélu, en février 2020, pour un troisième mandat consécutif à l’Assemblée nationale.


Au sein du SDF également, nombreux sont les militants qui ne tarissent pas d’éloges à son endroit. « Nintcheu incarne l’âme originale du parti, celle prônée par John Fru Ndi dès les années 1990 », souffle Aymeric, un militant de la circonscription de Wouri Est. Certains voient même en lui un potentiel successeur du leader de l’historique formation politique.


Jean Michel-Nintcheu y pense, mais se refuse à tout commentaire sur le sujet. Pour l’heure, il applique à la lettre la voie qu’il a lui-même tracée, une stratégie bien huilée mêlant populisme et réalisme politique. Recette gagnante, sa côte de popularité semble au plus haut alors que son parti est dans la tourmente. Et si ses détracteurs le soupçonnent de complicité dans des affaires de marchés fictifs ou de connivence avec le MRC, Nintcheu semble immunisé contre les critiques. « Je préfère être taxé d’être proche du MRC plutôt que du RDPC, assume-t-il. Le salut du peuple camerounais passe par la mutualisation des forces du changement. » Reste à savoir si ce capital sympathie sera suffisant pour relancer une machine SDF en chute libre.

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