Vous-êtes ici: AccueilInfos2021 03 15Article 579964

General News of Monday, 15 March 2021

Source: www.camerounweb.com

Cameroun : Akere Muna célèbre Me Charles Tchakoute Patie

L’ancien bâtonnier du Cameroun Akere Muna a rendu un hommage à son confrère Me Charles Tchakoute Patie dont les obsèques ont eu lieu ce week-end. Akere Muna vante les mérites de l’avocat et raconte ses relations personnelles avec ce dernier.


Monsieur le Procureur général de la Cour su prême du Cameroun, Mesdames, Membres de la Cour suprême du Cameroun, Madame le Bâtonnier et membres du barreau, Prési dent de l'Assemblée géné rale, Distingués magistrats et juges supérieurs, Anciens Bâ tonniers ici Présent Distin gués conseillers principaux et membres du barreau,

Distingués membres du greffe de la Cour
Distingués Mesdames et Messieurs, tous les proto coles dûment respectés, Chère Clarisse, maintenant veuve, et les enfants du dé funt bâtonnier Tchakoute, membres de la famille du bâ tonnier deede, Madame le Bâtonnier, je suis honoré de votre décision de céder à une prérogative qui est la vôtre et la vôtre seu lement, en me demandant de faire les présentations d'adieu pour notre chef décede. Je suis rassuré par le fait que vous vous présenterez à son dernier lieu de repos alors que nous clôturons la série d'hommages dignes que le Barreau ait décidé de rendre au défunt bâtonnier. Je suis conscient du fait que la pan démie nous a confinés dans des contraintes .Nous respec tons ces contraintes, non pas parce que nous ne respec tons pas et n’honorons pas la mort d’un fils aussi illustre, mais parce que nous devons aussi honorer et protéger la vie, surtout dans un environ nement où nous devons lutter chaque jour pour distinguer les faits de la fiction.

COVID 19 est une réalité. Des gens meurent chaque jour et le Barreau a perdu de nombreux collègues, dont un ancien bâ tonnier .Ignorons les promo teurs des théories du complot et écoutons la science. Res pectons la distanciation so ciale, lavons-nous les mains régulièrement, utilisons des gels antibactériens et n'ou blions pas de porter nos masques, toussons ou éter nuons dans nos manches quand il le faut, et essayons de faire des tests régulière ment. En nous conformant à ces mesures, nous ne proté geons pas seulement nos vies, mais nous protégeons également la vie des autres. La science a montré que ces mesures simples sauvent des vies. L'avocate Rose Celine Mbarga n'est pas parmi nous aujourd'hui. Elle nous a été arrachée par le monstre impi toyable, COVID-19. Elle vous a accompagné, Mme le Bâ tonnier, lors de tous vos dé placements et à travers les arrangements qui ont dû être faits pour les obsèques du bâtonnier Tchakoute. Nous récoltons ici les fruits des ef forts, en son absence. Il convient que je me sou vienne, à ce stade, de plus d'une douzaine d'avocats qui sont décédés ces derniers mois du COVID et d'autres causes diverses. Il sera ex cessif de lire une liste. Nous mettons notre bâtonnier au repos sachant qu'ils se ren contreront tous dans l'éternité ; nous honorons leur mémoire en priant pour le repos paisi ble de leurs âmes et nous leur demandons d'intercéder pour le renforcement de notre Barreau et, à travers lui, la justice dans notre pays. Chère Clarisse, maintenant veuve du Bâtonnier Tcha koute, et vos enfants Corine, Cyril et Cassandra, je sais que vous avez le cœur brisé et que vos cœurs y ont élu domicile dans le cercueil de vant nous.


Soyez forts et tirez votre force de l'honneur qui a été donné à votre mari et à votre père depuis qu'il a voyagé dans l'éternité. Comme Mme le Bâtonnier l'a dit à maintes reprises, le Bar reau sera là pour vous soute nir. Pour vous, les frères, sœurs et autres membres de la famille du bâtonnier Charles Tchakoute, vous avez été frappé deux fois en moins de six mois mainte nant, avec la mort de votre frère Hilaire. C'est une dou leur que j'ai connue et que je dois encore affronter. Des oc casions comme celle-ci ne font que me rappeler mon propre chagrin. J'ai perdu deux frères en l'espace de sept mois en 2019, dont le batonnier Bernard Muna. Il n'y a pas de vaccin contre le chagrin. Peu importe le nom bre de fois où l'on est frappé par les griffes impitoyables de la mort, on succombe encore à la confusion, au chagrin et à l'impuissance. Maintenant, plus que jamais, vous tous, dans toutes vos familles, aurez besoin les uns des au tres. Nous prions pour la force pour vous tout au long de ces cérémonies et au-delà. Monsieur le Président de la Cour suprême, Madame le Bâtonnier, distingués magis trats et juges, savants col lègues, Mesdames et Messieurs: Je suis venu enterrer le bâ tonnier Charles Tchakoute et non pour le louer. Non pas parce qu’il n'est pas digne d'éloges-loin de là- mais parce que son héritage est solide et à la vue de tous. Pendant les quelques mois pendant lesquels sa dépouille mortelle était gelée, pendant que nous triions nos vanités terrestres, nous, du Barreau, avons eu amplement le temps de réfléchir et de compter ses réalisations, une par une. Je m'en voudrais cependant de ne pas mentionner le rôle étonnant que le bâtonnier a joué pour maintenir l'unité du Barreau, gérer les crises émergeant de la gestion de la tradition de Common Law, rassurer les jeunes avocats et l'organisation d'un Barreau in clusif. Il a également veillé à la mise en place d'une dé marche institutionnelle au sein du Barreau pour la dé fense des avocats dont la li berté pourrait être menacée. Il s'est reconnecté au niveau international et national.


