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General News of Saturday, 24 April 2021

Source: cameroun-muntunews.com

Cameroun: Germaine Ahidjo, 38 années d’exil

Fin 2020. La polémique autour de la prise en charge de l’ancienne Première Dame du Cameroun a enflé après les déclarations d’une avocate camerounaise sur son état de santé et sur l’urgence du gouvernement d’en prendre charge.

Quelques mois seulement après, Germaine Habiba Ahidjo a définitivement rangé sa couronne de reine. La nouvelle de sa disparition est tombée aux premières heures de la matinée du 20 avril 2021. Elle était âgée de 89 ans.

Née le 11 février 1932 à Mokolo dans la région de l’Extrême-Nord, Germaine Ahidjo était la veuve du tout premier Président de la République du Cameroun, Ahmadou Ahidjo. Elle a été la Première dame du pays de 1960 à 1982.

Son père Yaya Boubawa qui avait consenti à l’adopter et Hawa, sa génitrice, lui ont montré très tôt la route de l’école. En 1942, elle obtient son certificat d’étude à Yaoundé alors qu’elle n’a que 10 ans. Elle est ensuite admise au collège des jeunes filles de Douala qui est devenu le lycée de New-Bell.

Par le truchement de Louis Paul Aujoulat, elle bénéficie d’une bourse d’étude accordée par l’Assemblée Territoriale et se rend en France. Elle y obtient un diplôme d’infirmière hospitalière d’État en 1952, puis entre à l’Institut Pasteur où elle se spécialise en maladies tropicales.

De son premier mariage avec un Libanais appelé Touffic, nait son premier enfant, Daniel Boubakary. Avec Ahmadou Ahidjo dont elle fait la rencontre en 1955 après son retour au Cameroun, elle partage la passion de la lecture.

Les deux jeunes se marient le 17 aout 1957 à Paris. Elle laisse seuls quatre enfants : Daniel Boubakary, Babette, Aissatou et Aminatou.

Conseillère du Président

Discrète et éclairée, Germaine Ahidjo laisse l’image d’une femme très attachée à son mari auprès de qui elle endossait souvent le rôle de conseillère. Dans un échange qu’elle aurait tenu avec le Président Ahidjo peu de temps avant la démission de ce dernier, elle lui aurait fait des propositions relativement à sa succession.

« As-tu pensé à Ayissi Mvodo Victor, ou même à ton fidèle Secrétaire général, Samuel Eboua ? Je les trouve tout à fait capables, et même davantage charismatiques que Paul Biya ! », lui aurait-elle lancée dans la chaleur de leur lit présidentiel après que le Président lui avait annoncé son intention de rendre son tablier.

Victime de l’histoire

En Avril 1983, Germaine Ahidjo quitte le Cameroun avec sa famille, à la suite de la démission du Président Ahmadou Ahidjo. Ils s’installent en France, puis au Sénégal où elle est morte comme son mari avant elle. Elle a ainsi passé 38 années hors du Cameroun sans pouvoir y retourner.

En 2014, elle révélait à une journaliste de Radio France Internationale que ses papiers camerounais lui avaient été confisqués. « Je ne suis pas rentrée au Cameroun. D’abord je n’ai pas les papiers camerounais, que l’on m’avait confisqués et que l’on ne m’a pas remis officiellement », affirmait-elle.

Depuis, certains de ses enfants sont retournés au Cameroun, mais pas elle qui espérait la réhabilitation de la mémoire de son mari et le rapatriement de ses restes.

« Il n’est pas question que je rentre au Cameroun sans que le corps de mon mari soit devant et moi derrière pour accompagner ces restes, comme lui-même l’a désiré. Il avait demandé que tant que les choses ne seraient pas remises dans l’ordre, il préférait que l’on attende un peu, et que le jour où il rentrerait au Cameroun, comme chacun veut être enterré dans son pays natal, que moi sa femme, je devrais raccompagner ces restes », confiait-elle à Carine Frenk.

Le retour de sa fille cadette, Aminatou Ahidjo a fait souffler le froid sur leurs relations en 2013. Celle-ci outrepassait les recommandations de sa mère pour faire alliance avec le régime de Yaoundé.

Après une campagne électorale aux couleurs du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais, elle s’est vue placée à la tête du Conseil d’administration du Palais des Congrès de Yaoundé.

Germaine Ahidjo est décédée à l’hôpital principal de Dakar au Sénégal, après y avoir passé plus d’un tiers de sa vie, en exil.

Le combat qu’elle a mené pour la réhabilitation du premier Président du Cameroun et pour le retour de ses restes dans son pays, a dilué l’image de la femme aimable et généreuse que les Camerounais de la période des indépendances ont gardée d’elle.

Elle reposera sans doute aux côtés de son mari en attendant qu’un de leurs enfants ou petits-enfants les ramène à leur terre natale, à l’initiative d’un nouveau Président du Cameroun

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