Il a parcouru toutes les régions pour assister à toutes les cérémonies d'assermentation des avocats et s'est battu pour le lien du Barreau. C'était et ce n'est pas une tâche facile, face à une société qui, comme jamais auparavant dans son histoire, traverse toutes sortes de menaces, de division, de triba lisme, de népotisme, d'avidité, de corruption, de perversion de la justice et d'abus de pouvoir, pour ne pas dire juste un peu. La poursuite aveugle d'intérêts personnels et égoïstes dans une telle atmosphère conduit à ce avec quoi nous luttons aujourd'hui; l'érosion de l'état de droit et la destruction progressive de notre système d'intégrité, faisant ainsi de l'absence de gouvernance la nouvelle norme. Face à tout cela, le bâton nier Tchakoute était bien l'homme de l'arène. Il était fortement impliqué dans les questions concernant l'état de droit, les droits de l'homme et les libertés. C'étaient des si tuations qui exigeaient de la compétence, du courage et de la ténacité. Il s'est rendu compte que si l'avocat n'était pas protégé, les citoyens n'avaient aucune chance.


C'est l'homme de l'arène tel que décrit par Théodore Roo sevelt, ancien président des États-Unis, dans son discours prononcé à la Sorbonne en France le 23 avril 1910, inti tulé «Citoyenneté dans une République». Le président Roosevelt dit: «Ce n'est pas le critique qui compte; pas l'homme qui montre comment l'homme fort trébuche, ou où l'auteur des actes aurait pu les faire mieux. Le mérite ap partient à l'homme qui est réellement dans l'arène, dont le visage est gâché par la poussière, la sueur et le sang; qui lutte vaillamment; qui se trompe, qui manque encore et encore ,parce qu'il n'y a pas d'effort sans erreur et sans défaut; mais qui s'efforce réellement d'accomplir les actes; qui connaît les grands enthousiasmes, les grandes dévotions; qui se consacre à une bonne cause; qui au mieux connaît à la fin le triomphe de la grande réus site, et qui au pire, s'il échoue, échoue au moins en osant grandement, afin que sa place ne soit jamais avec ces âmes froides et timides qui ne connaissent ni la vic toire ni la défaite.» Alors que le Bâtonnier Tchakoute planifiait sa deuxième candidature à la fonction de bâtonnier, il m'a rendu visite et m'a demandé mon soutien, que je lui ai donné sans hésitation. Nous avons ensuite partagé quelques réflexions sur la vie. Je lui ai dit que je croyais fer mement qu'il s'agissait de trois piliers importants dans la vie et que si une nation es sayait de renforcer ces trois piliers, elle garantirait le bien être de ses citoyens. Je lui ai dit qu'en tant que chrétien,ces piliers sont même bibliques et que j'étais sûr qu'ils pouvaient être trouvés dans de nom breuses autres religions ou croyances. Pour nous, chré tiens, nous savons que Jésus a enseigné, qu'il a guériet que la Bible parle de jugement. Il sera difficile pour tout gouver nement qui garantit l’éduca tion, la santé et la justice à tous ses citoyens d’échouer dans quelque entreprise que ce soit. Ces trois piliers tou chent et concernent les plus riches et les plus pauvres, les plus faibles et les plus puis sants, la veuve, l'orphelin et les sans voix. En tant que dé fenseurs, nous sommes ap pelés à contribuer au troisième pilier. C'est le privi lège qui fait de notre profes sion une profession noble. Il faut donc respecter les ma gistrats et les juges et s'effor cer de les assister alors dans l'exécution de leur délicate mission. En retour, nous nous attendons à recevoir la consi dération d'officiers des tribu naux, contribuant à la cause de la justice. Nous sommes les deux faces d'une même médaille. Nous ne sommes pas en compétition les uns contre les autres. Nous avons des rôles différents ou, comme l’a dit l’ancien prési dent de la Cour suprême, le lord juge Dipanda Mouelle, nous sommes des «cousins proches».


Ce jour-là, j'ai eu une longue réunion avec lui, en tant que batonnier, sur la manière dont nous pourrions élaborer un protocole com mun pour l'organisation des obsèques des magistrats, des juges et des avocats. La sur vie de notre système judi ciaire dépend enfin de compte de la façon dont cette relation se déroule. Ceux d'entre nous qui ont des origines professionnelles ancrées dans les systèmes de Common Law ont une autre expérience, puisque tous les membres de la pro fession juridique sont des fruits du même arbre. Je n'ai aucune illusion. Je com prends que la profession juri dique et la magistrature ne sont pas àl 'abri des frustra tions avec lesquelles nous devons vivre dans notre so ciété aujourd'hui. Il y a une minorité de mercenaires dont l'allégeance n'est qu'à l'argent et, poussés par leur cupidité, ils ravagent notre société et, j'ose le dire, le Barreau et les tribunaux ne font pas excep tion. L'équité, l'intégrité et l'impartialité sont des chants vides de sens. Les conflits d'intérêts abondent. Déten tion illégale, refus d'accès à l'avocat et la non-divulgation du lieu de détention devien nent lentement la norme. Pour protéger et sauver la justice dans ce pays, il est es sentiel que le barreau et la magistrature redéfinissent et réinitialisent les bases de leur relation, car, sur ce partena riat, repose la survie de notre nation.


Votre Seigneurie, Président de la Cour suprême, j'ai l'hon neur de vous connaître per sonnellement depuis plus de quatre décennies et je suis plus que convaincu que vous pouvez relancer la naissance d'une nouvelle aube. Nous devons toujours nous rappeler que la construction d'une société juste est un proces sus sans fin; car la quête de la justice n'est jamais terminée. À travers les générations, cette quête restera inchangée et prendra des formes variées car elles seront commandées par les dictats du jour. Dans cette perspective, l'avocat et le juge façonnent ensemble un avenir enrichi et armé des expériences d'hier et d'aujourd'hui. Faire tout cela comporte de nombreux défis et semblera souvent fastidieux, sans intérêt et même sans importance. Enfin de compte, nous devons être conscients du fait que nous contribuons tous au renforcement du pilier qui jouera un rôle crucial dans l'avènement de la société idéale dont nous rêvons, pour les citoyens de ce pays et au-delà. Batonnier Tchakoute, vous êtes mainte nant dans un voyage dans lequel deux anciens bâtonniers, membres du Conseil du Barreau et beaucoup, trop d'avocats, vous ont précédé récemment. Pour autant que je sache, vous êtes suffisamment nombreux pour constituer un barreau et veiller sur nous. Dites-leur que le barreau que vous laissez derrière est plein d'espoir, d'espoir tel que le conçoit un autre éminent avocat Barack Hussein Obama lorsqu'il écrit: «L'espoir n'est pas un optimisme aveugle. L'espoir est cette chose en nous qui insiste... que quelque chose de mieux nous attend si nous avons le courage de l'atteindre, de travailler pour cela et de lutter pour cela.


Dites-leur que nous restons fermes comme la voix des sans voix, le défenseur des sans défense, les gardiens de l'orphelin et de la veuve et les chiens de garde implacables des droits de l'homme et des libertés. Dites-leur que dans les mots de la jeune poète américaine Amanda Gorman «The Hill we Climb»: Nous avons bravé le ventre de la bête: nous avons appris que le calme n'est pas toujours la paix Et les normes et les notions de ce qui est juste, n’est pas toujours juste de la glace»; Dites-leur que, selon les mots de ce même poète, nous savons que «l'aube est à nous, avant que nous ne le sachions; D'une manière ou d'une autre, nous le faisons: d'une manière ou d'une autre, nous avons résisté et avons été témoins d'une nation qui n'est pas brisée; mais simple ment inachevé» ;Dites-leur que vous avez laissé derrière vous un Barreau prêt à relever les défis du jour, un Barreau qui insistera sur son indépendance et le respect de la Constitution et de l'État de droit, un Barreau qui se tiendra sur le chemin de ceux qui essayer de nier à ceux qui viennent après nous un ave nir parce que nous croyons fermement à ce qu'un éminent avocat, Abraham Lincoln a dit un jour, «vous ne pouvez pas échapper à la responsabilité de demain en l'éludant aujourd'hui»; ce faisant, nous serons non partisans et ne nous soumettons qu'à la loi et à la constitution de notre terre. Dites-leur que notre cri de guerre d'aujourd'hui est capturé dans le poème «AUJOURD'HUI» de Beah Richards: "Aujourd'hui nous appartient, vivons-le Et l’amour est fort, donnons le Une chanson peut aider, chantons-la Et la paix est chère, apportons-la Le passé est parti, ne le regrettez pas Notre travail est là, faisons-le Notre monde a tort, corrigeons-le La bataille est dure, battons la La route est rude, clarifions-le L'avenir est vaste ne le crains pas La foi est-elle endormie? Réveillons-le Aujourd'hui est à nous, prenons-le."

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.

Rejoignez notre newsletter